Russie

La loi sur la «propagande de l'homosexualité» est une attaque contre la liberté d'expression

L'équipe de rédaction
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La Douma d’État (chambre basse du Parlement russe) a adopté, quasi unanimement, un projet de loi qui érige en infraction toute « propagande de l’homosexualité auprès de mineurs ». Seul un parlementaire a voté contre, tandis qu’un autre s’est abstenu. Dans une lettre adressée à la Douma d’État en décembre 2012, Amnesty International avait appelé les membres du Parlement à respecter les obligations internationales du pays en termes de protection du droit à la liberté d’expression et de réunion des personnes lesbiennes, gais, bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI). Le Parlement russe soutient un projet de loi qui érige en infraction toute « propagande de l’homosexualité auprès de mineurs ». Cette mesure pourrait gravement restreindre la liberté d’expression des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI) et légitimera les pratiques discriminatoires à leur encontre.

Ce projet de loi érige la « promotion de l’homosexualité auprès des mineurs » en infraction administrative à la législation fédérale, passible d'amendes pouvant atteindre 500 000 roubles (12 300 euros environ). Or, dans la législation russe, il n’existe aucune véritable définition de la « propagande de l’homosexualité », ce qui permet une interprétation très large de ces termes. Des gens risquent d’être sanctionnés pour quelque chose de parfaitement légitime : être eux-mêmes ou s’exprimer.

Ce texte encourage la stigmatisation en entretenant l’idée que les enfants doivent être protégés contre l’homosexualité.

Il établit une discrimination à l’égard des personnes LGBTI dans un pays où les discriminations en fonction de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre sont déjà très répandues et va priver les personnes LGBTI de l’égalité devant la loi en entravant les activités des personnes qui défendent leurs droits fondamentaux. En effet, certains défenseurs des droits des personnes LGBTI ont déjà été harcelés et agressés.

Pire, il alimente les discours homophobes en supposant qu’il vaut mieux, pour le développement moral, spirituel et psychologique des enfants, que ces derniers ne bénéficient pas du soutien et des informations qui pourraient les aider à prendre des décisions informées, autonomes et responsables notamment en matière de santé.

Des militants LGBTI ont organisé vendredi 25 janvier 2013 une « Journée du baiser » devant la Douma. Des partisans de la loi ont lancé des œufs sur les couples qui s’embrassaient et les ont insultés. Les policiers auraient arrêté 20 militants LGBTI.

Une nouvelle fois, la police a dirigé ses actions avec une force possiblement excessive contre les mauvaises personnes. Les militants LGBTI ne représentaient en aucune façon une menace. Ils n’ont provoqué ni haine ni violence. Ils étaient présents pour exercer leur droit d’exprimer librement leurs sentiments les uns envers les autres. En tant que citoyens, ils en ont le droit, tout comme ils ont le droit d’être protégés contre toute forme de violence ?

Des lois similaires ont été adoptées dans un certain nombre de régions, notamment celles de Riazan, d’Arkhangelsk, de Kostroma, de Saint-Pétersbourg, de Novosibirsk, de Magadan, de Samara, de Krasnodar et en République du Bachkortostan. Certaines de ces lois interdisent la « propagande de la pédophilie auprès des mineurs », établissant un lien entre exploitation sexuelle des enfants et activité sexuelle privée entre adultes consentants.