8e Gala Phénicia

Un gala qui nous a offert plusieurs surprises

André-Constantin Passiour
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Organisé par la Chambre de commerce gaie du Québec (CCGQ), ce 8e Gala Phénicia, qui souligne la contribution d’individus et d’entreprises au sein de la communauté d’affaires LGBT, nous a fait vivre de grands moments de joie et de surprises également. Luc Provost, alias Mado, Jean-Pierre Pérusse et le Festival international Montréal en arts, entre autres, sont repartis avec des statuettes sous le bras…

C’est en la magnifique Salle Saint-François de l’Hôtel Fairmont Reine Élizabeth que s’est déroulé ce Gala, le 17 novembre dernier, devant un parterre de personnalités et gens de plusieurs milieux de la communauté LGBT québécoise.

Comme pour le Gala Arc-en-ciel, qui a eu lieu le 24 octobre, ce gala de la CCGQ avait été placé sous la présidence d’honneur du ministre de la Justice et Procureur général du Québec et ministre responsable de la lutte contre l’homophobie, Jean-Marc Fournier.

Dans une brève allocution, celui-ci a de nouveau parlé du Plan d’action de lutte contre l’homophobie adopté au printemps dernier par le gouvernement. À ce sujet, il a indiqué que le Plan d’action est «un projet de toute la société». Dans ce long processus qui a mené à l’élaboration de ce plan, plusieurs personnes des communautés LGBT y ont travaillé au fil des ans, mais le ministre Fournier tenait à saluer la contribution particulière de deux personnes, soit Laurent McCutcheon, le président de la Fondation Émergence et Gai Écoute, ainsi que Steve Foster, le président-directeur général du Conseil québécois des gais et des lesbiennes (CQGL). «On sait qu’on peut compter sur vous, sur votre générosité, sur votre collaboration», a lancé Jean-Marc Fournier sous les applaudissements du public. Revenant, par la suite au Gala Phénicia, le ministre a voulu rendre hommage aux efforts de la CCGQ : «[…] C’est non seulement l’excellence que nous soulignons ici ce soir, mais aussi la différence. […] La CCGQ fait un travail exceptionnel de défendre les droits de la communauté d’affaires LGBT. Je tiens à tous vous féliciter [les lauréats et lauréates].

Huit prix ont donc été remis lors de cette rencontre. «Le jury n’a pas eu la tâche facile, il y a eu beaucoup de gens de très haute qualité», a avoué le président de la CCGQ, Marc-Antoine Saumier.



Voici la liste des catégories et des gagnants et gagnantes :

Prix «entreprise» : IBM et son «Réseau Nuance» LGBT, représenté par sa coprésidente Martine Roy;

Prix «commerçant» : Touristiquement Gay, représenté par son fondateur Danny Kronstrom;

Prix «professionnel» : Marie Houzeau, directrice générale de GRIS-Montréal;

Prix «tourisme» : Festival international Montréal en arts (FIMA) dont le fondateur Paul Haince a reçu le prix des mains de l’hon. Charles Lapointe ;

Prix «personnalité» : Jean-Pierre Pérusse, artiste, comédien, directeur artistique et militant;

Prix Ronald-Poiré : Anne-Marie Martin, de chez Via Rail Canada, une bénévole de la CCGQ.



Grand Prix Phénicia : décerné au Musée des beaux-arts de Montréal pour son ouverture envers la communauté LGBT par le biais d’expositions grandioses telles que celles d’Yves Saint-Laurent, Denis Gagnon ou encore Jean Paul Gaultier. Ici, la directrice et conservatrice en chef du musée, Nathalie Bondil, s’est adressée aux convives.

Prix Hommage : Luc Provost mieux connu sous les déguisements de Mado Lamotte!




