Rencontre avec_le comédien Patrice Coquereau

Le parcours de Patrice

Patrick Brunette
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«À 52 ans, j’ai l’impression de commencer à vivre pleinement», m’avoue le comédien Patrice Coquereau. Ça se sent, et ça se voit. Généreux, il me parle de son passé autant que de son présent – mais surtout, il me parle de lui, sans crainte d’être jugé. « Avant, j’étais dans la survie. Je savais qu’un jour, j’allais devenir heureux. Je le suis aujourd’hui.» Portrait d’un combattant.

Patrice Coquereau est un véritable moulin à paroles. Je le sens libre. Libre de parler, libre d’être lui-même. Pendant cette rencontre, on aborde à peine sa vie professionnelle, ses rôles dans Rumeurs ou Le cœur a ses raisons, son œuvre au cinéma comme au théâtre. Il n’a rien à ploguer, mais il accepte de se dévoiler, de parler de lui. Alors je plonge.

Un long voyage

« Contrairement à mes frères et sœurs, moi, je suis né au Québec », me raconte-t-il. Les parents de Patrice ont quitté la France en 1957. Ils hésitaient entre l’Australie et le Québec. Ils ont finalement traversé l’Atlantique, en bateau. « Je suis né avec le cordon autour du cou, un accouchement par le siège avec une semaine de retard qui a duré 24 heures; je suis né littéralement vissé à ma mère. » Début de vie difficile; c’était le 8 avril 1961.



À l’école primaire, Patrice était un premier de classe, un perfectionniste. Un enfant solitaire et hypersensible. «J’avais aussi un petit côté boss des bécosses, j’étais leader et en même temps très trouillard! » Ses souvenirs du secondaire sont loin de respirer le bonheur : «Je me suis refermé sur moi. Je n’étais pas du tout bien dans mon corps. Je longeais les murs. Je trouvais que je ne fittais pas. Je comptais les jours pour crisser le camp de la maison.»

C’est après son cégep qu’il s’exile à Ottawa pour ses études universitaires, et aussi pour vivre sa vie de jeune gai… loin de chez ses parents! « Je suis allé là-bas pour commencer à vivre ma vie, à faire l’amour, à prendre de la drogue et à sortir. Ça a duré 2 ans. »

C’est à ce moment qu’il tente une première sortie de placard auprès de ses parents. « Comme entrée en matière, je leur ai dit que je vivais avec un coloc gai. Ça a créé un malaise et ma mère a presque fait une crise. Mes parents n’étaient pas prêts, ils ne voulaient pas l’entendre. »



Huit ans plus tard, après avoir rompu avec sa deuxième blonde (« une part de moi a toujours été attirée par les femmes »), il roule vers chez ses parents pour leur dire ce qu’ils ne voulaient pas savoir. « Je me souviens de cette journée. À midi, c’était dit. À midi trente j’étais parti. Ils m’ont dit : ‘‘Sois heureux et prudent.’’ »

Quand la vie bascule

En 1983, Patrice emménage à Montréal pour entamer sa formation à l’École nationale de théâtre. C’est ce qu’il voulait faire et il le savait depuis l’âge de 8 ans, en découvrant, à la télé, l’émission La boîte à surprise. « C’est pas pour rien que je suis allé dans le jeu. J’avais besoin de me grounder, de prendre contact avec mes émotions. »

La même année, un événement vient le marquer à jamais : Patrice vit une crise de panique majeure. « J’avais des sueurs froides, des palpitations. Tout s’effondrait. Je pensais que je devenais fou. Je venais de fumer un joint et j’écoutais de la musique; mes écouteurs me pénétraient le crâne. » Il en parle et semble revivre ce moment. « Ça a amplifié ce que j’avais déjà, un mental très fort. Cette hypersensibilité-là, qui me caractérisait et dont je me défendais, j’ai dû me la réapproprier, l’intégrer. »



Trente ans plus tard, exit les angoisses, l’homme devant moi revit. «Tôt ou tard, faut faire face à soi : c’est une loi fondamentale.» Il a travaillé fort – très fort même – pour dompter ses démons intérieurs, pour remettre de l’ordre dans le chaos qui l’habitait. Et ça a porté fruit. Il travaille d’ailleurs actuellement à une conférence basée sur ses expériences passées et son cheminement. « J’ai le goût d’échanger avec les gens. »

Patrice ne parle pas de la pluie et du beau temps. Ses préoccupations sont ailleurs. Pendant la rencontre, il revient sans cesse sur des questions existentielles, sur le sens de la vie, me parle de la tyrannie de la norme (« la criss de norme! »), élabore sur la peur du jugement et me parle de ses pouvoirs de guérison, et aussi des lampadaires qui s’éteignent sur son passage. Ésotérique, Patrice? «Y’a des aspects de ma vie que j’ai eu de la misère à partager. Mon côté ésotérique en est un. Ça m’énerve, car c’est tout de suite mal étiqueté. Je peux traduire ça par intégration d’aspects naturels de l’existence.»

