La relève littéraire

Samuel Champagne : le roman d’amour gai de la rentrée

Denis-Daniel Boullé
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Les amours adolescentes gaies, ça vient toujours nous émouvoir. Et surtout comme dans les contes, au moment où, enfin, après quelques péripéties, les deux jeunes se dévoilent et se déclarent leur flamme. On ne sait s’ils se marieront et auront beaucoup d’enfants, mais au-delà de la plaisanterie, tout l’intérêt de ce roman tient dans l’analyse des sentiments qui traversent Max et Thomas, que rien au départ ne devait rapprocher. L’un est plutôt extroverti, l’autre timide et solitaire. Le premier a déjà vécu ouvertement son homosexualité, l’autre la cache malgré la pression familiale pour qu’il ait enfin une relation. Et malgré ce qui les oppose au départ, l’attirance mutuelle les fera se rapprocher. Au secondaire, il est encore difficile de s’affirmer, et encore plus d’affirmer son attirance pour un étudiant du même sexe. Avec justesse, Samuel Champagne dessine cette carte du tendre : les échanges de regards, les mains qui touchent innocemment ou non le corps de l’autre et les longues interprétations que chacun des protagonistes en tire. Petit à petit, Max le sportif et Thomas le solitaire s’apprivoisent, mais sans dévoiler que leurs sentiments l’un pour l’autre dépassent la simple camaraderie. Il y a bien entendu l’entourage qui ne leur facilite pas la tâche. Max est sportif, entouré de ses coéquipiers qui ne cessent de traiter Thomas de fif. Quant à Thomas, il lui apparaît impossible que Max soit gai.

Publié dans la collection Tabou des Éditions de Mortagne, Recrue s’adresse, comme toutes les autres publications de cette collection, aux adolescents. La collection Tabou aborde des sujets sensibles auxquels sont confrontés très tôt les jeunes, comme le viol, le taxage, l’avortement, la drogue, et bien entendu les relations homosexuelles. Pour Samuel Champagne, ce livre s’inscrit dans une suite logique de l’intérêt qu’il porte à la littérature jeunesse et plus spécialement aux thèmes qui touchent à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre. «Pour ma maîtrise, j’avais étudié le thème de l’homosexualité dans la littérature jeunesse au Québec, pour me rendre compte qu’il y avait peu de romans qui traitaient de ce sujet. De plus, ceux qui en parlaient n’abordaient pas tous les aspects et toutes les questions qui nous traversent quand on découvre que l’on est attiré par des personnes de son sexe, explique Samuel Champagne. Je ne pense pas avoir fait, avec Recrue, le tour de toutes ces questions, mais le roman en aborde beaucoup, comme les relations avec les parents, les frères et les sœurs, les amis, l’école, le fait de le dire ou de ne pas le dire, etc. Et la forme romanesque qui met toutes ces questions en situation est beaucoup plus forte parfois, parce qu’elle peut être un miroir de ce que vivent les jeunes aujourd’hui. »

Samuel Champagne a 28 ans et prépare un second roman, dans la même collection, qui touchera à la transsexualité. Comment vit-on avec le désir de changer de genre quand on est au secondaire, et qu’est-ce que ça implique dans nos relations avec le monde qui nous entoure? Un cheminement qui n’est pas étranger à Samuel Champagne. Il a vécu ce parcours de fille à gars, et connaît donc parfaitement les obstacles que l’on doit traverser dans une société qui sacralise les genres, peu encline à les remettre en question.

Avec Recrue, Samuel Champagne nous emmène pour certains, nous ramène pour d’autres, à nos premiers émois affectifs et sexuels, ces rencontres qui sont toujours déterminantes dans la façon pour chacun d’appréhender nos relations futures.

RECRUE, de Samuel Champagne
Éditions de Mortagne, Collection Tabou