Robert Laliberté

Nouveau départ

Denis-Daniel Boullé
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Robert Laliberté est bien connu dans nos communautés. Le photographe aux nombreuses expositions a décidé récemment d’abandonner la pratique professionnelle pour se consacrer à d’autres passions. Ne croyez pas pour autant que son objectif ait rejoint le placard aux souvenirs. L’artiste continuera son cheminement créatif et envisage déjà une exposition, mais à 62 ans, Robert Laliberté n’est plus disponible pour des contrats de photos. Son cœur l’a amené vers l’art contemporain, dans une galerie de la rue St-Denis où son regard singulier sur l’art et la photographie pouvait être un atout. Et puis un accident de santé en juin dernier (une appendicite qui a provoqué une péritonite aiguë) lui a permis de faire le point sur ce qu’il souhaitait faire dans les années à venir. Le plaisir de travailler dans une galerie et le temps qu’il pourrait consacrer à sa propre création l’ont emporté sur le travail de photographe professionnel.



« En juin, j’ai dû décider, à savoir si je reprenais la même vie qu’avant avec les contrats et l’enseignement de la photographie et en même temps le travail à mi-temps à la galerie, et cela s’est imposé. La galerie m’apportait beaucoup, donc j’ai décidé de mettre un terme à ma carrière de photographe professionnel». Et une carrière qui a commencé il y a 36 ans, où Robert Laliberté a fait le tour de tous les aspects de ce métier. «J’ai fait des portraits de personnalités politiques comme Jean Drapeau ou encore René Lévesque, des portraits d’artistes. Pendant une dizaine d’années, j’ai été photographe de production pour le théâtre. J’ai photographié les premières pièces de Robert Lepage, Michel-Marc Bouchard, René-Daniel Dubois. J’ai travaillé avec le Quat’Sous, le Théâtre d’Aujourd’hui ou encore le TNM. La liste est longue».

L’artiste menait en parallèle ses propres créations et pour ceux qui le connaissent, régulièrement des expositions de photos signées Robert Laliberté avaient lieu dans des galeries privées ou des maisons de la culture. Il a, évidemment, toujours été proche de la communauté gaie, puisque pendant plus d’une dizaine d’années il a signé toutes les couvertures de Fugues et fut directeur artistique et photographe pour Priape.

Son travail l’a amené à traverser tous les milieux sociaux du Québec, et il était appelé aussi bien par le corporatif, que pour Les petits frères des pauvres, où il a capté des personnes âgées. Mais, comme toujours, l’homme est discret et ne veut pas trop qu’on s’attarde sur son passé. Conscient de ce qu’il a accompli, c’est l’avenir qui l’intéresse, ce qui se passera demain. La curiosité est toujours aussi grande, son émerveillement pour la vie n’a jamais décru. Et bien sûr le désir de se réaliser en réalisant des projets et des rêves.



« J’aurais envie de dire qu’il n’est jamais trop tard pour changer de direction dans la vie, et de suivre son intuition pour faire exactement ce que l’on a envie de faire. En arrivant dans la galerie comme conseiller, j’avais une certaine connaissance de l’art contemporain. Mais en travaillant avec la galeriste Jacky (Jacqueline Hébert Stoneberg), j’ai appris énormément sur l’art contemporain et mon regard a changé sur cette forme d’expression au point de m’ouvrir de nouveaux horizons pour mes propres créations ».



La galerie Beaux-arts des Amériques située sur la rue Saint-Denis accueille des artistes de tout le continent : des Canadiens bien sûr, des Américains, mais aussi des Cubains, des Mexicains. « Jacky est dans ce domaine depuis plus de quarante ans, elle a enseigné l’art inuit aux États-Unis, elle est donc une très grande spécialiste de l’art contemporain », avance Robert Laliberté « et il y a une très bonne chimie entre nous, ce qui fait que c’est un réel plaisir de travailler avec elle. En plus, je rencontre des artistes, je parle avec eux, je découvre leur univers, c’est très enrichissant ».



Et puis ce qui réjouit aussi ce créateur, c’est la diversité du travail qui n’est plus seulement sur l’ordinateur. « On doit choisir des artistes, penser et concevoir des expositions, et bien entendu, je m’occupe aussi de choisir des artistes en art visuel qui travaillent à partir de la photographie. Nous préparons une exposition en 2014 d’un artiste québécois, Jean-Guy Meister, qui fait partie de la vingtaine d’artistes que représente la galerie ».

Cette nouvelle carrière l’amène aussi à voyager pour se rendre dans les grandes expositions d’art internationales, comme cette année à New York, ou encore Miami. Mais il n’oublie pas Montréal et tous ceux qu’il a côtoyés pendant de nombreuses années. Et ils peuvent maintenant le rencontrer aux Beaux-Arts des Amériques quatre jours par semaine. Avis donc aux amateurs d’art.



Et puis Robert Laliberté nous réserve encore quelques surprises. « Je termine actuellement un projet sur lequel je travaille depuis 25 ans, et dont je n’ai jamais montré aucune image. C’est un projet de longue haleine et qui fera l’objet d’une exposition », conclut Robert Laliberté. Il n’en dira pas plus. La voix posée et douce, le regard toujours aussi chaleureux, Robert Laliberté pourrait presque nous donner une leçon sur comment vivre. « On apprend constamment de tout, même des accidents qui peuvent nous arriver. et il faut savoir écouter la vie et ce qu’elle nous pour nous rendre compte que rien n’arrive pour rien ». Une belle philosophie en somme.



Robert LALIBERTÉ
Beaux-Arts des Amériques, 3944, rue Saint-Denis
Montréal, Qc, H2W 2M2. Tél : 514-481-2111
www.beauxartsdesameriques.com
[email protected]