mado est au boutte_voyage

Vade retro Varadero

Mado Lamotte
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Photo prise par © Robert Laliberté
Chers petits amis, aussi incroyable qu’elle puisse paraître, cette histoire est inspirée de faits véridiques et reflète une réalité à la fois drôle et émouvante, mais aussi triste et pathétique. Seuls les noms ont été changés pour préserver l’anonymat des imbéciles concernés. Mis à part celui de Nana, car celle-là, ça fait longtemps qu’on sait qu’elle est une folle finie! Pour vous mettre dans l’ambiance, montez le chauffage, chaussez vos gougounes de plage, servez-vous un bon Pina Colada bien froid et sortez vos CDs de Celia Cruz, on s’en va à Varadero, la Mecque des Bougons et des 450 toastés des deux bords. Mais veux-tu ben m’dire ce qu’il m’a pris d’aller passer une semaine de vacances là-bas? Mes amis me l’ont répété cent fois : Mado, t’es complètement folle, tu vas haïr ça Varadero, c’est plein de quétaines, y’a des enfants qui courent partout pis on mange super mal! Des quétaines, vous dites? On se serait cru dans un épisode d’Occupation double. Des enfants, vous dites? Ce n’était pas des enfants, c’était la commission scolaire de Verdun au grand complet! Manger mal vous dites? Comme dirait Nana, ces cuisiniers-là ont dû être recrutés dans les prisons du pays. Mais heureusement qu’elle était là cette chère Nana, car sans toutes les niaiseries qu’elle a faites pendant cette pire semaine de vacances à vie, je serais sûrement, à l’heure qu’il est, dans un institut psychiatrique ou à la dérive sur un radeau de fortune perdue au beau milieu de l’Atlantique. Mais était-ce si épouvantable que ça? Non, c’était pire! Dès la minute où on a mis le pied dans l’hôtel je me doutais que j’allais regretter ces vacances-là. D’abord, chu partie de Montréal avec le mal de tête du siècle, introduction à la bronchite que je me suis tapée tout au long de cette longue semaine. Ensuite, Nana a tellement bu dans l’avion qu’elle ne s’est même pas rendu compte qu’elle a traversé le hall de l’hôtel sans contourner la fontaine avec nos deux valises à roulettes. Résultat : la moitié de mon linge étendu partout dans la chambre d’hôtel frigorifiée qui finira par sécher le jour de notre départ. Nana s’en foutait complètement parce que la folle avait apporté sa poche de lavage en se disant que ça lui ferait quelque chose à faire s’il pleuvait. Elle n’a pas eu besoin d’attendre 24 heures, on s’est réveillé le premier matin avec une inondation dans notre salon. Bon ben, on va oublier la plage pis on va aller visiter Varadero. Armées de notre parapluie de golf jaune pisse, on embarque dans l’autobus rouge à 2 étages et on part à l’assaut de la 1ère avenue de Varadero, le paradis des vendeurs de catins en chiffon, de bijoux en coquillage, de mille et un cossins gossés dans le bois et de housses à boîte de cigares en cuir repoussant. Mis à part quelques bineries, bars défraîchis et magasins vides y’a absolument rien d’autre à voir. Ah oui, c’est vrai, il y a la belle oasis de paix que nous offre le parc Josone, situé en plein milieu de la ville avec les coqs, les poules et les dindes en liberté et les chauffeurs de taxi qui font faire le tour du lac aux touristes japonais qui n’osent pas marcher de peur d’attraper un cancer des poumons tellement c’est pollué. Nous autres on n’a pas eu peur de marcher, d’ailleurs Nana m’a tellement fait marcher qu’on a manqué le dernier autobus pour rentrer à l’hôtel et on a dû se taper les 10 kilomètres restants en coco taxi, un espèce de casque de football roulant avec tout le confort d’une noix de coco. Pas aussitôt de retour on se garroche au buffet. C’est là qu’on va voir si le 5 étoiles tient sa promesse. Ouen ben ces étoiles-là n’ont pas été attribuées par le guide Michelin. Nana cherche du guacamole partout mais j’ai beau lui dire que c’est mexicain, elle continue de chercher. Moi c’est quelque chose de mangeable que je cherche. Bœuf en sauce, poulet en sauce, porc en sauce, saucisses en sauce, légumes en sauce, poisson en sauce, crevettes en sauce, coudon, y’avait tu un surplus de sauce à Guantanamo? Plus dégueulasse que ça c’est de la bouffe d’hôpital! Pis dites-moi pas que c’est à cause de l’embargo américain qu’ils manquent de tout, ça je le sais déjà, mais des spaghettis, ce n’est pas supposé se décomposer en mottons quand tu les tournes autour de ta fourchette pis du poisson frais on ne fait pas cuire ça dans une flaque d’huile. Heureusement qu’il y avait le bar à salades et les charcuteries sinon j’aurais mangé des olives et de la crème glacée matin, midi et soir. Et le plus décourageant, c’est que Nana n’a pas arrêté de chialer sur la nourriture toute la semaine, mais ça ne l’a pas empêchée de manger 4 assiettes par repas. Enwèye au lit qu’on oublie cette première journée moche. Le lendemain, il fait soleil et mon mal de tête s’est envolé, enfin une bonne nouvelle. Un p’tit bonheur de courte durée, les nuages sont arrivés un peu avant midi et nous avons passé l’après-midi enroulées dans nos serviettes pour se protéger du vent. Ça sera comme ça pendant toute la semaine. Soleil de 9h à 11h et nuages de 11h à 17h. Nos lunchs on les prendra au resto de la plage, le seul qui offre des hamburgers et de la pizza potables, au milieu des cochons qui n’ont pas déssoulé de la veille, des grosses Allemandes en bikini deux pièces (hey que ça fait pas bien à tout l’monde) et des couples de jeunes mariés qui n’ont pas encore réalisé que c’est à ça qu’ils vont ressembler après 5 ans de mariage! À l’heure de l’apéro, pas moyen de trouver une chaise libre sur le bord de la piscine ( à moins d’installer sa serviette à 5 h du matin ) ça fait qu’on se ramasse à côté du parc d’enfants! Comme c’est agréable les cris stridents d’enfants surexcités, dont ceux de la fameuse Caroline, la p’tite fatigante qui dérangeait tout l’monde mais qu’y’a vite compris à mon air de bœuf qu’elle était mieux de se tenir loin de moi si elle ne voulait pas se ramasser tête première dans le fond de la barboteuse. Sans oublier la famille russe qui nous a interprété, tous les jours, à la même heure, le répertoire complet du Mystère des Voix Bulgares pendant que le gros Raymond gueulait à tue-tête des tounes de Noël pour essayer de les faire taire! Mais ce n’était rien à côté de l’animateur qui hurlait dans son micro Fisher Price pour qu’on aille danser la salsa avec son équipe de Géos, qu’on participe à des tournois de volley-ball dans l’eau, qu’on chante du karaoké, qu’on joue aux quilles, au ping-pong, au billard ou à l’osti de bingo avec la chance extraordinaire de gagner des bouteilles de Rhum cheap, du Champagne à 2 piastres, des massages de 15 minu-tes et des pédicures faites avec une râpe à fromage. C’est ça, emmenez-en de l’animation, on est capable d’en prendre. On est venu en vacances pour se faire achaler et se faire crier par la tête, c’est évident! Ah pis saviez-vous ça vous autres qu’on bronze pareil à travers les nuages? J’ai entendu ça cent fois, mais j’y ai jamais cru. Ben j’aurais dû bâtard parce que j’ai pas mis de crème solaire pis j’me suis ramassée avec une insolation par-dessus le mal de tête et la toux et les maux de cœur causés par la lasagne au Velveeta que j’ai mangée dans un des restaurants «à la carte». C’est très encourageant, on est juste rendu à la deuxième journée. La troisième journée on se réveille et, surprise, y’a pas d’eau! Une panne à la grandeur de Varadero, paraît-il. Bon ben j’vas aller me brosser les dents dans la fontaine! Tiens donc, c’est encore nuageux aujourd’hui, comme c’est agréable, j’vas pouvoir commencer une des deux briques de 500 pages que j’ai apportées. R’garde donc si c’est fin, j’ai oublié de les mettre dans ma valise. Bon ben Nana, on va jouer au Yum. Hey la codingue, as-tu fini de pitcher les dés dans la piscine à chaque fois que tu perds? Avoir su que t’étais mauvaise perdante comme ça j’aurais apporté un jeu de serpents et d’échelles! Ah non pas un cours d’aérobie, ramasse ta serviette, on s’en va boire notre 5ème capucino de la journée. J’me fais abordée par une p’tite vieille qui ressemble étrangement à un Muppet: «Excusez-moi madame de vous dé-ranger, parlez-vous espagnol?» «Oui, pourquoi?» «Ben j’aime-rais ça que vous m’aidiez à dire à la réception mon appréciation pour le beau Edouardo qui fait les omelettes le matin.» «Quoi? C’t’une joke là? Y’a une caméra cachée quelque part. Vous jouez dans les Détestables? «Ben non, j’vois pas le rapport, j’veux juste que vous m’aidiez à traduire : Edouardo fait les meilleures omelettes de Cuba. À pis mangez donc d’la marde, jeune effrontée! » « D’la marde? Ça fait déjà 3 jours que j’en mange du matin jusqu'au soir, ma chère madame! » Bon ben j’ne pense pas que j’ai besoin de vous raconter le reste de la semaine, ça n’ira pas en s’améliorant. Pendant que Nana se défoule sur son jeu de grenouil-les sur son iPod, moi j’vas essayer de faire des cygnes en serviette comme ceux que nous faisait notre femme de chambre. Des maudites belles vacances! 6 mado Lamotte

