Relève littéraire

Simon Boulerice : l’écriture chevillée au corps

Denis-Daniel Boullé
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Comédien, metteur en scène et aussi écrivain, le jeune homme n’arrête jamais. Entre les représentations de ses pièces en Europe, la création de PIG en hiver prochain au théâtre Prospéro, et bien d’autres activités, Simon Boulerice voit trois de ses manuscrits cet automne en plus d’une lecture de sa toute dernière pièce fin août. Son secret quand on lui demande, cela le fait rire. « Dès que j’ai un moment de libre ou d’attente, j’écris, je prends des notes, je noircis des carnets. Je ne sais si cela me servira ou non mais je rentre tout cela à un moment donné sur l’ordinateur », avance-t-il en riant. Ne pas lui demander non plus s’il a une discipline dans l’écriture, il ne connaît pas ce mot. « J’ai toujours cinq ou six projets en cours et selon mon humeur je change d’un projet à l’autre, parfois je me dis que je n’ai avancé en rien mais au final j’ai avancé en tout ». Le jeune homme a une explication pour expliquer sa fureur d’écrire, « Comme je n’ai pas de chum, j’ai beaucoup de temps libre en fait même si j’ai beaucoup d’obligations et donc beaucoup de temps pour écrire ». Dans une chambre d’hôtel en Europe, où il tourne actuellement avec des pièces pour enfants, entre deux scènes de tournage pour une publicité, ou encore le dimanche après-midi où nous l’avons dérangé pour cette entrevue. « Je ne suis pas un sorteux. En fait, j’aime bien aller au théâtre, voir des amis, mais je vais rarement en discothèque ou dans les bars. En fait, j’aime aussi la solitude, et si je suis un oiseau de nuit, c’est seulement pour marcher la nuit dans les rues ».

L’écriture, il l’a toujours eue dans le sang et ses années de formation comme comédiens n’on fait que le confirmer. « J’adore être sur scène, et le fait d’écrire mes propres textes, de les monter et de les jouer, c’est une expérience tout à fait fascinante. Et puis il y a toujours une équipe avec qui je travaille et cela est très stimulant ».

Simon Boulerice puise son inspiration dans l’enfance. Lui qui comme il le rappelle a eu une enfance très heureuse. « Je suis extrêmement chanceux, je pense que mes parents ont toujours plus pensé au bien-être de leur famille et de leurs enfants qu’à leur propre carrière. Quand ma sœur et moi avons déménagé à Montréal, ils ont vendu leur maison et acheté un triplex pour que ma sœur et moi puissions avoir chacun notre propre appartement. Ils vivent au rez-de-chaussée ».

Rien dans sa famille ne prédestinait Simon à embrasser une carrière artistique mais malgré les inquiétudes, ses parents l’ont encouragé dans toutes ses décisions. Et si son enfance a été heureuse, l’auteur puise son inspiration dans l’enfance et l’adolescence tout en portant un regard sur notre société. Ainsi avec Jeanne Moreau ale sourire à l’envers, un roman pour adolescent, Simon Boulerice aborde l’anorexie chez les garçons, « C’est peu connu, et ils sont moins nombreux que les filles à en souffrir, mais l’anorexie touche aussi des garçons et il est parfois difficile de s’en rendre compte», confie l’auteur qui a bien entendu fait des recherches sur le sujet. Mais au-delà du prétexte de la pathologie, c’est la relation de deux frères qui est exploré, le plus jeune vouant une grande admiration à son aîné et qui se rend compte petit à petit qu’il souffre d’anorexie.

Le titre auquel tenait Simon Boulerice illustre le mirage des apparences qui cachent une réalité totalement contraire. « J’adore cette actrice et il est remarquable de voir qu’avec le temps, son sourire est à l’envers, il faut regarder un portrait de Jeanne Moreau pour voir qu’alors sa bouche sourit ». Un titre et une couverture avec l’illustre actrice demandait l’accord de cette dernière. « Je lui ai écrit et quelques jours plus tard, je recevais son accord, c’est important pour moi qu’elle ait acceptée d’autant que je ne la connais pas, que je ne l’ai jamais rencontrée et que l’on m’avait mis en garde sur son caractère pas toujours facile ».

