Prix de lutte contre l’homophobie

Ariane Moffatt félicitée

André-Constantin Passiour
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Le 13 mai dernier, beaucoup de gens s’étaient donné rendez-vous au siège social de la Banque Nationale pour assister à cette cérémonie de remise du Prix de lutte contre l’homophobie 2013 qui a été dédié cette année à l’auteure compositeure et interprète Ariane Moffatt, l’une des rares femmes parmi les personnalités publiques à afficher publiquement son orientation sexuelle et le fait, qu’elle fonde une famille avec sa conjointe Florence.

C’est en présence de la première ministre Pauline Marois et du ministre de la Justice, Procureur général et ministre responsable de la Lutte contre l’homophobie, Bertrand St-Arnaud, que s’est tenu ce 5 @ 7.

« Cette lutte [contre l’homophobie] tient à cœur à tous les membres du gouvernement et, comme preuve, la présence de la première ministre aujourd’hui. […] Ariane Moffatt, vous êtes un être complet… vous avez lancé un message d’espoir du fait que l’orientation sexuelle n’est pas un frein à fonder une famille […] », a déclaré le ministre St-Arnaud. « J’ai voulu que toute l’action de mon gouvernement soit placée sous le thème de «Un Québec pour tous», un Québec ouvert à toutes les diversités », a indiqué pour sa part la première ministre Pauline Marois. Elle a rappelé la campagne télévisée menée par le gouvernement pour contrer l’homophobie et les commentaires négatifs et haineux qu’elle a entraînés sur les réseaux sociaux, entre autres. « Je suis fière de vous, de ce que vous offrez au Québec », a souligné la première ministre en parlant d’Ariane Moffatt. «Elle [Ariane Moffat] est une source d’inspiration pour tous ceux et celles qui nourrissent l’idée de fonder une famille avec un conjoint ou une conjointe de même sexe», a déclaré de son côté le fondateur de Gai Écoute et de la Fondation Émergence, Laurent McCutcheon.

C’est d’ailleurs des mains de la première ministre et du ministre de la Justice qu’Ariane Moffatt, émue, a reçu cet honneur. « J’ai de la misère à le croire ! Vous ne vous doutez pas à quel point cela est touchant pour moi. Je n’ai pas fondé un groupe en région, ni trouvé un remède à cette maladie qu’est l’homophobie pour recevoir ce Prix. Cela a été une longue marche dans ma vie, ce n’est pas si simple que ça et ce n’est pas un cadeau que de découvrir son homosexualité », a déclaré l’artiste en ouverture de son court discours. Elle a rappelé que la société n’est pas si ouverte que ça et qu’on l’a encore constaté lors de la récente campagne gouvernementale qui a suscité bien des opinions malveillantes à l’égard des LGBT. Elle a souligné qu’elle en était arrivée à un point où « elle ne pouvait plus cacher celle qui m’accompagne, ma douce Florence, qui a consacré sa thèse de doctorat sur l’homophobie des femmes homoparentales et qui mérite ce prix autant que moi !». Elle a souligné le tapis rouge du gala de l’ADISQ, événement auquel elle a assisté avec sa compagne, et il y a eu aussi l’émission Tout le monde en parle à Radio-Canada, en 2009. Elle souhaite d’ailleurs que d’autres, des artistes, fassent la même chose qu’elle parce que les jeunes, les femmes surtout, ont besoin d’exemples à suivre. Elle a terminé son allocution par les paroles du chanteur jamaïcain Bob Marley, « One love »!

En entrevue, Ariane Moffat s’est dit avoir été très surprise lorsqu’on lui a annoncé qu’elle recevrait ce prix « parce que je ne suis pas une activiste au quotidien, mais je suis une artiste exposée, parce que je l’ai dit publiquement, donc cela a contribué à me choisir ». «Aujourd’hui, je ne regrette pas le long cheminement qui a été ardu, j’ai longtemps hésité [à dévoiler mon homosexualité], cela a demandé du courage, mais lorsque je l’ai fait, j’ai été libérée, et cela n’a pas de prix », a-t-elle confessé. Il y a aussi le fait que sa fiancée Florence est enceinte de jumeaux, deux garçons, attendus pour juillet prochain. «J’ai senti une écoute de la part de mes fans, des gens, une réaction qui n’était pas dans la stigmatisation lorsque j’ai amené l’idée que moi et Florence nous voulions fonder une famille. Je sentais qu’il y avait de l’amour de la part de mes fans et qu’ils acceptaient ça.» Si elle ne veut pas faire de l’homosexualité ou de l’homoparentalité un sujet d’une prochaine chanson, elle désire toutefois qu’il y ait plus d’ouverture chez les artistes, les femmes, pour ainsi encourager les jeunes filles et garçons de vivre leur vie ouvertement et même, s’ils en ont envie, de pouvoir avoir des enfants. «Si cela peut inspirer et donner un exemple qu’une artiste qui est dans la vie publique et qui est successful peut être ouverte et même fonder une famille avec sa blonde, alors tant mieux», a-t-elle conclue ce bref entretien en privé.



Laurent McCutcheon était fier que la Fondation ait initié, en 2003, la Journée internationale contre l’homophobie qui a, à présent, une reconnaissance mondiale. Pour cette 11e édition de la remise de ce Prix, Jeannette Bertrand, la toute première récipiendaire de ce prix en 2003, était également présente ce soir-là et a tenu à saluer personnellement Mme Moffatt pour son courage.