 
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Anciens commentaires

  • Moi je suis un grand voyageur comme toi. D'ailleurs, j'ai refait deux de tes voyages : en Croatie et en Alsace en autres. Mais pour une vacance à la mer, je vais toujours à Cuba. Il faut apprécier la belle plage, la sécurité puis on est jamais malade contrairement au Mexique, c'est pas pollué et propre. Je ne veux pas dépenser une fortune pour une simple vacance, alors pour la beauté des plages (sans bruits de sea-doo), c'est l'endroit rêvé. Pour ce qui est de la bouffe, je m'en fout, je ne vais pas là pour ça, je mange très bien chaque jour chez moi. Je te recommande plutôt Cayo Santa-Maria pour la prochaine fois ... Publié le 09/01/2012
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  • Moi je suis un grand voyageur comme toi. D'ailleurs, j'ai refait deux de tes voyages : en Croatie et en Alsace en autres. Mais pour une vacance à la mer, je vais toujours à Cuba. Il faut apprécier la belle plage, la sécurité puis on est jamais malade contrairement au Mexique, c'est pas pollué et propre. Je ne veux pas dépenser une fortune pour une simple vacance, alors pour la beauté des plages (sans bruits de sea-doo), c'est l'endroit rêvé. Pour ce qui est de la bouffe, je m'en fout, je ne vais pas là pour ça, je mange très bien chaque jour chez moi. Je te recommande plutôt Cayo Santa-Maria pour la prochaine fois ... Publié le 09/01/2012