L’amour avec un grand B

Même la rencontre de son chum actuel a quelque chose de mystique. «Un de mes amis voulait me présenter quelqu’un. Il m’a dit qu’il s’appelait Louis. Je l’ai interrompu et j’ai ajouté : ‘‘Son nom de famille commence par B!’’ Et j’avais raison! »

C’était il y a 3 ans. Et Patrice ne cherchait pas un chum à tout prix. Mais surtout, il avait sa liste de critères prête pour juger qui voudrait bien le courtiser : « Il fallait qu’il aime voyager, qu’il ait de l’humour, une démar-che spirituelle, une belle voix, de belles mains, qu’il aime les chats, qu’il veule construire quelque chose à deux. D’ailleurs, c’est ce qu’il m’a dit la première fois qu’on s’est rencontré : ‘‘Qu’est-ce que tu veux construire?’’ Ça m’a peinturé dans le coin! Je suis devenu rouge! C’est rare quelqu’un qui veut s’engager. »

En avril 2011, Patrice et Louis se sont mariés. Une célébration en toute simplicité devant le notaire et quelques amis. « Ça a été mon coming out public. Parce que je me mariais, j’ai accepté que Jasmin Roy écrive un article sur mon mariage dans le 7 jours. »

Patrice ne tarit pas d’éloges en parlant de son mari, Louis Bertrand, agent de bord. Le comédien de 52 ans voyage comme jamais il ne l’a fait aupa-ravant : Équateur, Chine, Europe… « En voyage, je suis à la recherche d’atmosphère. Pas de planification pour nous, on se laisse aller à nos intuitions. » On est loin du Patrice des années 80, incapable de monter dans un avion tellement ses crises d’angoisse étaient proches.

Sky is the limit

Il parle avec enthousiasme de voyages qu’il a envie de faire bientôt : en Islande, en Argentine, en Australie, etc. « Éventuellement, je voudrais aussi sauter en parachute », ose-t-il avancer, maintenant qu’il a vaincu ses peurs.

En plus de travailler sur des conférences où il partagera son expérience de vie, Patrice s’investit aussi dans l’écriture de projets pour le Web. « C’est nouveau pour moi, l’écriture de fictions, et j’aime ça! » Où se voit-il dans dix ans? « Toujours très présent. Je me vois beaucoup dans la création. J’ai l’impression de commencer à vivre… Je veux vivre 50 ans encore. »



 
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Anciens commentaires

  • Bravo Patrice! je t'ai enseigné en 4è année, à l'école St-Dominique, rue Bourlamaque à Québec. Tu étais une petit garçon brillant, aux grands yeux rêveurs. Tu partais souvent dans la lune. Déjà à cet âge, tu aimais jouer avec les mots, cela se voyait dans tes textes pleins d'imagination. Tu exprimais ta créativité dans le bricolage et tu me surprenais toujours: j'aimais bien cela. J'aime aussi te suivre à la tv et je trouve que tu fais un travail remarquable. Bravo pour ton cheminement et surtout pour accepter de partager ton expérience avec les autres. Dans ce monde où l'on apprend à reconnaître la richesse de la différence, on a besoin de témoignage comme le tien pour avancer. Longue vie et bonne route ! Un prof à la retraite et une grand-mère heureuse. Publié le 03/09/2013
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  • Bravo Patrice! je t'ai enseigné en 4è année, à l'école St-Dominique, rue Bourlamaque à Québec. Tu étais une petit garçon brillant, aux grands yeux rêveurs. Tu partais souvent dans la lune. Déjà à cet âge, tu aimais jouer avec les mots, cela se voyait dans tes textes pleins d'imagination. Tu exprimais ta créativité dans le bricolage et tu me surprenais toujours: j'aimais bien cela. J'aime aussi te suivre à la tv et je trouve que tu fais un travail remarquable. Bravo pour ton cheminement et surtout pour accepter de partager ton expérience avec les autres. Dans ce monde où l'on apprend à reconnaître la richesse de la différence, on a besoin de témoignage comme le tien pour avancer. Longue vie et bonne route ! Un prof à la retraite et une grand-mère heureuse. Publié le 03/09/2013