Guillaume & Jacques, du 9 au 20 octobre

LE SPECTACLE PUBLIC DE L’INTIMITÉ

Michel Joanny-Furtin
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Oui, c'est bien une pièce de théâtre LGBT écrite il y a une dizaine d'années, mais se situant dans le Londres de la reine Victoria. Une histoire d'amour à la fois touchante et tordue entre deux hommes. Entre l'amour, le sexe et la domination... Qui est véritablement le plus fort? Dans l’Angleterre victorienne du XIXe siècle, Jacques, un riche aristocrate, ramène Guillaume à sa maison de campagne pour une escapade sexuelle. Une question à propos de la mort prédestinée et un jeu impliquant une peinture cryptée mènent les jeux de séduction. Le matin suivant, Jacques propose un curieux contrat au jeune Guillaume, moins nanti. Contre deux années en sa compagnie, Guillaume recevra la majeure partie de l’héritage de Jacques. Ils concluent cette affaire et entament le jeu tordu de la duperie qui inclut la négociation de leur relation, la lutte de pouvoir qui s'ensuit, et inévitablement, l’amour… jusqu’à sa conclusion dramatique.

« Robert Tsonos nous avait soumis ce texte dans sa version originale anglaise, William & James, en 2005 pour le Festival de théâtre LGBT La Récolte. En ce temps-là, un jury avait retenu ce texte qu'on avait produit en 2006 et 2007 entre Montréal, Chelsea et New York », raconte Davyn Ryall, le fondateur et directeur artistique des Productions Village Scène (PVS).

« Après Equus que PVS a présenté en 2011, je voulais revisiter nos productions passées, et plus particulièrement certaines œuvres qui n'avaient pas été produites dans des conditions optimales. La salle de la Balustrade au Monument-National permet de mettre vraiment en valeur des textes intimistes, notamment cette œuvre, Guillaume & Jacques, qui n'avait pas pu rencontrer son public à l’époque tel qu’on peut le faire maintenant. »

« Et puis, je voulais la faire aussi en français alors qu'elle avait été produite en anglais à l’époque. Faire évoluer l'œuvre et la reprendre permettrait peut-être de mettre en valeur d'autres éléments que l'on n'avait pas pu exploiter lors de la première production, d’essayer d'autres éléments de mise en scène qui rejoindront le discours de l'auteur. »

« Guillaume & Jacques exige une intimité que la salle de la Balustrade, au Monument-National, propose et que nous n'avions pas à l'époque. L’espace plus intime et plus convivial de cette salle permet au public d'être plus impliqué dans le déroulement de l'action et le jeu des acteurs et d’être aussi… plus voyeur », ajoute Davyn dans un clin d’œil.

Appréhender le texte… par le corps

« Ce Guillaume & Jacques de 2013 est donc une nouvelle production, pas un remontage. Depuis cinq mois, nous travaillons avec les comédiens de cette nouvelle distribution. Il nous a fallu six mois pour trouver des acteurs qui sachent intégrer ce texte au langage très spécifique. Même si Guillaume & Jacques a été écrite au cours de la décennie passée, son contenu, l'ambiance, le langage restent très victoriens, un mélange rafraîchissant à mi-chemin entre Oscar Wilde, Noel Coward et Jane Austen », avance le producteur et metteur en scène.

« Nous avons d'ailleurs fait une analyse du texte pendant au moins un mois avant de travailler sur le jeu des comédiens et de leur mettre le texte… dans le corps, si je puis dire. Les deux comédiens ont été longs à trouver parce qu’il fallait que leur jeu respectif s'articule bien pour créer cette chimie autour de la séduction et de la différence d'âge entre les personnages. »

« Steve Turmel vient de Gatineau, Cédric vient de Marseille et Kévin de Saint-Hyacinthe. Je vous laisse imaginer les grandes et longues discussions sur le sens des mots et la manière de les dire… », sourit Davyn. «Heureusement Geneviève Saint-Jean a fait un travail remarquable lors de sa traduction pour rester au plus près du texte original, et ce, autant dans la langue, en ce qui la concerne, que dans le jeu, en ce qui me concerne », précise-t-il.

« Nous débutons la mise en place scénique cette semaine. C’est la première fois que je bénéficie d’un assistant à la mise en scène, et c'est aussi la première fois que je travaille sur une œuvre, une production 100% francophone. J’étais habitué aux équipes et aux productions bilingues, il s’agit donc en soi et pour moi d’un challenge. »

Des critères contraignants

« La peinture sur laquelle Jacques et Guillaume échangent a été créée par Mélanie-Ann Fallnbigl, en charge des accessoires et du maquillage, à partir des éléments décrits dans le texte. En plus de fournir un visuel de promotion à notre production, cette toile est devenue un accessoire important de l’œuvre. »

« La mise en scène induite par le texte doit être très intime, très serrée dans l'espace, détaille le metteur en scène. Elle exige un travail important sur le langage corporel. Dans un petit théâtre, c’est exigeant pour le comédien. Le moindre mouvement de regard doit être visible sans être appuyé, puisque le public devient en quelque sorte un protagoniste invisible dans ce petit espace de jeu et dans cette histoire presque privée. Sans oublier que cette proximité du public est aussi exigeante pour le comédien qui devra, à un moment donné, se dénuder… »

Les Productions Village Scène proposent des billets depuis quelques semaines, et ce, à tarif préférentiel. « C’est aussi la première fois que nous travaillions avec le programme Carte Premières », ajoute Davyn Ryall. Au fil du temps, les Productions Village Scène ont su se bâtir un espace dans le paysage théâtral québécois, qui leur permet de produire des spectacles dans des conditions professionnelles, budgétaires, etc., somme toute meilleures, même si on sait que tout cela reste toujours ardu.

« PVS (Productions Village Scène) est la seule compa-gnie au Canada qui, dans les deux langues officielles, produit des pièces LGBT. Il est important que les gens viennent soutenir cette production, insiste le fondateur. Le théâtre en général, et plus particulièrement le théâtre LGBT, reste un produit très difficile à vendre, et ce, pour tout le monde. Dans le métier, on ne sait plus quoi faire pour promouvoir et intéresser le public. Il ne faut pas que les gens aient peur de s'aventurer et de prendre le risque... d'aimer… D’ailleurs, une très belle bande annonce vidéo, réalisée par Steve Turmel qu’on peut voir sur le site Internet de Guillaume & Jacques, donne une idée de la qualité de cette production », affirme Davyn Ryall.


Guillaume & Jacques sera présenté à La Balustrade du Monument-National (1182, Saint-Laurent) à Montréal du 9 au 20 octobre, à 20h30 du mercredi au samedi, et à 15h les dimanches. Événement associé au Festival Black&Blue.

www.villagescene.com