Inde

À Delhi, le nightlife gai a bien changé depuis la dépénalisation

Étienne Dutil
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Le week-end dernier, la communauté gaie de Delhi a fêté les deux ans de la dépénalisation de l'homosexualité dans la loi indienne. Quels ont été ses effets sur la vie nocturne de Delhi ? Un mardi soir à Chanakyapuri, quartier cossu de New Delhi, il est presque minuit. Plus d’un millier de queer indiens se sont donnés rendez-vous au club Pepper, dont le décor rappelle celui d'un chalet de montagne, la chaleur et l'humidité indiennes en plus.
Sur la piste, des couples dansent et s'embrassent ; un peu à l'écart, ceux qui sont venus seuls cherchent de la compagnie pour la soirée, ou plus si affinités. À l'étage, l'ambiance est beaucoup moins sage. Des hommes s'étreignent sur les succès du moment diffusés par les immenses haut-parleurs.
Au fond de la mezzanine, les transsexuels semblent avoir un endroit bien à eux. Ils observent la foule ou paradent entre les danseurs, abordant les uns et les autres. Sur les platines du DJ, les Black Eyed Peas prédisent, « Tonight's gonna be a good night »… personne ne semble en douter.

Pepper est une institution de Delhi. Six jours par semaine, le club est tout ce qu'il y a de plus ordinaire mais, le mardi soir, depuis plus d'une décennie, c'est « différent ». « Vous savez, c'est ce genre de soirée … » essaye d'expliquer le DJ à l'entrée.

Il y a deux ans encore ce célèbre rendez-vous nocturne de Delhi était illégal, l'homosexualité étant alors considérée en Inde comme un crime, passible de dix ans de prison. Le 2 juillet 2009, la Haute Cour de Delhi a décriminalisé l'homosexualité ; depuis, la nuit gaie de la capitale a bien changé.

« Les choses ont beaucoup évolué depuis la loi », affirme Walid, étudiant au doctorat qui habite Delhi depuis huit ans, et vient dans ce club depuis 2006. : « Les premières fois où je suis venu, il y avait très peu de gens, ils hésitaient à venir, c'était très risqué. Maintenant tout le monde se sent plus libre. C'est plus rassurant aussi ; avant, tu pouvais te faire agresser par la police aux abords de la boîte, ça m'est arrivé plusieurs fois. »

Autre changement notable : Pepper n'a plus le monopole de la nuit gaie à Delhi. « Tous les soirs de la semaine, il y a des soirées gaies », note Walid. Certains vendredis soirs par exemple, la boîte Véda, sur la très bien fréquentée Connaught Place, organise une fête gaie huppée, dans un décor gothique digne d'un clip de Lady Gaga. Ils sont beaux, ils sont riches, ils aiment les hommes et ils le montrent. Alors qu'au Pepper, les tenues sont plutôt décontractées, le code vestimentaire est strict au Véda : polo ou chemise près du corps sont de rigueur. Les corps se frôlent, l'alcool, pourtant extrêmement cher, coule à flot.



Mais, c'est surtout Manish Sharma qui est la nouvelle figure des soirées gaies de Delhi. Depuis 2006, il est propriétaire de « Boyzone », une entreprise qui organise chaque samedi des partys gay à Delhi, dans des lieux toujours différents. : « Il y a beaucoup plus de monde aux soirées que j'organise. Il y a quelques années, 200-300 personnes venaient le samedi soir… , 900 personnes étaient à la fête que j'ai organisée au Plaza Hotel à Connaught Place début juin, du jamais vu ! »

Il est 1 heure du matin au Pepper, les lumières se rallument, mettant fin à une parenthèse de liberté. Car sortis des boîtes de nuits, les homos de Delhi restent discrets, pression culturelle oblige. On se donne donc rendez-vous samedi soir pour la « pool party » organisée par Manish Sharma : « Donne-moi ton numéro, les invitations se font par SMS. »

Quelques heures plus tôt, dans l'après-midi, la communauté queer de Delhi a défilé dans les rues pour fêter le deuxième anniversaire de la dépénalisation. L'occasion, pour une fois, d'apparaître à la lumière… du jour.