Dérapage...

L’«HOMOPHOBIE», UN ABUS DE LANGAGE?

Étienne Dutil
Commentaires
L'une des trois principales agences de presse mondiale, l'Associated Press, a récemment décrété que le mot homophobie était à bannir. Selon l’agence, il serait mal utilisé la plupart du temps. L’agence de presse américaine vient de mettre à jour son Stylebook. Dans ce guide suivi par ses 3400 rédacteurs travaillant à travers le monde pour rédiger leurs articles, l'Associated Press (AP) «déconseille» désormais l'utilisation des mots avec le suffixe anglais «-phobia», tels que «islamophobia» et «homophobia». Une «phobie», explique un responsable, désigne «une peur irrationnelle et incontrôlable, souvent une maladie mentale... Or attribuer un désordre mental à quelqu'un suggère une connaissance que nous n'avons pas. Cela semble inexact. Au lieu de cela, nous devrions utiliser des mots plus neutres.» L’AP préconise par exemple «anti-gay». Comme on peut se l’imaginer, cette recommandation de l’AP fait couler beaucoup d'encre aux États-Unis.

Cette mesure ferait écho à de nombreuses plaintes au sein de la droite dure américaine, qui digère mal de voir son opposition aux droits des gais et lesbiennes taxée d'«homophobie». La décision de l’AP a déclenché de nombreuses réactions consternées dans les médias, gais comme généraliste. Qui sont ces cadres de l'agence de presse pour bannir un terme largement employé depuis des décennies, et désormais enraciné dans l'histoire LGBT?

Le psychologue américain George Weinberg, considéré comme le créateur du mot «homophobia» dans un livre de 1972, a confié son incrédulité au magazine The Advocate. «Ce mot concentre tout un point de vue et tout un sentiment», raconte-t-il. «Il ne s'est pas imposé facilement, comme vous pouvez l'imaginer, et il m'a même valu des menaces de mort. Est-ce que l'homophobie est toujours basée sur la peur? Je le pensais et je le pense toujours. On n'a pas d'autre mot pour ce phénomène, et celui-ci est bien établi.»