Michaelle Bachmann

L'amitié de l'«ex-lesbienne» et de la «nouvelle star» républicaine

Libby Copeland
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Cela faisait longtemps que Michele Bachmann, aspirante présidente, n'avait pas décrit l'homosexualité comme une «servitude personnelle», ou remarqué que le mot «gay» faisait «partie de Satan». Suite à quelques écarts à l’annonce de sa candidature à l'investiture républicaine, elle a adopté une ligne de conduite bien plus neutre quand on l'interroge sur l'homosexualité. Le mois dernier, à une question lui demandant si, selon elle, la sexualité de chacun était un choix, elle avait répondu: «Je suis candidate à la présidence des États-Unis, je ne brigue pas un poste de juge universel». Mais pendant ce temps, la profession de son mari thérapeute, accusé de proposer dans sa clinique chrétienne une cure «réparatrice» controversée à des patients homosexuels, commence fort à ressembler à un potentiel handicap politique.

La campagne de Bachmann se voit discréditée par les accusations de deux gais contre le centre de consultations de Lake Elmo, dans le Minnesota, dirigé par Marcus et possédé en partie par Michele où, selon eux, les thérapeutes seraient loin de suivre les désirs de leurs patients.

Si les Bachmanns croient toujours que l'homosexualité est un mode de vie impie dont on peut être délivré, ce n'est pas maintenant qu'ils vont préciser leur pensée. Par le passé, il leur est pourtant arrivé de mettre en avant le témoignage d'une de leurs amies et d'y voir la preuve de la possibilité de dire adieu au «mode de vie» gai. Cette amie dévoue aujourd'hui son existence à affirmer que l'homosexualité est non seulement dévastatrice, mais aussi, dans un certain sens, contagieuse, et ses opinions contextualisent utilement les anciens propos de Bachmann. Son nom est Janet Boynes, et elle se définit elle-même comme une ex-lesbienne.



«Vous pouvez changer, passer de gai à hétéro – j'en suis l'exemple vivant», m'a déclaré Boynes, 53 ans. Après avoir renoncé au lesbianisme voici de cela 13 ans, elle dirige aujourd'hui une organisation à Maple Grove, dans le Minnesota, appelée «Les Ministères de Janet Boynes», et entend prêcher la bonne parole à tous ceux qui ne veulent plus être homosexuels.

Boynes compare l'homosexualité à la dépendance à la drogue, et mentionne diverses causes explicatives, des mères abusives au fait d'avoir trop d'amis gais. Elle fait aussi part de sa peur de voir, un jour, la moitié des familles américaines composée par des couples du même sexe.

Dans son essai de 2008 Called Out: A Former Lesbian's Discovery of Freedom [L'appel: comment une ancienne lesbienne a découvert la liberté], Boynes remerciait «Marcus et Michele», en précisant «vous avez toujours été à mes côtés, même dans l'adversité». Pour sa part, Marcus propose depuis le livre à la vente, à l'accueil de son cabinet, en spécifiant sur une étiquette «Janet est une amie».

«Je ne suis pas née homosexuelle», écrit Boynes. «J'ai pris une décision». Selon ses termes, de nombreux facteurs environnementaux lui ont rendu cette décision tentante, un peu comme la faiblesse d'un système immunitaire peut rendre le corps plus sensible aux infections. Boynes écrit qu'elle est née dans la pauvreté à Norristown, en Pennsylvanie, au sein d'une fratrie de sept, tous de pères différents.

Sa mère était violente et froide, son père absent. Elle fut abusée par un de ses beaux-pères. Elle était revêche, un vrai garçon manqué qui adorait le sport, et son entourage se demandait si elle n'était pas lesbienne. «C'est là que vous commencez à vous dire: 'Ouais, je suis peut-être gay, après tout'», m'a expliqué Boynes. À l'adolescence, elle est attirée par les filles et les garçons, puis vers les vingt ans, elle quitte son fiancé pour une femme et débute quatorze années de lesbianisme.

En tant que lesbienne, la vie de Boynes est chaotique; elle trompe ses petites-amies, qui la trompent à leur tour. Pendant un moment, elle est accro à la cocaïne, et devient dealer. Mais de temps en temps, les souvenirs de son enfance chrétienne remontent à la surface, elle pense à Dieu et sait bien qu'elle emprunte le chemin du péché. Enfin, écrit-elle, une rencontre fortuite en 1998 avec une chrétienne dans un stationnement la pousse à renoncer à son lesbianisme.

