le groupe gai de l’Université Laval

35 ans de militantisme

Julie Vaillancourt
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Après l’épisode du printemps érable de l’année dernière, on ne peut nier que les étudiants représentent une force organisée et militante au sein de la société québécoise. Et le propos est tout aussi pertinent quand vient le temps de discuter de diversité sexuelle, au sein des groupes LGBT collégiaux et universitaires. Fondé en 1978, le Groupe gai de l'Université Laval (GGUL) est le plus ancien groupe gai universitaire toujours actif au Québec. Avec plus d’une centaine de membres annuellement, l’association valorise la diversité sexuelle au sein de la communauté universitaire et de la Capitale-Nationale. Nous avons discuté avec Anne-Sophie Ruest Paquette, qui tient les rênes de la présidence depuis septembre 2011. Si son mandat vient à terme sous peu, cette militante passionnée en avait beaucoup à dire avant de passer le flambeau à son successeur… Présentement étudiante au doctorat en cotutelle avec la Faculté de l’éducation de l’Université d’Ottawa et l’École de service social de l’Université Laval, Anne-Sophie, d’origine franco-ontarienne, se rappelle ses débuts alors qu’elle débarquait sur les bancs de l’Université Laval, à Québec : «Lorsque je suis arrivée en septembre 2010, je ne connaissais rien ni personne ici. Je souffrais beaucoup d’isolement. Arrivée dans mon premier séminaire, on était deux étudiantes; je représentais donc 50% de mon réseau social! Je me sentais seule au monde et lorsque j’ai mis les pieds au GGUL, je me suis sentie très à l’aise. J’ai commencé à m’impliquer comme membre dans certains comités organisateurs et l’année d’après, j’ai décidé d’agir au niveau de la présidence. Je n’avais jamais présidé une association et j’ai tout appris sur le tas. C’est devenu ma famille à Québec. L’année suivante, je me sentais encore plus outillée pour m’impliquer dans la 35e année du GGUL. C’est important pour moi de m’impliquer. J’ai toujours ressenti que j’avais une certaine responsabilité envers ma communauté et j’ai commencé à m’impliquer très jeune, au secondaire, en tant que co-coordonatrice d’un groupe LGBT à Ottawa. »

Évidemment, assumer la présidence du GGUL comporte son lot de défis, notamment dans le fait de « maintenir un équilibre entre l’implication bénévole, les études et la vie personnelle », souligne celle qui avoue avoir fait durant les deux dernières années du bénévolat à temps plein! Bien sûr, plaire au plus grand nombre, être à l’écoute et favoriser l’implication des membres et la participation aux activités sont aussi des défis constants, ajoute Anne-Sophie. De ce fait les activités sociales sont très importantes, « car le GGUL est une porte d’entrée sur le campus, mais aussi sur la ville de Québec. Nous avons plusieurs étudiants étrangers, surtout de la France, mais aussi du Maroc et du Mexique, donc les activités sociales sont très importantes, car elles leur permettent de se créer un réseau social où ils peuvent être eux-mêmes et se sentir en sécurité », explique Anne-Sophie. Ainsi des activités annuelles sont organisées, telles que le pique-nique de la rentrée, une sortie à la cabane à sucre, la cueillette de pommes et courges sur l’île d’Orléans et des fins de semaine dans un chalet, à l’automne et au printemps. De plus, des soirées sporadiques sont organisées, comme des projections de films à thématique LGBT et des soirées de jeux de société. Aussi, plusieurs projets spéciaux, tels que des spectacles-bénéfices, la fête de la
sexualité et de genre, un réseau scientifique et des projets de créations qui visent à « mobiliser la population étudiante et l’éducation, en plus de servir de plateforme pour permettre aux membres du GGUL de rayonner, de tirer profit de leurs talents et aptitudes ».

Créé par et pour les étudiants LGBT de la communauté universitaire, le GGUL est une ressource ouverte à tous, occupant un espace bien déterminé. Le local, ouvert de 9h à 18h du lundi au vendredi, permet aux membres d’avoir un lieu sécuritaire où ils peuvent se rencontrer et discuter, explique Anne-Sophie : « On offre aussi une formation de base aux membres bénévoles qui assurent une permanence au local, afin qu’ils puissent rediriger les personnes qui auraient des besoins plus spécifiques vers les bonnes ressources. C’est un ser-vice de médiation entre les membres et les ressources. » Les principales problématiques récurrentes des étudiants LGBT du GGUL viennent essentiellement de ceux qui ont besoin de conseils quant à l’acception et l’affirmation de leur homosexualité, en matière de coming out, précise Anne-Sophie : « Plusieurs ont vécu des expériences difficiles soit dans leur milieu personnel ou à l’école. Comme nous avons tous au GGUL une certaine sensibilité par rapport à l’expérience de la marginalisation et que l’on a un rapport différent aux expériences de chacun, il y a un respect de tous à travers les différences. » Lorsqu’on parle de discrimination à Anne-Sophie, elle avoue avoir une expérience un peu biaisée, puisque son principal réseau social provient du GGUL ou des alliés, donc d’étudiants ouverts à la diversité. Cependant, elle avoue que d’autres associations sur le campus sont beaucoup moins ouvertes. Par exemple, lors de la rentrée en janvier dernier, lorsque le kiosque du GGUL a été installé à côté de l’association des étudiants conservateurs et à
proximité des associations étudiantes d’origine africaine, incluant l’association des étudiants musulmans, où « les regards désapprobateurs et de dégoût se faisaient sentir... » D’autre part, plusieurs pensent que le GGUL est un « club de rencontre [amoureux] », précise Anne-Sophie, qui doit donc souvent justifier la mission première de l’organisme et l’importance de « se sentir en sécurité avec un groupe d’appartenance ». Avec plus de 110 membres en 2012-2013 pour son 35e anniversaire, le groupe d’appartenance est réel. D’ailleurs, cette année, plusieurs implications ont été à l’honneur, notamment auprès de la coordination de la semaine de la sensibilisation au VIH/SIDA, la Fête Arc-en-ciel, le colloque de GLBT Québec : « J’ai misé sur des partenariats pour accroître le rayonnement du groupe », appuie Anne-Sophie. Parlant de rayonnement, les projets de création, soit les recueils Amots (D)couvert (2011-2012) et Entre Autres (2012-2013) se sont mérités plusieurs prix : « Dans le cadre du concours Forces Avenir niveau universitaire, on a remporté la finale régionale. Aussi, une nomination au Gala de la COOP, zone relève en art, comme sensibilisateur. L’année dernière, au Gala Arc-en-ciel, pour le groupe et le projet de création, tandis que j’ai remporté le prix de la Relève par excellence. Cette année, je suis l’une des 3 finalistes dans la catégorie personnalité Forces Avenir, 2e ou 3e cycle. » Nous souhaitons à la présidente sortante du Groupe Gai de l’Université Laval de récolter tous les honneurs de son travail et de sa détermination!

Les horaires d'ouverture du local du GGUL sont du lundi au vendredi de 9h - 18h. Pour plus d’informations sur les activités de l’année à venir : http://www.ggul.org/
Le GGUL met en vente des objets promotionnels : une tapette à mouche, intitulée « Écrasons l’homophobie » et des sacs « Aimer, un verbe qui se conjugue sans préjugés » au coût de 3$. Vous pouvez commander le recueil Entre Autres au coût de 15$ à [email protected]