Les Muses orphelines, Kristina of Sweden et...

Entre Michel, Victor, Christine et Les muses...

Denis-Daniel Boullé
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Michel-Marc Bouchard occupera l’affiche pendant les prochains mois. Après le succès de la création de Christine la reine-garçon au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), «Les Muses orphelines» sont reprises au Théâtre Jean-Duceppe. Il vient de terminer l’écriture du scénario de Kristina of Sweden, une coproduction internationale dont le tournage commencera bientôt. Et le prolifique auteur est déjà mobilisé pour un mégaprojet. Il doit en collaboration avec Michel Lemieux et Victor Pilon écrire le scénario d’un événement d’envergure lors des célébrations entourant le 375e anniversaire de la ville de Montréal qui aura lieu en 2017. Avec Christine la reine-garçon, c’est la première fois que l’on voit sur scène une souveraine de l’histoire ouvertement attirée par les femmes.

À ma connaissance oui. Quand j’ai commencé à travailler sur le scénario du film, j’ai mené les recherches et j’ai commencé à écrire cette pièce. Et j’ai voulu montrer des facettes de la vie de cette reine qui ne sont jamais montrées ou encore qui sont occultées. Je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi en ce moment on parle plus de lesbiennes, il y a comme un vent nouveau pour les sujets lesbiens mais je ne crois pas que ce soit une coïncidence mais plutôt des repères de l’époque.

Mais quand on m’a approché pour le film, c’est aussi cet aspect-là de la reine Christine que je voulais traiter. C’est le seul aspect de sa vie qui semble avoir une cohérence, une continuité, alors que ces ambivalences spi-rituelles, politiques même scientifiques, elle les accumule comme on accumule les curiosités. Alors que son attachement et son affection pour la comtesse Ebba Spare, lui, ne se démentira jamais. Et c’est ce qui est le plus difficile pour elle quand elle abandonne la couronne et quitte la Suède, plus difficile que de perdre le pouvoir et le trône. D’ailleurs le jour du mariage d’Ebba Spare, quelque temps avant qu’elle ne s’exile, Christine se présentera pour le mariage à la cathédrale habillée en bergère accompagnée de moutons pour bien marquer sa déception de voir Ebba épouser un homme. Cette scène se retrouvera dans le film, alors que je ne pouvais la mettre sur scène. Je pense que cette dimension de sa personne l’a poussée à quitter la Suède.

C’est fascinant parce que j’ai travaillé avec neuf biographies différentes, de différents horizons, et à part la biographie allemande, on a tenté d’escamoter son amour pour cette femme. On cite toutes les lettres qu’elle a écrites à Ebba Spare, des lettres enflammées de trois pages dans lesquelles on sent tout son amour pour cette femme, mais on lui prête une aventure avec un homme à qui elle n’a écrit en tout et pour tout qu’une seule lettre et qui ne contient qu’une seule phrase. Il est remarquable de voir comment les biographes ont tenté d’occulter le lesbianisme de la souveraine. Cependant, la reine Christine n’était pas une féministe dans le sens où on l’entend à notre époque. Elle disait d’ailleurs «je hais les femmes parce qu’elles ne sont pas des hommes» ou encore «Je veux être tout sauf une femme». Mais derrière ce jugement sévère, elle témoigne de la condition des femmes de cette époque.


C’est la troisième production des «Muses orphelines» au Québec à Montréal, et dans le monde la 120e. C’est aujourd’hui un classique du théâtre contemporain québécois ?

Et c’est étrange comment au Québec on ne valorise pas les classiques québécois. Les Feluettes ont attendu quinze ans avant d’être reprises par Serge Denoncourt. Et c’est moi qui ai suggéré que l’on reprenne Les Muses orphelines pour la centième production mais cela n’a pu se faire avant pour des raisons techniques. Je voulais qu’elles reviennent à Montréal après avoir autant tourné à l’étranger. J’ai donc approché le théâtre Jean-Duceppe. Il y a sûrement de ma part une petite vanité mais surtout une grande fierté. Je pense qu’avec Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay, ce sont les deux pièces qui ont tourné le plus dans le monde. De plus, Les Muses Orphelines sont toujours étudiées dans les écoles donc je ne pense pas qu’il y aura de décalage avec le public qui se déplacera. Ce que je retrouve le plus extraordinaire, et ce qui m’a le plus touché dans les lectures avec les comédiens auxquelles j’ai participées c’est de réentendre la pièce dans ma langue. Je l’ai entendue avec des accents français, en allemand, en coréen, en japonais, en polonais, en italien et en espagnol, mais de la réentendre dans ma langue, j’ai été extrêmement ému.


En quoi les Muses orphelines dont l’action se déroule à la fin des années soixante en région peuvent toucher le public d’aujourd’hui ?

Je crois que c’est l’universalité des thèmes qui sont abordés dont un qui est pour moi le plus important, l’aspiration à la liberté. Bien sûr, il y a la famille aussi. Il y a une affirmation dans le texte qui résume bien la pièce qui est : « La meilleure chose dans une famille, c’est être capable de la quitter ». Tout le monde est appelé encore aujourd’hui à se poser la question. Je crois que la famille est encore une fatalité contemporaine. C’est donc une quête de liberté, de comment dire les choses, d’avoir les mots pour le dire, et d’avoir le courage de passer à l’acte pour vivre ce que l’on a envie de vivre.



Une représentation spéciale aura lieu le dimanche 10 mars à 14 h 30 au profit du GRIS-Montréal pour l’événement Tous unis contre l’homophobie. Un vin d’honneur suivra la représentation où les spectateurs pourront rencontrer les comédiens, la metteure en scène et l’auteur.

Les billets pour l’événement Tous unis contre l’homophobie au profit du GRIS-Montréal sont en vente au coût de 65 $ et disponibles en appelant au 514-590-0016 ou à [email protected]


Les Muses orphelines Du 20 février au 30 mars 2013.
Théâtre Jean-Duceppe. Billetterie : 514 842-2112
www.duceppe.com/achetez-vos-billets/tarifs



Par ailleurs, la CCGQ propose à ses membres d’assister à la représentation de la représentation du 28 février prochain à la Place des Arts. Le rendez- vous est donné le 28 février à 19h devant l’entrée du Théâtre Jean-Duceppe à la Place des Arts. Une rencontre avec Michel Marc Bouchard précédera la présentation de la pièce. Puis une visite privée des coulisses avec salutations des comédiens à l’issue de la représentation, finalisera cette soirée culturelle. Comme les places sont limitées, la réservation (45$, taxes incluses) est obligatoire via le site duceppe2013.eventbrite.com