Vague de commentaires homophobes sur l’internet :

Des organismes LGBT ethnoculturels font la nuance

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Le gouvernement du Québec dévoilait, il y a quelques jours, sa première campagne sur la diversité sexuelle dans le cadre de son plan d’action de lutte contre l’homophobie 2011-2016. Puis les médias, notamment par le biais des médias sociaux, ont couvert cette nouvelle, questionné le public sur son ouverture d’esprit et transporté cette campagne sur l’internet. Le 6 mars dernier, M. François Van Hoenacker écrivait un article dans La Presse au sujet de la vague de commentaires homophobes qui a déferlé suite à la campagne de sensibilisation. Il y a quelques jours, le gouvernement du Québec dévoilait sa première campagne sur la diversité sexuelle dans le cadre de son plan d’action de lutte contre l’homophobie 2011-2016. Puis les médias, notamment par le biais des médias sociaux, ont couvert cette nouvelle, questionné le public sur son ouverture d’esprit et transporté cette campagne sur l’internet. Le 6 mars dernier, M. François Van Hoenacker écrivait un article dans La Presse au sujet de la vague de commentaires homophobes qui a déferlé suite à la campagne de sensibilisation.

Dans son article, M. Van Hoenacker citait le président de Gai Écoute, M. Laurent McCutcheon qui disait :

«Beaucoup de gens viennent de pays où l'homosexualité est illégale, ça peut être plus difficile pour eux, On reçoit des milliers de nouveaux arrivants par année, tous ces gens ne peuvent pas changer de mentalité seulement qu'en prenant l'avion et en arrivant ici.»

Nos organismes ethnoculturels en défense des droits des personnes gaies, lesbiennes, bisexuelles et trans aimeraient apporter des nuances aux propos rapportés dans cet article.

Il est clair qu’une généralisation aussi grossière ne reflète en rien la réalité des choses. Autant que les Québécois ne sont pas tous ouverts d’esprit face à l’homosexualité, les immigrants ne sont pas tous, non plus, remplis d’homophobie! Si certains viennent de pays où l’homosexualité est mal vue, voire criminalisée, nombreux sont ceux qui arrivent au Québec avec une ouverture d’esprit rassurante et sachant que l’homophobie, ici, n’est pas tolérée. Ces hommes et ces femmes qui quittent famille, pays et racines pour refaire leur vie dans un nouveau pays, dans une culture qui leur est souvent étrangère, dans un contexte de survie parfois, ces hommes et ces femmes sont dotés d’une capacité d’adaptation remarquable.

S’ils ne clament pas haut et fort les droits des homosexuels et s’ils ne revendiquent pas l’égalité pour tous dans leur quotidien, c’est possiblement parce que leur façon d’exprimer leur ouverture est différente de celle à laquelle nous sommes habitués en Amérique du Nord. C’est possiblement parce que les enjeux d’un appui à la cause homosexuelle vont au-delà de la personne elle-même mais ont aussi des répercussions sur la famillerestée dans le pays d’origine. Combien de gais ou de lesbiennes immigrants nous disent que leur famille proche les accepte mais que le sujet ne doit pas se savoir publiquement. Non pas parce que la famille est homophobe mais parce que l’importance et l’influence de la famille, au sens élargi du terme, est très différente d’une culture à l’autre!

De par le travail que nos organismes font avec les individus LGBT des communautés culturelles, nous remarquons cette différence et nous devons constamment conjuguer avec cette réalité. Par exemple, on ne s’étonnera pas de savoir que nos organismes comptent des membres hétérosexuels qui appuient notre lutte tout autant que nous. On ne s’étonnera pas non plus que la radio chinoise couvre annuellement les événements entourant la Fierté Gaie. Ou que les organisateurs du Mois de l’Histoire des Noirs aient intégré à leur programmation officielle un festival de films LGBT. Ou qu’une émission montréalaise de Radio Moyen-Orient, en arabe, aie connu un vif succès auprès des auditeurs parents qui ont contacté la station de radio pour exprimer à quel point ils trouvaient important que le sujet de l’homosexualité soit abordé à la radio.

Si nos organismes existent et luttent contre l’homophobie dans nos communautés culturelles respectives, c’est parce que l’homophobie existe, on ne se le cachera pas. Est-elle plus présente dans nos communautés que dans la société québécoise « de souche »? Peut-être. Ou peut-être pas si on s’éloigne un peu des grandes villes québécoises. Est-elle plus véhémente en raison de la religion très présente dans certaines de nos cultures? Peut-être. Ou peut-être pas quand on pense à la Marche Chrétienne de 2011, à Québec, où près d’un millier de chrétiens marchaient pour dénoncer, entre autres, l’euthanasie, l’avortement et l’union homosexuelle.

Donc au lieu de dire que :
«l'immigration en provenance de pays où l'homosexualité est interdite pourrait en partie contribuer à la problématique de l'homophobie au Québec »,
l’article de La Presse aurait dû dire qu’une partie de cette immigration représente une facette parmi tant d’autres de l’homophobie qui existe au Québec et qu’il faut la combattre d’une manière qui lui est spécifique. Tout comme il faut combattre l’homophobie dans les sports ou l’homophobie dans le milieu de travail avec des outils et un langage adaptés à ces réalités.




Signataires
ADA (Au-delà de l’arc-en-ciel)
AGIR
Arc-en-ciel d’Afrique
Ethnoculture
GLAM (les LGBTA Asiatiques de Montréal)
HELEM Montréal (Protection libanaise pour LGBT)