L’autre roman est une commande et fait partie d’une série. Hors champ, on plonge dans un fait de société qui ne cesse de se reproduire à toutes les sauces, les téléréalités. «Aujourd’hui, des familles, une entreprise, un groupe d’amis peuvent voir leur vie privée et leur relation être mis en scène et montrée à la télévision, explique Simon Boulerice, avec Hors Champ, ce sont des écoles secondaire qui s’affrontent avec des étudiants qui sont filmés dans leur quotidien ». Et parmi tous ces personnages, une jeune fille Cybèle, qui ne cadre pas avec ses pairs, elle est hors champ. « J’ai un jour pris conscience que dans les émissions pour les jeunes enregistrées en public, on mettait souvent au premier rang les plus beaux et on reléguait ceux considérés comme hors normes au dernier rang, Cybèle fait partie de ces filles qui physiquement ne sont pas considérées comme belles, et on sait que les adolescents peuvent être particulièrement cruels avec ceux et celles qui présentes des différences trop marquées, par leur comportement, ou encore leur poids ou pour tout autre défaut physique ».

À travers les aventures de Cybèle prise entre son désir de rester à l’écart et en même temps d’être aussi de cette téléréalité servent l’auteur à explorer les adolescents dans leur rapport à la normalité, à la télévision et aux nouvelles technologies dont ils sont friands. «Peut-être que comme gai, je suis plus sensible à toute forme d’ostracisme qu’il soit lié à l’orientation sexuelle comme à toute forme d’autre différence », ajoute Simon Boulerice.

Enfin, le dernier livre est pour un très jeune public puisqu’il s’agit d’un conte illustré, Un verger dans le ventre. Qui n’a jamais pensé ou s’est fait dire enfant qu’un pommier lui pousserait dans le ventre si il avalait les pépins d’une pomme. « Très jeune, en croquant une pomme ou une poire, je pensais à ce qu’allait devenir un pépin si je l’avalais. L’idée de ce petit texte est venue de là. Et il est superbement illustré par Gérard Dubois. Je suis très fier de ce livre qui est très beau dans sa facture ». Après tout, aucun lecteur quelque soit son âge ne fait peur à Simon Boulerice. « J’écris comme j’ai envie de le faire, et la plupart du temps je ne pense pas à l’âge de mon public même si je sais quand même quel lectorat sera le plus réceptif à ce que j’écris », conclue Simon Boulerice.

Et le théâtre ? La scène n’est jamais très loin. Outre les représentations en Europe Les mains dans la gravelle, pièce dans laquelle, Simon Boulerice joue, le théâtre Prospéro présentera en février prochain PIG, l’histoire d’un petit garçon qui a deux mères, et puis fin août, une lecture de La maison sucrée sera faite au Théâtre d’aujourd’hui. S’inspirant d’un fait divers, une famille doit voir sa maison détruite avec tout ce qu’elle contient, les objets les plus familiers comme les plus sacrés, sans oublier tous les souvenirs. Un champignon, la mérule pleureuse, gruge irrémédiablement tout ce qu’elle touche. L’enfance encore l’enfance, puisque comme le titre le suggère, des clins d’œil à un conte célèbre traverse la vie des deux enfants cette famille. De plus, le jeune fils parraine par Vision Mondiale un adolescent sénégalais pour lequel il éprouve des sentiments ambigus et qui au moment où la famille est réunie pour faire leurs adieux à leur maison, ce dernier débarque comme par magie.

Pour Simon, tous ces textes sont déjà du passé, gageons que sur sa table de travail, cinq ou six autres histoires sont en préparation, certaines se retrouveront sur scène, d’autres en librairies. Gageons que lorsque que son emploi du temps chargé lui laisse une fenêtre ouverte pour respirer, la main le démange. Simon Boulerice, c’est inspirer… écrire, inspirer… écrire…