Plan de lutte contre le VIH/sida

Que fera le gouvernement Harper ? La COQSIDA se le demande

André-Constantin Passiour
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Le 1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le sida, la COCQ-Sida a tenu un point de presse en matinée pour dénoncer l’inaction du gouvernement fédéral face aux associations socio-communautaires qui offrent des services aux personnes vivant avec le VIH/sida. L’enveloppe du budget du «Programme d’action communautaire de lutte contre le sida» est de 13,3 M$ par an. Pour les organisations québécoises, cela signifie une enveloppe budgétaire d’environ 2,4 M$ par année. Sensé être reconduit en mars 2012, à ce jour, les organismes n’ont pas eu de nouvelles de l’Agence de la Santé publique du Canada quant à savoir si le programme sera reconduit ni de combien il sera doté ? Une situation que la COCQ-Sida trouve déplorable. C’est devant le Complexe Guy-Favreau, à Montréal, soit devant les bureaux de l’Agence de la Santé publique du Canada que Ken Monteith, directeur général de cette Coalition, a tenu un point de presse. Profitant de cette Journée mondiale de lutte contre le sida, M. Monteith voulait rappeler que, si le programme se termine le 31 mars 2012, le gouvernement avait promis que, «d’ici la fin novembre», un appel de dépôt de projets pour accéder au nouveau financement devrait être fait mais, à ce jour, on ne sait rien. «On a eu des contacts avec le gouvernement fédéral, mais on n’a pas eu de nouvelles», de dire Ken Monteith. «Ce financement est très important dans la vie d’un organisme. Par exemple, pour MIELS-Québec, cela représente 20 % de son budget, poursuit M. Monteith. Donc, pour les organismes, c’est très difficile de planifier des activités, des services et même du personnel, sans savoir combien d’argent il recevra.»



Même pour la COCQ-Sida, les choses ne sont pas évidentes. Le programme fédéral compte également pour 20 % de son propre budget. «Le sida est une cause difficile à défendre à cause de la stigmatisation. Mais ce n’est pas, je crois, une question de politique, je pense qu’il y a une certaine désorganisation de la part du gouvernement», a commenté M. Monteith en réponse à une question.

Mais lorsqu’on sait que le gouvernement conservateur du premier ministre Stephen Harper oriente de plus en plus ses politiques vers la famille et les enfants et s’éloignent de tout ce qui vise, de près ou de loin, aux questions reliées aux communautés LGBT, faut-il se surprendre qu’il délaisse le VIH ? «Le gouvernement fédéral doit savoir que cela touche des familles, les gais font partie des familles ? Il y a des familles qui vivent avec le VIH/sida en provenance de certains pays endémiques [principalement d’Afrique], donc cela touche beaucoup de monde», a rétorqué M. Monteith.

Alors que le Bureau du premier ministre Harper émet des déclarations quotidiennement sur une diversité de sujets, comme par exemple féliciter les Lyons de la Colombie-Britannique lors de l’obtention de la Coupe Grey, la veille du 1er décembre, rien n’a filtré. «Je ne m’explique pas ce silence, mais cela ne me surprend pas, malheureusement», a ajouté M. Monteith.

Sur des pancartes tenues par des militants, on pouvait y lire «VIH : Respect SVP Harper» ou encore «VIH : Transparence SVP Harper», en référence nette au fait que le nouveau processus quant à l’attribution des subsides n’est absolument pas encore connu à l’heure actuelle.

«Nous ne comprenons pas que le gouvernement agisse à la dernière minute dans un dossier que nous anticipons depuis deux ans. Il est clair que nous sommes loin d’être prioritaires dans l’agenda du gouvernement actuel, mais il faut souligner que le rôle du gouvernement fédéral dans la lutte a toujours été important et nous n’acceptons pas qu’il soit si incohérent quant à ses responsabilités en matière de santé des citoyens», concluait M. Monteith.

Une quinzaine de personnes assistaient à ce point de presse sous un soleil radieux et un froid mordant ce matin-là.