Eric Perrier, chef graphiste

Un métier, plusieurs passions !

André-Constantin Passiour
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C’est en partie grâce à lui que vous pouvez lire les pages du magazine que vous tenez entre les mains ! Parfois, on voit des noms dans un «bloc technique» d’une revue, d’un journal, mais on ne sait pas qui ils sont. Éric Perrier, Érico, est le chef graphiste des Éditions Nitram (qui publient Fugues, DécorHomme et ZIP, entre autres). Il y travaille depuis l’âge de 20 ans, cela fait maintenant 18 ans… Si monter des publicités «fait partie de sa job», Éric n’en est pas moins un artiste, il dessine depuis l’âge de 4 ans ! Mais qui est le vrai Éric ? Poser la question c’est ouvrir une sorte de boîte de Pandore puisqu’il recèle une personnalité complexe, à la fois rationnelle et technique et en même temps passionnée de bouffe, de science fiction et de jeux vidéo !

« Lorsque j’ai commencé ma carrière, on faisait des croquis, des «velox»… J’ai étudié en conception graphique et, à ce moment-là, le logiciel Photoshop n’existait même pas ! C’est fou comment les choses ont évolué, comment l’ordinateur a tout changé et que les possibilités ont été décuplées», souligne Éric Perrier, 38 ans. Natif d’un petit village de l’Outaouais, Éric Perrier est arrivé à Montréal en 1994, soit quelque temps après des études à la Cité Collégiale à Ottawa. « À l’école, j’avais de bonnes notes, mais j’aimais les arts, continue-t-il. J’aimais aussi beaucoup l’architecture. Mais il fallait faire les cours de sciences pures et cela me rebutait un peu. Après une journée portes ouvertes à la Cité Collégiale, j’ai décidé de faire plutôt un cours en design graphique. Lorsque j’ai déménagé à Montréal, j’avais fait une demande en arts graphiques à l’UQAM. J’avais été accepté, mais j’avais commencé à travailler et je n’ai pas donné suite. Mais j’ai toujours aimé les arts et le dessin. »

Il a dessiné durant de longues années d’ailleurs. « Malheureusement, je ne dessine plus autant qu’avant. Mais pour moi, le dessin m’a aidé lorsque j’ai fait mon coming out. Il y avait énormément de sentiments, d’émotions transposées dans mon dessin, c’était une manière d’exprimer ce que je ressentais profondément. » Sa sortie du placard, c’est ce qui l’a motivé surtout à quitter sa région natale. Même s’il adore l’Outaouais, il fallait s’en éloigner pour «vivre sa vie gaie». «À l’épicerie, dans mon coin, un jour on a même annoncé mon anniversaire dans le micro. C’était gentil, bien sûr, mais cela démontre à quel point tout le monde se connaît. On dit que la ville est impersonnelle, mais c’est ça aussi qui permet que l’on puisse vivre son homosexualité plus ouvertement, plus facilement. C’est assez impersonnel, justement, pour qu’il y ait moins de contraintes», confesse-t-il.

Le hasard a voulu qu’un de ses amis lui montre une annonce que le magazine recherchait un infographiste. C’est ainsi qu’il intègre l’équipe de Fugues et participe activement à la mise en page du magazine dès le numéro de mars 1995 ! « Je n’avais jamais travaillé pour une revue auparavant, poursuit-il. Je faisais des logos, des affiches, de la pub, etc. pour des entreprises. Finalement, j’aime beaucoup faire de la mise en page. Pendant plusieurs années, j’ai fait celle du Gazelle [la défunte revue pour lesbiennes] avec Claudine Metcalfe. Maintenant, je fais la mise en page du ZIP et du DécorHomme et j’adore ça.» Mais il n’y a pas que les Éditions Nitram. Cela fait à présent plusieurs années qu’Éric œuvre pour le Parc Safari, le resto Le Planète ou encore la cabane à sucre Mush Bush en Outaouais. « Mon travail me valorise beaucoup. Ce sont les gens qui me complimentent, mais moi je ne vois que les défauts. Lorsque je vois leur satisfaction, cela me comble, me valorise en effet. »

Mais Éric Perrier n’est pas que passionné par son emploi d’infographiste. Il y a un côté bien caché de sa personnalité, celui de l’amateur, du fan, de films de science-fiction, fantastiques, de super héros et de dessins animés. Les Star Wars, Batman et Walt Disney font vibrer ses fibres d’enfant… Disneyworld, il a fait la queue d’ailleurs pour avoir les autographes de Stitch ou Winnie the Pooh ! « Je m’émerveille encore et encore devant les mêmes films… d'où ça viens je ne sais trop, mais mes parents y sont sûrement pour quelque chose et je sais que je ne suis pas seul, ma maladie porte un nom on appel ça GEEK. Et qui dit geek dit figurines… Avec les années, je me suis ramassé avec un «p’tit musée» et j'ai même contaminé mon chum… On y retrouve des jouets de mon enfance, des figurines de collection et même des jouets d'amis qui m'en ont fait cadeau […]. » Ah, vous ai-je dit qu’il est, également, eh oui, un «gamer» ! Il adore les jeux vidéos. Uniquement sur Final Fantasy 12, il a mis 172 heures !

Mais Éric ne nous a pas encore livré tous ses secrets, loin de là… Car, voyez-vous, c’est un véritable « cordon bleu » ! Il possède une bibliothèque complète de livres de cuisines… « J’adore faire à manger. Ma mère me dit qu’à l’âge de 5 ans, je voulais tourner mes œufs. Je cuisine pour les anniversaires de mon chum, des membres de ma famille, j’aime essayer des plats. Cela me rend très «zen». Et il y a aussi ce côté artistique de la bouffe, la présentation des assiettes, la décoration de la table, etc. »

Mais qu’est-ce qui explique sa longévité à ce poste ? « Je ne pensais jamais rester aussi longtemps, cela a été ma première vraie «job» ! J’aurais pu aller ailleurs, avoir encore un meilleur salaire, mais il y aurait eu probablement plus de limites aussi et moins de liberté au niveau créatif. Ici, nous sommes comme une petite famille, c’est un milieu ouvert, avec d’autres gais, et il y a beaucoup de flexibilité, c’est ce qui fait toute la différence et la qualité de vie », termine Éric Perrier.