Macha limonchik dans les Muses orphelines

Rencontre avec la muse du Gris

Denis-Daniel Boullé
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Activité au profit du GRIS-Montréal, l’événement «Tous unis contre l’homophobie» se tiendra le dimanche 10 mars 2013. Il s’agit d’une représentation spéciale de la pièce Les Muses orphelines de Michel Marc Bouchard, au Théâtre Jean-Duceppe, mettant en vedette la comédienne et porte-parole du GRIS, Macha Limonchik. Nous avons rencontré cette dernière pour qu’elle nous parle à la fois de cette pièce et de son implication auprès du GRIS-Montréal. Le théâtre Jean-Duceppe présente un des grands classiques du théâtre québécois, Les Muses orphelines de Michel-Marc Bouchard. Est-il besoin d’en rappeler le thème? Trois sœurs et un frère se retrouvent parce que l’une des sœurs aurait des nouvelles de leur mère qui les abandonnés alors qu’ils étaient tout jeunes. Comme on s’en doute, cet abandon les a marqués chacun à sa façon. Les retrouvailles prendront la forme d’un huis clos où chacun tentera de mettre un point final à son enfance déchirée. Créée en 1988 dans une mise en scène d’André Brassard, Les Muses orphelines ne sont pas seulement une plongée dans un Québec en pleine révolution tranquille, mais un portrait de la solitude de l’enfance, des déchirures qu’elle inflige et des cicatrices non fermées que l’on ne cesse de panser.

Pour nous guider dans cette famille du Lac Saint-Jean, Martine Beaulne qui signe la mise en scène a choisi Macha Limonchik pour interpréter la sœur aînée, Nathalie Mallette la sœur soldate lesbienne, Léane Labrèche-Dor la plus jeune sœur, et Maxime Denommée le frère homosexuel. Pour la comédienne Macha Limonchik, ç’a été une belle surprise d’être choisie par Martine Beaulne pour interpréter le rôle de Catherine, la sœur aînée. « Il y avait longtemps que l’on ne m’avait pas proposé un rôle dramatique. J’ai donc accepté le rôle, mais comme un défi. Est-ce que je saurai être à la hauteur de ce personnage? » Au-delà des doutes que tout comédien ressent dans l’incarnation d’un nouveau personnage, Macha Limonchik s’est prise d’affection pour cette femme aigrie, dont une partie de la vie a été de s’occuper de ses sœurs et de son frère en sacrifiant sa propre vie, ses propres espoirs. « Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai eu toute de suite une grande affection pour Catherine, qui a de très gros défauts, qui se perçoit comme une martyr qui s’est dévouée pour les autres, même sûrement pas de la bonne façon. Elle est dure, violente et en même temps terriblement seule », explique la comédienne.

Même si la pièce décrit un Québec à la croisée des chemins, à une époque où la religion perd de son pouvoir et renvoie chacun à sa propre responsabilité, la pièce de Michel-Marc Bouchard conserve toute sa modernité puisqu’elle pose toujours les mêmes questions, entre le désir d’avoir une vie propre à soi et les responsabilités qu’imposent les rôles sociaux comme celui de parents. En ce sens, les trois sœurs et leur frère ne sont pas orphelins de leurs parents, mais d’une société, d’une histoire dans laquelle ils ne trouvent plus leur place. Un manque de repères qui dépasse l’absence de la mère et du père.

Est-ce pour cela que Macha Limonchik pense que son personnage existe bel et bien? « J’ai l’impression que cette femme reste tout proche de chez moi, que je pourrais la croiser en sortant. » Comme si l’étouffement et le carcan des années soixante perduraient et que les doutes étaient toujours aussi présents et tenaces chez les individus et en les collectivités. Certes, Michel-Marc Bouchard situe Les Muses orphelines dans un Québec en mutation. Mais la force du texte tient au fait qu’aujourd’hui, ici et ailleurs qu’au Québec, les mêmes difficultés d’être subsistent, les mêmes questions perdurent dans notre place dans la famille, dans la société et dans notre légitimité à être. Une raison parmi d’autres qui fait que Les Muses orphelines ont connu un grand succès sur la scène internationale.

Michel-Marc Bouchard a toujours été sensible aux revendications LGBT : il est d’ailleurs gouverneur de la Fondation Émergence, et Macha Limonchik est depuis plusieurs années une des porte-paroles du Groupe de Recherche et d’Intervention Sociale (GRIS-Montréal). Il était donc naturel qu’une soirée-bénéfice pour le GRIS-Montréal soit organisée le dimanche 10 mars à 14h30, suivie d’un vin d’honneur en compagnie des comédiens.

La comédienne se souvient du moment où elle a été approchée pour devenir porte-parole. « Gilles Renaud, qui quittait son rôle de porte-parole, souhaitait trouver un remplaçant. Il m’a appelée et en trois minutes j’ai accepté. C’était tout à fait naturel pour moi. Et le GRIS fait un travail formidable qui, hélas, doit être continué. J’ai par mes enfants qui sont scolarisés des témoignages de l’homophobie en milieu scolaire. Ma fille, qui fréquente une école primaire, me racontait qu’une de ses amies lui avait dit que les mots gai et homosexuel étaient des mots sales et qu’il ne fallait pas les dire. Même s’il y a une évolution, il y a un travail qui doit continuer chez les jeunes. »

Macha Limonchik a aussi développé une relation d’amitié avec les membres du GRIS-Montréal, puisqu’elle est de nombreux événements de l’organisme et pas seulement pour assurer son rôle de porte-parole. Choisir de participer à la représentation du GRIS-Montréal, c’est faire d’une pierre deux coups : assister à l’une des plus belles pièces du répertoire théâtral québécois et soutenir le travail d’un organisme dont la mission n’est plus à démontrer.


Les Muses orphelines de Michel-Marc Bouchard, du 20 février au 30 mars 2013, au Théâtre Jean-Duceppe. Mise en scène de Martine Beaulne. Billetterie : 514-842-2112. En tournée au Québec, par la suite, du 5 avril au 18 mai 2013.

Pour TOUS UNIS CONTRE L’HIOMOPHOBIE, la Soirée-bénéfice GRIS-Montréal, aura lieu le 10 mars. Votre réservation peut se faire au : 514-590-0016 ou via [email protected] Les billets sont en vente au coût de 65$.