La sortie du placard attendue

Jean-Pierre Bergeron : «J’ai été puni de mon propre placard»

Patrick Brunette
Commentaires

À 60 ans, le comédien Jean-Pierre Bergeron fait le bilan de sa vie professionnelle et personnelle : le théâtre l’a sauvé, l’écriture l’a forcé à se cacher et l’a fait revivre… en assumant pleinement son coming out.

 

L’homme assis devant moi est solide, serein, déterminé. Son premier court métrage qu’il a écrit et réalisé, Alone with Mr Carter, fait la tournée des festivals. En pleine phase créatrice, Jean-Pierre planche maintenant sur son premier long métrage, une histoire semi-autobiographique, dont le titre provisoire est Flowers. Car après 25 ans de silence, Jean-Pierre Bergeron s’autorise à parler de lui. Enfin.

Le théâtre comme porte de sortie
Très jeune, dès l’école primaire, le petit Jean-Pierre se sait différent des autres. Il aime les fleurs, l’opéra. Ce natif de Jonquière plonge dans les livres. Mais plus que tout, c’est le théâtre qui l’attire : « J’ai fait du théâtre dès l’âge de 11 ans. C’est ça qui m’a sauvé. » Le ton est plus grave quand il se remémore cette période et son adolescence : «Le suicide, j’y ai pensé. Je ne l’aurais pas fait… mais ce n’était pas exclu».

Il me rappelle qu’à cette époque, l’homosexualité était illégale. Aux yeux de l’église, c’était un pêché, «mais ça ne me dérangeait pas trop, j’étais déjà athée!» Mais plus que tout, il se rappelle que le mot en «h» n’avait rien de positif. Il me fait part de rumeurs d’homosexualité entourant certaines personnalités dans le monde culturel. «On racontait aussi qu’il y avait beaucoup de tapettes à Radio-Canada, à Montréal. Les mots pour les décrire n’étaient pas très respectueux…»

«Je sais que j’étais névrosé, dépressif, se souvient-il. Mais surtout, je sais que j’avais du bon sens, que j’étais une personne normale.» Dès son adolescence, Jean-Pierre réfléchit à son avenir et se cherche un milieu professionnel qui l’accepterait : « Je trouvais que je n’avais pas de talent pour la coiffure et ça ne m’intéressait pas. J’ai pensé au milieu artistique et j’ai choisi de devenir acteur. » À 16 ans, il quitte le nid familial pour s’installer à Montréal et étudier à l’école nationale de théâtre. « C’est là que j’ai découvert des mo-dèles, des homosexuels de qui je me disais je veux être comme lui! »

L’écriture comme exutoire
Enfant, Jean-Pierre aimait écrire des poèmes, des débuts de pièce de théâtre : «après 2 pages, je changeais d’histoire!» C’était son refuge. Mais dès 16 ans, son écriture prend une tournure différente : «J’étais pas capable de me retenir de parler d’homosexualité dans mes textes, mais pas plus capable de sortir du placard. »

En 1975, il coécrit avec Ghislain Tremblay la pièce Vendredi soir, dans lequel il joue un hétéro qui se fait traiter de tapette. Début des années 80, il crée Macho Man, dévoilant Germain Houde en gars de cuir.

«L’étape suivante, poursuit-il, c’était de sortir du placard, d’en parler dans les médias. Mais j’en étais émotivement incapable. Donc, j’ai arrêté tout ce volet de ma vie artistique. J’ai complètement arrêté d’écrire. À 28 ans, j’ai pris la décision consciente d’être un acteur dans le placard et de ne plus jamais écrire de ma vie.» Pendant les 25 années suivantes, Jean-Pierre se concentre sur sa carrière d’acteur : Les Bons débarras, L’eau chaude l’eau frette, Les Filles de Caleb, Cruising bar, Omerta, Les Doigts croches et bien d’autres. Il devient aussi working actor à Los Angeles. Et en 2004, il est de la distribution de Prom Queen : The Marc Hall Story. «C’était paradoxal de jouer le père hétéro alors que j’étais un acteur dans le placard. Ce tournage m’a fait réfléchir. Il a contribué à mon éveil. »

Ouvrir la porte de la création
Pendant plus de 25 ans, Jean-Pierre vit une belle carrière d’acteur. Mais l’auteur en lui souffre. Une partie importante de ce qu’il est ne peut s’exprimer : « j’ai été puni de mon propre placard », insiste-t-il.

« Il y a 4 ans, je ne pouvais plus nier mon désir d’écrire, de créer. Je voyais des personnalités sortir du placard. Je me suis dit : que ça te plaise ou non, faut que tu recommences à écrire, pis tu vas sortir du placard à la première chose qui s’en va en production, peu importe les conséquences. Et c’est tout. »

Alone with Mr Carter, c’est son court métrage qui lui a permis de faire sa sortie gaie. Un film de 17 minutes relatant l’histoire d’un jeune de 10 ans, amoureux de son voisin, un détective privé hétéro de 65 ans.

Jean-Pierre ne s’en cache pas, ce film est à son image : « Moi, à 9 ou 10 ans, j’étais secrètement amoureux d’hommes plus vieux. D’hommes aux cheveux blancs. Encore aujourd’hui, je suis généralement attiré par des hommes de 45 ans et plus. Je fais partie de cette minorité de personnes attirée sexuellement par la beauté des vieux, par la maturité. »


Prochain chapitre
« Je viens d’avoir 60 ans, je veux que les gens sachent qui je suis. Comme le public fait partie de mon milieu de travail, je veux qu’il le sache aussi. »

« Les gens me demandent : avec le genre de rôles que tu joues, ça te fait pas peur? Je leur réponds que les conséquences seront ce qu’elles sont. Et c’est tout. »

L’homme assis devant moi est solide, serein, déterminé. Mais surtout, bien dans sa peau : « ça m’a pris des décennies pour avoir une image positive de moi… et une décennie de plus pour avec une bonne estime de moi. » Exit la honte et les peurs héritées de l’enfance! Le voici maintenant bouillant de projets. Le prochain chapitre de sa vie vient à peine de commencer. Attends-toi à recevoir plein de fleurs Jean-Pierre! Et vivement ton prochain film, Flowers!



 
Voir les archives

Anciens commentaires

  • Je suis fier de Vous et si vous venez a Quebec il me ferait plaisir de vous rencontrer. J'ai 60 anss et aimerait vous faire plaisir dans tous les domaines de tes vies Amicalement, Jacques Lemay Publié le 29/03/2012
Voir les archives

Anciens commentaires

  • Je suis fier de Vous et si vous venez a Quebec il me ferait plaisir de vous rencontrer. J'ai 60 anss et aimerait vous faire plaisir dans tous les domaines de tes vies Amicalement, Jacques Lemay Publié le 29/03/2012