De la manière que Boynes le décrit, sa méthode pour se sortir de l'homosexualité ressemble au programme en 12 étapes des alcooliques anonymes, centré autour de la prière. Elle écrit comment elle décide de combattre la tentation en évitant les situations qui la tentaient. Elle demande à sa petite amie et à la fille de celle-ci de quitter sa maison. Elle rejoint un groupe de femmes chrétiennes, auprès desquelles elle jure de confesser toutes ses envies homosexuelles. Pendant plus d'un an, elle s'installe chez une famille chrétienne, qui devient non seulement son modèle de vie hétérosexuelle, mais qui contrôle aussi ses appels téléphoniques pour voir si elle ne cherche pas à parler à son ex petite-amie. Aujourd'hui, elle dit vouloir épouser un homme, et attend juste que le bon se présente.

Boynes pense que son expérience personnelle la rend tout particulièrement compétente pour prêcher la bonne parole à des personnes souhaitant combattre leur homosexualité. «Oui, on peut se délivrer de la tentation», promet Boynes dans son ouvrage. Comme Marcus Bachmann, elle déclare uniquement s'occuper de personnes qui viennent à elle avec un désir de changement. Elle conseille aussi aux paroisses et aux familles de toujours faire preuve d'amour et de patience avec les homosexuels. «Si vous commencez toutes vos conversations par 'alors comme ça, tu es encore gai?', vos relations ne vont pas faire long feu», écrit-elle.

Mais Boynes ne fait pas de l'abandon de l'homosexualité une démarche facile. Dans «Pray Away the Gay?» [Sortir de l'homosexualité par la prière?], un récent documentaire diffusé sur la chaîne d'Oprah Winfrey, Boynes apparaît en compagnie d'un de ses apprentis, Christian, pour qui résister à ses pulsions homosexuelles le ferait quasiment «pleurer des larmes de sang». Boynes aussi, précise-t-elle, est toujours sur ses gardes. «Le diable est là, quelque part», déclare-t-elle, «toujours prêt à m'aguicher». Si elle croise une femme à la salle de sport, m'a-t-elle dit, elle préfère baisser les yeux.

La croyance selon laquelle l'homosexualité est très contagieuse est au cœur de la perspective que propose Boynes, et que partagent les Bachmanns, comme beaucoup d'autres chrétiens conservateurs, et cela n'a rien d'un nouveauté. Comme l'a écrit Nancy Knauer, professeur de droit à l'Université Temple, l'idée d'une homosexualité contagieuse infuse la culture américaine depuis quasiment un siècle, si ce n'est davantage.

Parmi les principes du modèle de la contagion, on retrouve, explique Knauer, des idées voulant que l'homosexualité soit un choix, que les homosexuels ciblent les enfants, et que «tout le monde, dans la société, coure le risque de devenir gay car l'homosexualité est très attirante et possède, visiblement, un attrait universel».

Que l'homosexualité possède un pouvoir d'attraction si irrésistible pourrait sembler surprenant à beaucoup d'hétérosexuels. Mais pourquoi pas. Si elle est si irrésistible, si nous sommes tous à deux doigts de devenir homosexuels, alors il est logique pour Marcus Bachmann de dire, comme il l'a déjà fait, que parce que les parents et les écoles encouragent les enfants à répondre à leurs sentiments «sacrilèges», «le nombre d'homosexuels dans notre pays...commence à augmenter».

Il est aussi logique pour Michele Bachmann de dire, comme elle l'a déjà fait, que l'apprentissage de la tolérance sexuelle à l'école pourrait pousser un petit garçon à se dire, «Ah ouais, je n'aime pas les filles, j'aime les garçons, je suis peut-être gay» – et à devenir homosexuel. Et il est logique pour Boynes d'estimer, comme elle l'a fait devant moi, que «si je suis intégrée dans la communauté homosexuelle, si je traîne avec eux tous les jours, c'est ce que je vais devenir».

Ce qui n'est pas logique, par contre, c'est qu'avec une homosexualité si ensorcelante, l'Amérique ne soit pas aujourd'hui largement plus gai.