Fierté Montréal 2013

C’était la fête au défilé!

André-Constantin Passiour
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Le 18 août dernier, l’heure était définitivement à la fête pour ce défilé de la Fierté LGBT organisé par Fierté Montréal. Selon certaines estimations, plus de 170 000 personnes auraient pris part à l’événement sur René-Lévesque bondé de monde. La foule joyeuse agitait des drapeaux, tapait des mains et hurlait au passage de drags queens ou de gars torses nus. En tout, 83 contingents ont ainsi paradé par un soleil radieux et une température magnifique de 32o et une brise qui permettait à tous de souffler… Si l’humeur était aux festivités et à la légèreté, les organisateurs ont lancé, au départ, un message de solidarité envers les LGBT opprimés ailleurs sur la planète. Plusieurs politiciens étaient présents pour appuyer la cause LGBT, dont la première ministre Pauline Marois et le maire par intérim de Montréal, Laurent Blanchard.



Flanqué de Gilbert Baker (le créateur de la bannière arc-en-ciel), de Jej Perfekcyjnosc, le porte-parole transgenre de la Fierté de Varsovie, et de la Dre Karine Igartua (la cofondatrice du Centre d’orientation sexuelle de l’Université McGill), le président de Fierté Montréal, Éric Pineault, a déclaré « Je marche aujourd’hui pour nos frères et sœurs de Russie, pour nos frères et sœurs d’Afrique, pour nos frères et sœurs du Moyen-Orient qui sont victimes de discrimination, d’emprisonnement, de torture, de viol […] On leur tend la main !». Le ton était donné. On se réjouit des droits que nous avons ici, mais il ne faut pas oublier que plusieurs millions d’autres LGBT à travers le monde vivent dans la peur et cette marche leur était dédiée…



Comme les organisateurs l’ont signalé plusieurs fois, c’était la première fois qu’un premier ministre en exercice prenait part à l’événement et Pauline Marois est donc non seulement la « première » première ministre, mais aussi la « première » chef de gouvernement qui défile ainsi aux côtés d’autres ministres et élus de tous les paliers de gouvernements. On a ainsi atteint cette année, paraît-il, un nombre record de politiciens et de candidats. Il faut dire que nous sommes dans une année électorale au niveau municipal...



Madame Marois a d’ailleurs repris le leitmotiv de son administration d’avoir un « Québec pour tous, un Québec plus solidaire, […] un Québec plus fier, un Québec riche de sa diversité », a indiqué la première ministre. « Le Québec a été la première juridiction en Amérique du Nord d’interdire la discrimination [l’orientation sexuelle] dans sa Charte et cela a été fait par le gouvernement dirigé par René Lévesque. […] Le chemin parcouru est considérable, mais il faut rester vigilant […] », a martelé la Mme Marois.



Sur la question des lois répressives adoptées en Russie, face aux personnes LGBT, et à l’appel au boycott des Jeux olympiques d’hiver à Sotchi par beaucoup de gens dans la communauté gaie internationale, la première ministre a indiqué que : « Nous condamnons toute sorte de discrimination, c’est désolant ce qui se passe […] Le Québec va continuer de prêcher par l’exemple et va continuer d’apporter son soutien sur tous les fronts », a souligné la première ministre. À quelques reprises, le long du défilé, des spectateurs arboraient d’ailleurs un drapeau russe en solidarité avec les LGBT de là-bas…

« Le premier défilé était en 1979, cela fait plus de 30 ans que les Montréalais ont cet espace de liberté [pour tenir de telles marches], pour l’avenir, les Montréalaises et les Montréalais devront continuer de travailler pour garder cet esprit d’ouverture et de liberté », a rappelé pour sa part le maire de Montréal, Laurent Blanchard qui s’est promené, par la suite, un drapeau arc-en-ciel à la main.