«Cette personne est un «trade-mark» du milieu des affaires, cela fait 25 ans de métier pour elle, elle s’emploie à contrer la gêne, les inhibitions et les préjugés […] cela fait 25 ans qu’elle aide les jeunes artistes en performance scénique et les encourage, elle règne sur un royaume de strass, de paillettes et de plumes : Mado !», c’est en ces termes amusant et énigmatique pour le non-initié que Charles Lapointe ait rendu hommage à Mado Lamotte. «Je suis le premier surpris [de ce prix], a déclaré Mado. Je ne me considère pas comme un homme d’affaires réellement. Je suis très touché de ce grand honneur. En 2012, cela fera effectivement 25 ans de carrière, mais je n’aurais jamais pensé à une carrière ici, en France ou à Québec (rires dans la salle) et d’avoir un Cabaret à moi. Merci à ceux qui me suivent. Le métier de drag queen est très mal connu et souffre encore de beaucoup de préjugés.»



Quelqu’un d’autre qui fut, également, surpris de remporter une statuette, Paul Haince. Sur scène, visiblement, il était embarrassé, pensant plutôt que le Prix touristique serait décerné à Divers/Cité, qui était en lice. «Cela témoigne d’une reconnaissance que vous avec tous pour l’effort qu’on y met, et ce, malgré les coupures budgétaires. Les festivals culturels, malgré la promotion des artistes que nous faisons, nous souffrons du manque de subventions», a clamé M. Haince. «C’est vraiment inattendu, mais cela fait du bien de se sentir appuyé», a commenté pour sa part Stéphane Mabilais, le président du FIMA.



Un autre instant touchant de la soirée fut certainement lorsque Jean-Pierre Pérusse est monté sur scène pour recevoir son prix. Soulignant que, malheureusement, son partenaire de toujours, Claude Tourangeau, s’était suicidé à l’automne dernier n’en pouvant plus de continuer son combat contre le VIH, le désespoir et la stigmatisation, c’est la voix brisée par l’émotion que M. Pérusse a appelé les entreprises à s’ouvrir davantage : «SVP, faites de la place aux personnes séropositives et peut-être que vous allez sauver une vie!». Le public a chaudement accueilli les propos de M. Pérusse par une ovation debout. Jean-Pierre Pérusse a remercié particulièrement ceux qui l’ont toujours encouragé, soit la Fondation BBCM et les Célébrations de la Fierté Montréal ainsi que l’artiste et relationniste Kat Coric.



Également ovationnée, Mme Nathalie Bondil, du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), s’est montrée touchée de l’honneur qui est fait à son institution. Avec humour, Mme Bondil a noté que, si IBM avait entrepris un programme pour ses employés LGBT, le MBAM a été la première organisation muséale, en 1999, à avoir adopté une convention collective reconnaissant les droits des conjoints de même sexe ! Par la suite, elle a parlé des messages de tolérance, d’ouverture, d’acceptation et de différence qu’a véhiculés, par exemple, l’exposition du designer Jean Paul Gaultier. «Montréal est une ville que j’adore, une ville qui m’inspire, elle a cette liberté, cette impertinence, cette créativité que me fait penser à des villes comme San Francisco, Amsterdam ou encore Barcelone. Je remercie de tout cœur le jury et je suis très touchée de cet honneur», a-t-elle dit.

Le jury, sous la présidence d’honneur de Charles Lapointe, le président directeur-général de Tourisme Montréal, était composé de Me Louis Charron, Laurent McCutcheon, Alain Samson, Bernard Plante, Thierry Arnaud, qui est le président du conseil d’administration de la CCGQ, Steve Foster, Anna Serrano et Éric Prud’homme, alors que Michel Joanny-Furtain agissait à titre de secrétaire.

Ce gala de la CCGQ coïncidait avec le 3e congrès annuel de Gay Travel Canada, une jeune, mais dynamique organisation rassemblant divers intervenants touristiques canadiens. Le cocktail précédant le gala accueillait d’ailleurs les délégués de ce congrès que les membres de la CCGQ donnant ainsi l’occasion aux gens de ces deux organisations de se rencontrer et d’échanger.


Photos : Richard Traversy.