Par ici ma sortie _ questions de société

L’autodétermination

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
Photo prise par © Robert Laliberté

Quand j’étais enfant, je jouais aussi bien avec les poupées de ma sœur qu’avec mes petites autos, je jouais aussi aux cowboys et aux Indiens avec mon frère aîné. Au début de l’adolescence, un été à la campagne dans la maison de ma grand-mère, ma sœur et moi trouvons des vieux vêtements de femmes, et nous passons une partie de l’été à nous déguiser. J’adorais les jupes et les chaussures à talons hauts, mais comme il n’y avait pas de perruques, je cachais ma tête sous un fichu, qui me rendait plus proche d’une paysanne polonaise des années soixante que d’ une poupée Barbie. Ma mère disait : « Ça lui passera, il se cherche. » Ça ne m’a pas passé, je me cherche encore.

Bref, dès mon enfance, on aurait pu penser que je souffrais d’une dysphorie de genre. Je me trouvais mieux parmi les enfants que parmi les adultes, qui me semblaient des animaux étranges. Les femmes de ma famille vivaient dans la plainte, les hommes, de gros pas finis, étaient portés sur l’alcool et les interminables samedi après-midi devant la télé à regarder du rugby. Bien entendu, j’étais nul en sport, même si en vacances on découvrait que je n’étais pas aussi « empoté », mais ce n’était pas le sport qui me rebutait, c’était l’attitude des mes pairs, admirant les plus doués et se moquant des ineptes comme moi… profs et entraîneurs compris.

Au collège, je savais que j’étais attiré par les gars. Bien entendu, cela me confirmait qu’en dedans de moi, j’étais une fille… mais en même temps, je me sentais gars, simplement avec des goûts différents.

Tout ça ressemble sûrement à l’enfance et à l’adolescence de beaucoup de gars, qui ne trouvaient probablement de valorisation que dans la vie académique. Três bon élève, très sage, toujours prêt à rendre service, le bla, bla, bla, ce qui avec le recul me renvoie l’image d’un petit garçon enfermé dans ses livres, dans son imaginaire, avec la conséquence d’une incroyable distraction face à la réalité.

C’est du vécu. Mais il illustre bien aujourd’hui les questions auxquelles, en tant que communauté, nous sommes confrontés. Ce n’est pas au regard de mon orientation sexuelle que j’étais disqualifié, mais bien en raison d’un genre incertain, entendre qu’il ne s’inscri-vait pas automatiquement dans la case F ou dans la case H.

Et aujourd’hui, nous vivons encore la même situation. Ce n’est pas en raison de l’homophobie que les jeunes se voient bannis de leur groupe d’appartenance « naturelle », mais bien en raison des écarts qu’ils présentent dans leur comportement ou dans leurs champs d’intérêts aux normes socialement codifiées comme étant celles des hommes ou celles des femmes. Un père va offrir son premier bâton de hockey à son fils, comme si la contrainte, même sous forme de cadeau, pouvait développer la masculinité et un amour pour ce sport. On va offrir une poupée à notre fille pour qu’elle soit le plus tôt possible entraînée à son rôle de mère plus tard. Eh bien, ça ne marche pas comme ça.

Il en va de même avec l’école, qui renforce les stéréotypes du genre. Et avec l’adolescence, lors de laquelle, pour se faire des amis, on gomme tout ce qui pourrait nous faire ressembler d’un poil à l’autre sexe. Et même si beaucoup souffrent de cette contrainte à la masculinité ou à la féminité, ils et elles s’y conforment, car ils et elles savent que le prix à payer pourrait être très grand (isolement, rejet, moqueries…).

Les parents bien entendu sont les premiers à y participer, comme s’il allait de soi que le rose ne soit pour les petites filles, et le bleu pour les gars. On nous prépare dès notre naissance au rôle d’un certain genre. Enfin, les médias en rajoutent à outrance en jouant sur l’opposition dite « nécessaire» des enres. Toutes les émissions comme Loft Story ou Occupation Double dégoulinent de l’expression caricaturale de ce que sont un homme et une femme. Les gars le sont jusqu’au bout de leur pénis. Les femmes jusqu’au bout de leurs ongles. Même chez les chanteurs, la vague ambigüité a disparu : finis les David Bowie, les Boy-George, les Freddy Mercury ou même les RuPaul.

La vieille citation mille fois répétée , « Ils n’en ont pas l’air! », a encore de belles années devant elle. Ce n’est pas d’avoir des relations sexuelles et affectives entre hommes ou entre femmes, le problème; c’est de ne pas correspondre au genre qui fait le plus mal. Alors lutter contre l’homophobie, sans avoir en arrière-pensée, ce combat plus long à mener, c’est comme cautériser une jambe de bois.