Ouvert par le cortège d’une douzaine de véhicules de l’Association des motocyclistes gais du Québec (AMGQ), le défilé s’est mis en branle vers 13h10 à l’angle de Guy, dès le départ, la foule était plus compacte qu’à l’accoutumée. On a alors vu défiler la drag Mme Simone, qui semblait sortir d’un cup cake géant en rouge et blanc, juste devant les personnalités.

Si certains contingents étaient plutôt revendicatifs — tel le Conseil québécois LGBT et ses pancartes sur les militants d’ici, ou encore le groupe libanais Helem Montréal, soulignant les discriminations que vivent les LGBT au Moyen-Orient, ou encore le Centre for Enquiry et son message «Contre l’homophobie religieuse », sans oublier le GRIS et la sensibilisation dans les écoles — d’autres se voulaient nettement plus festifs comme le groupe Arc-en-ciel d’Afrique qui a défilé aux sons de percussions dynamiques et enlevantes s’attirant les applaudissements nourris de la foule qui dansait à leur passage. Quant à l’imposant contingent du NPD, celui-ci était précédé d’un charmant jeune homme blond vêtu d’une cape blanche dont les paillettes scintillaient au soleil… Les plumes et les brillants étaient au rendez-vous du groupe de danse brésilienne et Cantelli qui accompagnaient la Fondation Émergence et Gai Écoute, et du Carnaval Vibrations Montréal et Matthew Veloza en tête.



Bien entendu, les drags du Cabaret Mado — avec Mado dans une calèche —, et celles du Cocktail (dont Michel Dorion) sont toujours populaires. Les gens insitaient pour prendre des photos, pour les saluer, etc. Comme de raison, les groupes de loisirs Club Bolo et À Pieds Levés — vêtus de noir avec des « pompoms » jaunes — ont enchanté et amusé le public avec leurs chorégraphies et leur musique dynamique.

Plus que jamais, la diversité était de mise dans ce défilé. Très remarquée fut la présence de trois grandes institutions financières, soit la Banque TD, la HSBC et la Banque Royale, avec des contingents qui voulaient signaler l’ouverture de ces banques aux réalités LGBT.
Dans les personnalités, on ne peut passer sous silence le très populaire chef du parti libéral du Canada, Justin Trudeau, qui agitait un drapeau arc-en-ciel tout en hurlant « Bonne Fierté, Happy Pride ! » et qui se laissait prendre en photo volontiers. Georges Laraque, l’ex-joueur de hockey devenu leader du Parti vert, se faisait solliciter pour des autographes et des photos, tandis que le candidat à la mairie de Montréal, Denis Coderre, se laisser facilement approcher par les citoyens…



Quant aux beaux et sportifs membres d’Équipes Montréal, ils logeaient à l’enseigne du fardier du bar Stud qui comprenait aussi des gars costauds et poilus de ce réputé établissement du Village. Pour la première fois, on a vu un char allégorique des supermarchés Loblaws, avec des garçons et des filles en tablier rouge, la couleur thématique de l’événement, ainsi que la participation du Comicon, la conférence spécialisée en bédé, fantastique et science-fiction, avec des superhéros et des guerriers de Star Wars !

Peu après 14 h 25, on a accompli la minute de silence, alors que tous les participants se sont arrêtés net. Pas un son. Certains avaient le poing droit levé en l’air en solidarité avec les victimes d’homophobie ou les personnes décédées des suites du sida. Alors que le silence s’est effectué de l’avant vers l’arrière, la clameur est montée en sens contraire alors que, de l’arrière, on a pu entendre les hourras, les klaxons des fardiers et les sifflets, un moment toujours émouvant à ressentir…



En fin de soirée, RDI indiquait que 175 000 personnes avaient participé à ce défilé coloré et festif. «Oui, il y a drôlement plus de monde que l’an dernier. Une fois le défilé terminé et qu’on ouvrira les barrières, j’ai l’impression qu’il y aura une marrée humaine qui va se déversé vers le Village», nous avait dit en fin de parcourt Éric Pineault.