Les blogues «A Gay Girl in Damascus» et «Lez Get Real»

Les blogueuses lesbiennes, toutes des hommes hétérosexuels?

Julie Vaillancourt
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L’ère virtuelle amène sont lot de bons et de mauvais côtés. D’une part, elle favorise la démocratisation de l’information et tous peuvent trouver une plateforme où exprimer leurs opinions. C’est d’autant plus pertinent pour les groupes minoritaires, ou alors ceux provenant de milieux où la libre expression n’est qu’un luxe réservé à un certain groupe de privilégiés. D’autre part, exprimer son opinion sur le virtuel n’implique pas nécessairement tout votre être, ou du moins l’être que vous pensez…les réflexions sur la page web proviennent-elles vraiment de celui ou celle que vous croyez? Les doigts qui pressent les touches sur le clavier d’ordinateur, sont-ils vraiment ceux que vous pensez? Dans son blogue «A Gay Girl in Damacus», l’Américano-Syrienne Amina Arraf (Abdallah), blogueuse et militante des droits homosexuels, avait l'habitude d'évoquer aussi bien ses histoires sentimentales à saveur lesbienne que ses contestations contre le régime Baas de Bachar al-Assad. Alors que cette dernière devait rencontrer des opposants, en plein cœur de la capitale syrienne, sa «cousine» publie un billet sur son blogue, informant ses adeptes qu’Amina n’a pu se rendre à la rencontre, car elle fut enlevée par une vingtaine d’hommes armés. Quelques heures plus tard, sa «cousine» publie un blogue sur l’inquiétude ressentie par ses proches, quant à la disparition d’Amina. Des témoignages de solidarité à profusion, jusqu’à une page facebook et des milliers d’admirateurs veulent libérer la blogueuse lesbienne. Jusque-là, si l’histoire est digne d’un bon drame/suspense hollywoodien, le tout demeure vraisemblable. Mais après la solidarité des premiers jours, l’identité d’Amina Arraf commence à devenir «floue» et questionnée par la communauté de blogueurs. Si bien que l’on finit par apprendre, en juin dernier, que l’adresse IP renvoie à l’Université d’Édimbourg et que la blogueuse lesbienne n’est nulle autre que Tom MacMaster, un hétéro marié, de nationalité américaine vivant en Écosse.



Le jeune pirate informatique se confondra plus tard en excuses, disant qu’il ne voulait pas causer de tors à personne, mais qu’il cherchait tout simplement à être une voix importante pour un problème auquel il est particulièrement sensible. Or, le mal est tant soi peu déjà fait : les blogueurs se sentent trahis et les médias bafoués. Ce que vous lisez sur le web est écrit par qui? Est-ce un obèse adepte du McDo, qui vous conseille sur votre nouveau régime végé pour perdre 10 lb en un mois?

D’ailleurs, la supercherie d’Amina Arraf en a révélé une autre, peu de temps après… Alors qu’un journaliste du Washington Post est entré en contact avec Paula Brooks, prétendument auteure du site Lez Get Real, cette femme s’est révélée n’être qu’un prête-nom pour son propre mari, qui lui administrait le site. Depuis 2008, Bill Graber, 58 ans ex-pilote et ouvrier du bâtiment à la retraite, passait ses journées à bloguer avec des milliers d’internautes sur les réalités lesbiennes! Dois-je vous refaire l’analogie du McDo? La toile virtuelle a son lot de fast food... prêt à consommer pour vos mesdames! Cependant, il est toujours gênant de constater que le repas était, au final, peu substantiel et avarié, APRÈS l’avoir digéré! Bref, dans l’univers des blogues, est-ce tous des hommes hétérosexuels qui se cachent derrière les blogueuses lesbiennes? Constater que certains hommes hétéros usurpent l’identité lesbienne est franchement ironique, surtout d’un point de vu féministe! Pourquoi se faire passer pour le «sexe faible» messieurs? Quel intérêt à plaider vos droits du point de vue des «minori-tés»? Pourquoi se cacher derrière une étiquette lesbienne, alors que l’on est un homme blanc, hétéro et de surcroit marié ou à la retraite? Nous voyons déjà quelques réponses poindre à l’horizon…Bien sûr les intentions de ces messieurs sont soi-disant nobles, nous disent-ils… Mais lorsqu’il est temps de faire passer un message au reste de la population, l’homme blanc hétéro n’a pas besoin d’avoir recours à la mascarade! Ses droits sont acquis : il peut donc défendre ceux des minorités de son propre visage, n’est-ce pas? À moins que la volonté, ne rencontre pas le courage d’y aller à visage découvert... Question de ne pas rester sur une note amère et de terminer par l’authenticité, le Réseau des Lesbiennes du Québec, vient de lancer son blogue rlq-qln.org. Et question de vous rassurer sur l’identité de l’administratrice, c’est Claire Piché qui est res-ponsable du blogue… Comme quoi les blogueuses lesbiennes ne sont pas toutes des hommes hétéros!

Le blogue du RLQ