Soutien psychologique pour les réfugiés LGBT

Un manque criant à montréal

Denis-Daniel Boullé
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Ils et elles arrivent à Montréal à la recherche de la sécurité. Cela prend du courage pour tout abandonner (la famille, l’entourage, une culture) et d'autant plus pour s’insérer dans la nouvelle société d’accueil. Pour beaucoup, la transition se passe bien. Les épreuves passées ainsi que celles menant à la découverte d'une nouvelle culture ne les arrêtent pas. Pour d’autres, la rupture est trop forte; la déception, inévitable. Encore trop ancrés dans leur ancienne vie, ils ne sont pas en mesure de s'adapter à une nouvelle réalité. Bien sûr, il existe des groupes ethnoculturels LGBT qui peuvent leur être d’un grand secours. Mais cela leur demande d’être assez à l'aise avec leur orientation sexuelle pour oser les contacter. Bien sûr, il existe des services sociaux pour les nouveaux arrivants, mais les intervenant ne sont pas formés aux problématiques des gais, des lesbiennes et des trans venus d’ailleurs. Marie-Hélène Paquin, travailleuse sociale, rencontre depuis plusieurs années dans son bureau ces hommes et ces femmes, en perdition, prisonniers de leur passé, et paralysés face à une société dans laquelle ils et elles ne se reconnaissent pas.

Et, bien entendu, la plupart pensent que c’est leur faute, que leur destin est lié à la souffrance, à la solitude et à l’exclusion. Voici ce que Marie-Hélène Paquin a à partager à propos cette problématique.

Plusieurs lesbiennes et gais qui demandent le statut de réfugié pour des raisons de persécution ne mentionnent pas le lien avec leur orientation sexuelle, alors que c’est la raison première de leur demande d’asile…

Il faut bien se rendre compte que beaucoup n’ont jamais réellement parlé de leur orientation sexuelle. Même dans des pays où il existe des organismes LGBT, ils ont peur d’y aller parce que ce serait comme sortir du placard et s’exposer à tous les dangers. La plupart vivent la contradiction de vouloir mieux vivre en dépit de la honte et de la culpabilité. Devant l'agent d'immigration, plusieurs n'osent pas révéler leur orientation sexuelle, intimidés par la position d'autorité de l'agent. De plus, certains consultants ou avocats en immigration conseillent à leurs clients de ne pas mentionner leur orientation sexuelle, car celle-ci n'est pas, selon eux, un motif recevable pour la Commission de l’immigration et du statut de réfugié. Cela est totalement faux, puisque le Canada a été l’un des premiers pays au monde à accepter des réfugiés persécutés en raison de leur orientation sexuelle.


Le fait de ne pas le dire a-t-il une incidence sur leur demande de réfugié?

Immigration Canada a du mal à comprendre que l’on puisse mentir, et ce mensonge nuira à la crédibilité du client. Il faut déployer beaucoup d’efforts pour expliquer à la Commission pourquoi cette personne a agi ainsi. Même s’il y a des programmes de formation aux réalités LGBT pour les commissaires de la CISR et pour les agents d’immigration, il existe une culture d’Immigration Canada imperméable à cette problématique. Par exemple, il suffit qu’il y ait l’existence d’un organisme LGBT dans un pays pour que l’instance considère que les gais et les lesbiennes peuvent recevoir de l’aide, du soutien et qu'ils peuvent faire respecter des droits qui n’existent même pas dans beaucoup de législations.


Il arrive aussi qu’il y ait comme une déception pour certains après quelques mois à Montréal, comme si la réalité n’était pas à la hauteur de leurs rêves.

Il faut bien prendre en considération que parmi ceux et celles que je reçois, très peu ont parlé de leur orientation sexuelle avec d’autres personnes. Ils vivent de la honte, ils se considèrent comme des malades ou encore maudits par Dieu. Tout cela fait qu’ils ne sont pas toujours à l’aise de contacter des organismes LGBT ethnoculturels. Ils ne peuvent pas se retourner non plus vers la communauté de leur pays d’origine installée ici, de peur l'on découvre leur secret. Enfin, dans les organismes québécois qui offrent des services aux nouveaux arrivants, dont du soutien psychologique, les intervenants ne sont pas toujours bien renseignés sur les réalités spécifiques des gais et des lesbiennes. Certains sont mal à l’aise avec ces réalités ou ne se rendent même pas compte qu’ils ont en face d’eux un gai ou une lesbienne.

Par ailleurs, l’immigrant LGBT a dû faire toute une série de deuils : celui de la famille, celui d’une partie de sa culture, celui de son entourage, celui d’un statut social, parfois. Un réfugié politique, par exemple, conserve des liens avec sa famille et ses amis restés au pays. Par conséquent, comme les ponts sont souvent coupés avec sa famille, le demandeur d’asile LGBT doit faire face à plus de deuils que les autres. Dépendamment des discriminations ou du rejet dont ils ont été victimes, de leur histoire et du réseau qu’ils peuvent avoir établi dans la société d’accueil, certains prennent très bien ce virage, alors que d'autres deviennent dépressifs, ont des idées suicidaires et perdent totalement espoir en leur capacité de s’en sortir.


Quelle est, selon vous, la meilleure attitude que puisse opter un thérapeute face à ce type cas?

Cela peut paraître étrange, mais l’accueil reste le même, peu importe la personne. Je ne fais aucune différence entre qui je reçois, que ce soit un homme, une femme, un homosexuel, un transsexuel. Il y a avant tout une personne unique devant moi dans une situation de souffrance. Et j’accueille sa souffrance dans toute sa singularité. Cela ne veut pas dire que je minimise l'importance de son orientation sexuelle, de son identité de genre ou encore des contextes culturel, religieux et social (très important comme facteur) avec lesquels elle a dû composer, mais il faut que la personne comprenne d'abord qu’elle a le droit de penser ce qu’elle pense, que ses stratégies de survie ne sont ni bonnes, ni mauvaises et qu’il y a peut-être d’autres avenues. Tout est une question de confiance et de respect. Je n’ai aucune formation institutionnelle sur les réalités LGBT, mais j’ai dû travailler avec beaucoup de lesbiennes et de gais dans ma carrière. Si tous les thérapeutes avaient cette attitude d’accueil et de respect, ce serait déjà un grand pas pour ces hommes et ces femmes qui ont, pour beaucoup, vécu des histoires d’horreur.




Marie-Hélène Paquin : Tél. : 514-276-5698
Mhp.thé[email protected]