La «fétichophobie»?

André Patry
Commentaires
Chers lecteurs, Il y a maintenant plus de vingt ans Montréal faisait figure de proue en ce qui concerne le développement de la communauté de cuir. À cette époque, notre ville était une plaque tournante pour les adeptes de fétichisme. On y dénombrait plus d'une vingtaine de clubs de cuir. Chaque semaine comptait son lot d'activités. J'étais même vice-président d' un comité de coordination pour planifier les activités afin qu'il n'y ait pas chevauchement entre ce que réalisaient les différents clubs. À cette époque, les liens entre les adeptes de sexualités alternatives étaient tissés serrés. Comme plusieurs membres de la communauté fétichiste, je me pose de sérieuses questions. Où est rendu le dynamisme et la «joie de vivre» qui nous caractérisait si bien? Toronto et Ottawa ont leur semaine de la fierté cuir. Les festivités entourant l'élection des M.CUIR réunissent des milliers de touristes. Alors comment se fait-il que Montréal n'est plus dans le coup? Voici mes hypothèses:
Tout d'abord, alors que l'effervescence battait son plein, la communauté de cuir montréalaise a été très affectée par l'épidémie du SIDA. Des centaines de jeunes hommes dynamiques et actifs sont tombés au combat. Peu nombreux, sous le choc et marqués par une profonde tristesse, les survivants n'ont pas eu l'énergie de rebâtir ce que la maladie avait anéantie.

Les plus courageux d'entre eux ont décidé d'investir leurs énergies à soutenir leurs frères atteints par ce terrible fléau. Ainsi, sont nés les "circuits partys". Ceux-ci prenant l'avant-scène, les partys cuir ont presque tous disparu. Les "cuirs" sont devenus des "has been".

Nombreux sont ceux qui entretenaient et entretiennent toujours le préjugé que les adeptes de sexualité alternative pratiquent des activités à risques. Devenus les parias, plusieurs ont maintenu un style de vie underground loin des feux de la rampe. Encore aujourd'hui, les gais montréalais affichent un certain mépris envers nous. Nous assistons, ici à une fétichophobie... Et beaucoup ont intériorisé ce phénomène. Je connais beaucoup de gars qui n'osent pas se promener en chaps sur la rue Sainte-Catherine dans le village. Pourtant, dans les années 80 cela était monnaie courante.

Dans le même ordre il semble que le lobbying fait pour promouvoir la reconnaissance des conjoints de même sexe a eu des effets collatéraux. Bénéficiant des mêmes droits que nos amis hétérosexuels, il y a de plus en plus de gais à vouloir emprunter la route classique qu'empruntent les straights. Les travestis et les fetichistes sont pour eux trop exubérants et leur présence n'est plus la bienvenue dans les lieux publics.

Bref la montée des principes de droite a de plus en plus la cote au Québec ce qui marginalise les adeptes de sexualité alternative. Nous sommes à des lieux de pouvoir tenir une foire kinky dans nos rues comme cela se passe à San Francisco, New- york et Toronto. Par contre au lieu de s'apitoyer sur notre sort, je vous invite chers amis à vous retrousser les manches. Il faut se redonner le droit de vivre notre style de vie sur la place publique.

Si nous étions capables de le faire dans les années 80, nous en sommes certainement
capables aujourd’jui. Cessons de craindre les jugements et osons être ce que nous sommes au grand jour. Je suis prêt à sortir dans la rue et vous, l'êtes vous? l

 
Voir les archives

Anciens commentaires

  • Tres intéressant, je suis tellement d accord, il faut s'exiler ailleurs pour vivre une camaraderie. Publié le 20/09/2012
Voir les archives

Anciens commentaires

  • Tres intéressant, je suis tellement d accord, il faut s'exiler ailleurs pour vivre une camaraderie. Publié le 20/09/2012