Il faudrait un tsunami social pour qu’enfin chaque enfant puisse se développer selon ses goûts et non selon les prescriptions sociales du genre et des rôles qu’on lui attribue. Chaque enfant pourrait ainsi faire ses expériences. Cela lui donnerait une plus grande ouverture sur la diversité. Cela lui permettrait de se construire comme il le souhaite et non comme la société l’impose. Pas sûr que cela engendre des gais, des lesbiennes, ou même des trans… Mais au moins, il y aurait la reconnaissance et la possibilité de la fluidité dans les genres et dans l’expression de ceux-ci, sans que tous soient automatiquement catalogués dans une catégorie.

Et ce qui est remarquable, c’est que la fantasmagorie des gais d’aujourd’hui sur les mecs virils et musclés participe de ce renforcement du genre. «Je suis peut-être gai, mais je n’en suis pas moins un homme», semble-t-on dire partout. Et alors?

Je sais que la médecine et la science me disent que je suis un homme. Je n’ai jamais pensé à changer de sexe, je ne m’habille pas en femme. Mais la petite fermière polonaise adolescente que j’ai été le temps d’un été… Elle est où? Est-elle morte? Pas sûr!



 
Voir les archives

Anciens commentaires

  • Tout à fait en accord. Se n'est plus juste une question de goût, c'est ce qui paraît bien. On ne veut pas connaître la personne, on veut paraître au côté d'un individu qui amènera un plus à notre image. J'ai vu ce genre d'exemple avec un jeune couple gai, où le gars avec des marques, à sorti avec un gars très sympathique (c'étais son premier chum) après l'a complètement laisser tomber. Il voulait montrer qu'il pognait et à ensuite poursuivit sa quête de l'homme idéal, à la fine technologie, qui «parait» plus hot... L'autre s'est senti stupide et utilisé, pourtant il ne répondait pas à l'autre puisqu'il ne s'achètais pas de marque, sortait pas beaucoup. J'avais l'impression d'assister à le début d'une vie d'un autre ami qui sort continuellement (du jeudi au dimanche, dans une quête d'un homme idéal) et ce depuis 2 ans none-stop, la veille de 30 ans ont retenti chez lui, la pression et le désir de trouver l'homme idéal. L'homme pas trop ci et ça, le prince charmant qui fera briller ses yeux, à la mode, qui a un travail, qui a l'argent... Je me sens mêlé dans un tel monde «superficiel». Si on arrêtait un jour de vendre l'image: des gens voudrait se rencontrer, des gens n'aurait pas le choix de se rendre en personne au «profil» qui semble «moyen», qui semble «bien». Le monde en gros se rencontrerait plus et se ne serait plus un village (rive-sud) et un village montréalais (miles-end). Ce serait un mélange. Les personnes qui sont sur les mêmes sites de rencontrent skippant sans cesse une image, verrait que le monde est dehors, le jour, le soir, dans des moments inopportun. J. Publié le 27/05/2013
Voir les archives

Anciens commentaires

  • Tout à fait en accord. Se n'est plus juste une question de goût, c'est ce qui paraît bien. On ne veut pas connaître la personne, on veut paraître au côté d'un individu qui amènera un plus à notre image. J'ai vu ce genre d'exemple avec un jeune couple gai, où le gars avec des marques, à sorti avec un gars très sympathique (c'étais son premier chum) après l'a complètement laisser tomber. Il voulait montrer qu'il pognait et à ensuite poursuivit sa quête de l'homme idéal, à la fine technologie, qui «parait» plus hot... L'autre s'est senti stupide et utilisé, pourtant il ne répondait pas à l'autre puisqu'il ne s'achètais pas de marque, sortait pas beaucoup. J'avais l'impression d'assister à le début d'une vie d'un autre ami qui sort continuellement (du jeudi au dimanche, dans une quête d'un homme idéal) et ce depuis 2 ans none-stop, la veille de 30 ans ont retenti chez lui, la pression et le désir de trouver l'homme idéal. L'homme pas trop ci et ça, le prince charmant qui fera briller ses yeux, à la mode, qui a un travail, qui a l'argent... Je me sens mêlé dans un tel monde «superficiel». Si on arrêtait un jour de vendre l'image: des gens voudrait se rencontrer, des gens n'aurait pas le choix de se rendre en personne au «profil» qui semble «moyen», qui semble «bien». Le monde en gros se rencontrerait plus et se ne serait plus un village (rive-sud) et un village montréalais (miles-end). Ce serait un mélange. Les personnes qui sont sur les mêmes sites de rencontrent skippant sans cesse une image, verrait que le monde est dehors, le jour, le soir, dans des moments inopportun. J. Publié le 27/05/2013