«Les anciennes odeurs», du 9 au 14 août

Autopsie d’une Rupture

Denis-Daniel Boullé
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En 1981, une nouvelle pièce de Michel Tremblay nous emmène dans l’intimité de deux anciens amants. Au cours de ce huis-clos, ils revisiteront leur relation, leur rupture, leurs illusions perdues et les espoirs qui les nourrissent encore. Jamais rejouée à Montréal, «Les Anciennes odeurs» est reprise cette année dans le cadre de la fierté gaie 2011. Comme l’an passé avec La Duchesse de Langeais, c’est sous la direction artistique de Rita Lafontaine et en compagnie des comédiens Francis Bourgea et David Marcel que ce texte intimiste de l’auteur des «Belles-sœurs» reprend vie. Jean-Marc (Francis Bourgea) est professeur dans un cégep, et Luc (David Marcel) est un comédien populaire. Mais les deux considèrent qu’ils ne sont pas arrivés là où leurs rêves devaient les conduire. Jean-Marc se considère comme un écrivain raté et Luc n’a pas la carrière et les rôles qui l’auraient consacré. Enfin, ils ne peuvent non plus tourner la page sur la relation qu’ils ont vécue tant elle fut intense, tout comme ils ne peuvent envisager de reprendre là où tout s’est arrêté. De confessions en aveux, chacun redéfinit les frontières de sa carte sentimentale et sexuelle. Chacun rappelle ses limites : Jean-Marc, assurément monogame, Luc, recherchant une relation unique mais aussi la liberté sexuelle. Mais les rancœurs et les anciennes blessures ne sont jamais loin et l’autopsie d’une relation et d’une rupture verse aussi dans le règlement de comptes. Entre le désir de maintenir vivant les souvenirs et l’impossible reprise d’une relation, même si le désir des anciennes odeurs est encore là, Jean-Marc et Luc restent indissociablement liés, qu’ils soient ensemble ou séparés.

Pour le comédien Francis Bourgea, le fait que la pièce n’ait jamais été reprise depuis sa création est une aberration tant le texte est riche, profond et universel. Tellement riche que Rita Lafontaine en a coupé certains passages pour redonner du rythme et du mouvement à ce huis-clos et, surtout, une plus grande force à scénographie. Francis Bourgea est un inconditionnel de Michel Tremblay. «Les anciennes odeurs a un caractère universel, mais avec la voix particulière de Michel Tremblay sur les relations et sur le succès relatif d’une vie. Rita Lafontaine a cherché à mettre beaucoup plus de passion dans le sous-texte. C’est donc une version bien loin de celle d’André Brassard».

Pour le comédien, il est rare que deux êtres qui se sont aimés se retrouvent beaucoup plus tard et mettent une bonne fois pour toutes cartes sur table. «Ils font le bilan de leur relation, une chronique d’une mort annoncée. Ils chercheront à savoir pourquoi cette relation ne pouvait durer, mais dressent aussi un bilan de leur vie respective». Les deux hommes laissent tomber leurs défenses et se dévoilent comme ils ne l’avaient jamais fait quand ils étaient ensemble. Mais l’exercice, s’il peut avoir une valeur thérapeutique et encore, n’épuise rien. Derrière, en filigrane reste la question pendante : est-ce qu’il y aurait encore quelque chose de possible entre Jean-Marc et Luc? Pourraient-ils reprendre leur histoire là où tout s’est arrêté malgré les fêlures, les doutes, les trahisons de l’un et de l’autre.

En fait, est-ce que l’on fait réellement le deuil de nos histoires d’amour? Est-ce qu’elles ne perdurent pas malgré les séparations? Est-ce que ne peuvent perdurer que parce qu’il y a séparation?

Les Anciennes odeurs, une pièce de Michel Tremblay, au Studio-Théâtre de la Place des Arts, du 9 au 14 août 2011. Billetterie de la Place des Arts : 514-845-2870, Librairie Raffin : 514-274-2870. INFOS?: fiertemontrealpride.com