«Notre paradis» de Gael Morel

Les amants criminels

Yannick LeClerc
Commentaires
Dans cette histoire qui nous emmène de l’enfer du Paris nocturne au semblant de paradis enneigé d’un chalet en haute montagne, nous suivons les dérives de deux amants criminels aux vies brûlées. Vassili, mi-trentaine, voit sa carrière de prostitué décliner. Revenu de tout, il est habité de pulsions assassines à l’encontre de ses vieux clients, qu’il prévoit élimi-ner les uns après les autres (au sens propre) avant qu’ils ne se débarrassent de lui (au sens figuré). Un soir, au bois de Boulogne, Vassili fait la connaissance d’Angelo, un tout jeune prostitué qui s’est fait agresser, qui va peut-être redonner un peu de sens à sa vie.



Devenus amants, les deux hommes se prostituent ensemble et deviennent de plus en plus impitoyables avec leurs clients, jusqu’à avoir des pulsions criminelles. Gaël Morel a trouvé en Dimitri Durdaine l’acteur parfait pour traduire la spontanéité et la fougue d’Angelo. il est sans conteste la révélation du film, celui en qui Vassilli revit sa propre jeunesse et la preuve vivante de son propre vieillissement. Une question — celle du vieillissement — qui est amenée dès la scène d’ouverture où se confrontent de manière habile deux générations d’acteurs.

Aux répliques cinglantes de Jean-Christophe Bouvet sur le « vieillir gai » répond le silence de Stéphane Rideau, encore beau mec mais déjà menacé par l’arrivée d’une nouvelle génération incarnée par Angelo. Ces questionnements sur le vieillissement et les rapports intergénérationnels se déclinent tout au long du film, non sans véhiculer l’impression (que l’on peut contester) où toute relation de couple se présente sur le mode client/prostitué.



La vision de la société que nous propose Gaël Morel n’est ni plaisante ni flatteuse Pour lui, sans doute, son film est-il une réponse naturelle à l’image normalisée que la fiction actuelle propose des homosexuels. Dans cette optique d’un cinéma purement romanesque, il se demande pourquoi des gais ne pourraient-ils pas être criminels et s’aimer…

De fait, même sans adhérer complètement à l’ambiance du film, on doit concéder que Notre Paradis est très cohérent dans ces partis pris et son esthétique. Alors préparez-vous, ça va frapper fort