Entrevue exclusive avec la tendre moitié de Rufus Wainwright

Lumière sur Jörn

Patrick Brunette
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Il est élégant. Séduisant. Il est originaire d’Allemagne. Le 23 août 2012, le chanteur Rufus Wainwright le prenait pour époux. Il s’appelle Jörn Weisbrodt. Sa vie est consacrée à l’art sous toutes ses formes. Portrait d’un amoureux des arts, de la vie et de Rufus. Tu es né à Hambourg, en Allemagne, en 1973. Comment décrirais-tu ton enfance?

J’ai eu une enfance heureuse. Je viens d’une famille typique, mes parents faisaient partie de la classe moyenne. Enfant, je voulais devenir astrophysicien ou physicien nucléaire. Je lisais tous les livres scientifiques qui me tombaient sous la main.


Mais tu jouais aussi du piano et tu chantais dans une chorale?

Oui, car j’étais persuadé que la musique et les arts feraient aussi partie de ma vie. Je me rappelle, quand j’ai commencé à étudier la biochimie, je trouvais ça ennuyant. Tout le monde dans ma classe voulait trouver un remède au cancer et au VIH et c’est là que je me suis dit : « C’est pas ça que je ferai! »

Comme j’avais beaucoup de temps libre entre mes cours, j’allais tous les jours au musée pour y voir les tableaux de Rembrandt et de Jordaens, mon préféré. J’étais obsédé par l’opéra et le théâtre. Quand j’ai rencontré des gens qui étudiaient la direction d’opéra, ça a été comme un déclic, je me suis inscrit à ce programme et j’ai été accepté. Je ne le regretterai jamais!


Quelles sont les premières chansons qui t’ont marqué?

Jeune, j’écoutais surtout de la musique classique. Je n’étais pas un fan de pop ou de rock. Mais la première chanson pop qui m’a marqué, c’était Rock me Amadeus de Falco. Et aussi la chanson Sternenhimmel du groupe new wave allemand Hubert Kah. Je me souviens, j’avais demandé à ma mère la permission d’acheter leur album mais elle n’avait pas voulu. Elle était furieuse! Pour elle, c’était du gaspillage d’argent. Alors, je suis allé m’acheter un album de Wagner : l’opéra Tannhäuser!


Parlant de ton adolescence, comment as-tu vécu ton coming out?

J’avais 18 ans quand j’ai eu mon premier kick sérieux pour un gars. Mais c’était à sens unique. Peu importe, l’important, c’était de ressentir quelque chose. J’imagine que c’est à ce moment que j’ai réalisé que j’étais gai. Ça expliquait aussi pourquoi j’aimais tant cette série policière qui passait à la télé allemande, moi qui versais plus dans la musique classique et ma passion pour Toutânkhamon. Je le trouvais hot, le détective!


Comment tes parents ont-ils réagi?

Ma mère a pleuré quand je le lui ai annoncé. Je devais avoir 19 ans. Mes parents ont été très compréhensifs, c’est juste qu’ils espéraient avoir des petits-enfants. Et à ce moment, le sida faisait des ravages. Ils étaient inquiets. Peu de temps après, j’ai eu une blonde. Mes parents l’adoraient et ils espéraient que mon coming out ne soit qu’une histoire passagère. Mais après un bout de temps, je me suis rendu compte que je n’étais pas honnête avec ma blonde. J’ai remis les choses au clair avec mes parents; ils ont eu la même réaction qu’au début. Ça s’est finalement réglé. Maintenant, mes parents adorent mon mari et, comme il a une fille, ils sont devenus des grands-parents « par alliance ».


Est-ce que tes parents étaient présents à ton mariage?

Oui, ils étaient là et ça m’a touché qu’ils viennent. Je pense qu’ils étaient fiers de vivre ça. C’était vraiment une célébration magnifi-que!


C’était important pour toi de te marier?

J’avais jamais pensé me marier un jour. Le mariage, pour moi,
signifiait copier une institution hétérosexuelle. Quand t’es gai, tu te penses différent, plus underground.


Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis?

J’ai trouvé en Rufus l’amour de ma vie. Quand il m’a demandé si je voulais l’épouser, j’ai immédiatement dit oui! Je pense que proclamer publiquement son amour est un acte très puissant. Pour les gais aussi. C’est drôle à dire, mais je suis certain que dans 50 ans, les gens vont se dire : « Te souviens-tu comment c’était ridicule à l’époque de ne pas laisser les gais se marier? » !


Comment as-tu rencontré Rufus?

Un danseur avec qui je sortais m’a donné le CD « Poses ». Par la suite, on s’est séparés. Puis j’ai rencontré Rufus à un concert, à Berlin. On a parlé d’un projet musical que j’avais en tête. Mais rien ne s’est passé à ce moment. J’étais beaucoup trop impressionné par son concert; je n’avais aucune idée romantique en tête! Et Rufus était convancu qu’il ne m’intéressait pas. Tout est allé beaucoup mieux lorsqu’on s’est recroisés une deuxième fois, plusieurs mois plus tard...


En février 2011, c’était avant votre mariage, la petite Viva est née, fille de Rufus et de Lorca (fille de Leonard Cohen). Tu es devenu «deputy dad» (assistant-papa)…

J’aime beaucoup la fille de Rufus. C’est merveilleux de penser qu’elle fera toujours partie de nos vies. Pour moi, ce n’est pas le lien biologique qui est important, mais plutôt la relation spéciale qui nous unit. C’est compliqué pour un couple gai d’avoir des enfants. Je pense que toutes ces difficultés du moment feront bien rire les gens du futur, une fois que ça sera plus facile.


Depuis 2011, tu es le directeur artistique de Luminato, le festival des arts et de la créativité de Toronto. Que veux-tu apporter à ce festival?

L’art est une expérience viscérale, émotionnelle, mais pas nécessairement intellectuelle. Pour moi, l’art, le vrai, c’est quand ça te rentre dedans. Tu ne sais pas d’où ça vient, mais tout d’un coup, c’est là. Je pense qu’un festival comme Luminato pourrait être un orchestre complet de ce type de moments. Et c’est à ça que je sers : faire en sorte qu’on joue à l’unisson, tous ensembles, pour créer quelque chose de plus grand.


Tu baignes dans le monde des arts depuis ton enfance. Quels sont tes coups de cœur artistiques?

Il y en a tellement! Je pourrais te parler de spectacles des chorégraphes William Forsythe et Pina Bausch. Ou même d’un concert de Marylin Manson qui est, selon moi, un grand artiste incompris. Il y a aussi la première fois qu’une peinture m’a fait pleurer, c’était devant un Chagall, à Berlin. La combinaison de la joie de vivre et de la terreur devant la mort m’avait beaucoup touché. Je me rappelle aussi avoir pleuré pour la première fois en écoutant de la musique classique… même si j’en écoutais depuis des années! C’était lors d’un récital où on jouait le premier concerto au piano de Tchaïkovski. Bref, ce qui me fascine dans l’art c’est que, contrairement à la porno, plus on s’y expose, meilleure devient l’expérience.

 
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Anciens commentaires

  • Great! Jörn is so wonderful and I am happy for Rufus! My english speaking friends don't understand, is it possible to get this interview in english? That would be fine. Publié le 27/03/2013
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