Ma vie, la vie

PSYCHANALYSE D’UN CÉLIBAT ASSUMÉ

Olivier Gagnon
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6 ans et demi de célibat, c’est long. Même, très long. Mais en regardant derrière moi, j’ai l’impression que ce 5 avril 2006 était hier, tant j’ai été occupé depuis cette date (dont j’ai d’ailleurs eu peine à me souvenir pour introduire cette psychanalyse de ma vie amoureuse). Avertissement : les romantiques finis et les ultra-positifs pourraient être choqués par mes propos. Mais rassurez-vous, je ne suis pas que négativisme et amertume; vous me retrouverez vulnérable le temps de quelques lignes à la fin de cette chronique. Et à ceux qui me comprennent, je vous souhaite la bienvenue dans mon club! Occupé, disais-je, voilà bel et bien le mot-clé qui définit ma condition. Je me décris un peu comme un carriériste; un gars qui fait passer ses objectifs professionnels avant bien d’autres trucs dans sa vie. Évidemment, ça paye (dans tous les sens du terme), mais quand on s’arrête pour y réfléchir, le concept peut nous apparaitre un peu difficile à accepter. Après de longues études collégiales et universitaires dans le vaste domaine des communications, j’ai finalement découvert la voie que doit prendre ma carrière, sans pour autant abandonner les études. Et même s’il est vrai que des études en communications ne sont pas aussi prenantes que des études en sciences, le temps libre disponible est la plupart du temps restreint. Ainsi, j’ai délibérément délaissé les amours au cours des dernières années, au profit de ma réussite professionnelle.

Mais bon, soyons réalistes. N’allez pas croire que je sois pur et chaste depuis 2006, évidemment pas. Quelques fréquentations peu sérieuses, mais aussi quelques amitiés modernes, stables, mais si peu engageantes. Quand on travaille à temps plein, avec quelques contrats ici et là, qu’on est impliqué sur des comités de communication d’or qu’on doit se rendre à l’université 3 soirs par semaine pour se perfectionner et qu’il faut (essayer de) se mettre en forme sous peine de se faire juger par le reste de la communauté gaie, quelles sont les plages horaires disponibles du calendrier de notre iPhone qui peuvent être coiffées du titre « Soirée avec n’amour <3 »? Je sais déjà ce que vous trouverez à me répondre, n’ayez crainte, on me l’a répété des centaines de fois. « Lorsque tu rencontreras le bon… », « Quand on aime, on trouve le temps pour… » « Tu vas changer d’idée, tu vas voir… », et toutes ces belles paroles dégoulinantes de positivisme et d’amour avec un grand A. Évidemment, vous avez raison. Cognitivement, je le sais. Mais émotionnellement, j’ai encore de la difficulté à y croire.

Bien entendu, tomber en amour nous porte, nous change et nous donne une énergie et un élan sans nom. Mais d’ici là, comment croire qu’on pourra humainement être au bureau, à l’école, au gym et dans toutes les activités maritales et sociales où notre présence (sans oublier notre plus beau sourire et un bon cache-cerne) est requise sans souffrir d’une dépression encore inconnue du DSM-IV? Note au calendrier : me procurer un deuxième iPhone lorsque le Prince charmant se pointera.

J’admire la pression que certains s’imposent lorsqu’ils tombent en couple. Rencontrer tous les amis et la famille de l’être cher, se plier au rythme de vie de l’autre, imiter les comportements de la douce moitié (alcool, party, drogue, gym, etc.) et mettre de côté ses propres amis sans trop de remords, par choix ou par un concours de circonstances; ça prend tout de même un abandon de soi quasi instantané. Résultats de tous ces «compromis», comme ils les nomment : certains sont réellement heureux (tant mieux pour eux, finalement) et certains se mentent un peu à eux-mêmes en se souvenant amèrement de leur doux célibat (je les plains, ceux-là). Pourquoi j’écris tout cela? Car je demeure, à ce jour, profondément convaincu que je suis honnête et respectueux envers moi-même en gardant le plein contrôle de ma vie, de mes envies et de la manière dont je fais les choses. Probablement une des nombreuses preuves évidentes de mon égoïsme, j’en conviens.

Tout ce cynisme de ma part serait-il dû à tous ces standards sociaux et ces stéréotypes du bonheur? À mon avis, oui, mais il serait un peu simpliste de conclure en rejetant la faute sur les autres. Nous sommes des êtres à forte tendance sociale et personne ne peut le nier, même pas moi. Nous rencontrerons plusieurs hommes au cours de notre vie, avec qui nous vivrons une histoire, qu’elle dure 5 minutes dans les toilettes d’un club ou qu’elle dure 10 ans, chien et condo au Quartier DIX30 inclus. Mais je ne sais pas… Je suis si bien seul, est-ce un crime?

Ce qui est bien le pire dans toute cette histoire, c’est que je rêve, comme vous tous, de rencontrer l’Homme, celui à côté duquel je voudrai me réveiller tous les jours que le Bon Dieu fera naitre et avec qui je voudrai courir nu et au ralenti dans les champs de blé (et bla bla bla). Il est certain que la solitude finit toujours par peser, ces soirs d’hiver où on ne voudrait que se coller sous les couvertures (si seulement j’avais un chat obèse et colleux…). Mais les lointaines blessures font douter le cynique en moi, à un point tel où j’ai, à 25 ans, peu d’espoir de finalement rencontrer un mec intéressant et intéressé à court ou moyen terme. Pire encore : je jalouse – très peu secrètement – mes amis qui réussissent en amour avec les plus beaux mecs du Village, et je réussis à me sentir encore plus seul. La preuve que rien n’est facile.