Le bras québécois d’Ipergay

Nouvelle étude à Montréal sur le traitement pré-exposition

André-Constantin Passiour
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Le 21 novembre, Rézo organisait une rencontre pour annoncer l’essai auprès d’une population choisie du traitement pré-exposition qui porterait ses fruits contre la transmission du VIH. Baptisée Ipergay, cette étude fait suite à celle menée aux États-Unis (iPrEx), et souhaite évaluer l’efficacité du médicament sans qu’il soit nécessaire de le prendre tous les jours. Il s’agissait aussi, pour les intervenants et les chercheurs présents, d’informer les personnes présentes et aussi de leur demander d’être, à leur niveau, des relais pour recruter des participants. Comme le soulignait Robert Rousseau, directeur général de Rézo, «statistiquement, la population gaie est encore la plus touchée dans les cas de contamination répertoriée chaque année». Si les chiffres ne sont pas alarmants ils restent préoccupants d’autant qu’une proportion de gais ne seraient toujours pas qu’ils sont porteurs du VIH n’ayant jamais fait de dépistages. Si les avancées sont remarquables dans le traitement de la maladie, il reste que le combat doit aussi être mené, en amont, dans l’attente d’un hypothétique vaccin.

Le Truvada, déjà utilisé dans les thérapies pour lutter contre le virus apparaîtrait comme un pare-feu efficace selon une étude américaine. Cependant, pour éviter un traitement lourd dans le temps, et pour éviter la lassitude, l’étude tentera de vérifier si la prise du Truvada dans les moments où les gais vont avoir des relations sexuelles serait moins contraignante et donc plus respectée que dans une prise de médicament à longueur d’année.

À l’initiative de l’Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS) en France en partenariat avec le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), le Centre sida McGill, les cliniques médicales l’Actuel et le Quartier, la COCQ-SIDA, Rézo, l’étude cherche à s’adjoindre la participation de 100 individus à Montréal, et 200 en France. Si la première étape est un succès, l’essai pourrait alors s’étendre à 1 600 personnes recrutées en France, au Canada et peut-être dans d’autres pays.

Comme le soulignait la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste et infectiologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, Hôpital Hôtel-Dieu de Montréal «Les participants seront divisés en deux groupes, l’un recevra le traitement expérimental, l’autre le placébo.
Les deux groupes devront se rendre régulièrement dans une clinique où ils recevront un service complet de prévention afin de réduire le risque de transmission». Thomas Haig, agent de recherche à la Chaire de recherche du Canada en éducation à la santé de l’UQAM, «Il n’est pas question de ne pas rappeler que l’utilisation du condom reste encore le moyen le plus sûr de ne pas être contaminé».

Cette étude encourageante pour les chercheurs s’inscrit dans un renouveau de la prévention puisque ce qui se fait présentement n’est plus suffisant. « On sait que dans le traitement du VIH, une charge virale indétectable réduit presque à 100 % le risque de transmission. Si on intègre par exemple une approche combinée de prévention, avec la prophylaxie préexposition et le condom, on peut penser pouvoir éradiquer la transmission».

Si l’ensemble des participants semblait approuver ce type d’études, quelques voix dissonantes se sont fait entendre. Pour le représentant de Warning au Canada, Sébastien Barraud : « L’étude américaine ayant fait ses preuves, pourquoi ne pas rendre accessible le traitement préexposition à tous les gais et gagner du temps, sans attendre encore les résultats d’une autre étude ». D’autres soulevaient une question d’éthique. Les participants qui prendront sans le savoir le placebo mettent leur santé en danger, dans la mesure où l’on compte pour valider de cette étude sur les relations sexuelles qu’ils pourraient peut-être avoir sans condom.

Malgré les réserves de certains, l’étude verra le jour, et un plan de communication sera bientôt mis en place pour recruter les participants. Des critères bien entendu s’appliquent, entre autres être exposé à un risque élevé à l’égard du VIH, c'est-à-dire d’avoir eu des relations sexuelles anales au cours des six derniers mois sans utiliser systématiquement de condom.

L’étude a commencé en janvier 2012 en France et a reçu un bon accueil de la part des associations luttant contre le sida, comme AIDES et Act-Up. Tout comme sur le vieux continent, les représentants de la communauté participeront à la mise en œuvre de l’étude et seront consultés à tous les stades du projet

 
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  • Positions des associations françaises sur la continuité et la faisabilité de l'essai Ipergay dans le contexte d'autorisation de prescription quotidienne du truvada en prévention aux Etats-Unis : http://www.ipergay.fr/attachment/390178/ On y voit clairement que l'étude n'a pas "reçu un [si] bon accueil [que ça] de la part des associations luttant contre le sida". Publié le 08/01/2013
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  • Positions des associations françaises sur la continuité et la faisabilité de l'essai Ipergay dans le contexte d'autorisation de prescription quotidienne du truvada en prévention aux Etats-Unis : http://www.ipergay.fr/attachment/390178/ On y voit clairement que l'étude n'a pas "reçu un [si] bon accueil [que ça] de la part des associations luttant contre le sida". Publié le 08/01/2013