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Les mercredis fifs pour conscientiser

Mona Greenbaum
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Un groupe d’élèves a décidé que les mercredis seraient qualifiés de « mercredis fifs ». Ainsi, hebdomadairement, certains élèves étaient désignés comme les « fifs » de l’école et étaient harcelés et tourmentés tout au long de la journée. Tous les autres étaient considérés comme suspects. Porter le «mauvais» vêtement, parler de la «mauvaise» façon, voire participer aux «mauvaises» activités pouvaient vous attirer des ennuis et faire de vous la prochaine victime. Pour certains élèves, ce rituel était désopilant; pour d’autres, c’était l’enfer. Pourtant, lorsqu’on a demandé aux enseignantes et enseignants de cette école s’ils avaient remarqué une quelconque forme d’homophobie au sein du milieu scolaire, tous ont répondu que tout semblait être pour le mieux.

À la fin de notre demi-journée avec eux, cependant, non seulement le personnel enseignant de cette région était-il plus au fait des familles avec des parents gais et lesbiens, mais sa conscience était plus élevée en ce qui concerne l’homophobie et les conséquences dévastatrices qu’elle a sur les jeunes.

Depuis juin 2009, la Coalition des familles homopa-rentales anime des séances de formation dans les écoles, les services de garde, les centres communautaires, les services sociaux, les universités et les cégeps. Ces séances permettent d’aider les personnes qui travaillent auprès des jeunes et de leurs familles à comprendre une sorte d’intimidation qui passe souvent inaperçue.

L’homophobie est encore mal comprise au Québec, soit elle est considérée comme un problème américain, soit ses conséquences sont minimisées, à moins qu’elle ne se manifeste par de la violence physique. Toutefois, la recherche démontre que l’homophobie est très présente dans les écoles du Québec, malgré toutes nos lois progressives, et que le harcèlement psychologique et verbal continu peut entraîner une perte d’estime de soi, le décrochage scolaire, la dépression, la consommation de drogues et d’alcool, voire le suicide.

Et pourtant, dans la plupart des cas, malheureusement, aucune des universités du Québec n’aborde systématiquement ce problème durant la formation des futurs enseignants et enseignantes. Bon nombre n’en voient toujours pas la nécessité, même si le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) considère que l’homophobie est l’une des principales formes de violence dans les écoles du Québec.

L’homophobie commence très tôt. Quoique les enfants commencent à utiliser des termes homophobes à l’école primaire, ils ne comprennent pas bien le sens de ces mots. Avant d’entrer à l’école se-condaire, le vocabulaire homophobe est bien établi. Ces mots deviennent étroitement associés à l’échec de se conformer aux normes sexuelles strictes. Le garçon qui excelle en art et en musique et qui n’aime pas le sport, ou la fille qui ne veut pas porter un certain type de vêtements, peuvent facilement devenir des cibles de harcèlement.

Même avec les très jeunes enfants, il existe de nombreuses façons de promouvoir la diversité. Évidemment, puisque nous sommes la Coalition des familles homoparentales, nous recommandons de commencer tôt à discuter avec les élèves du thème de la diversité familiale (incluant, évidemment, les familles avec des parents de même sexe). Pour les enfants plus âgés, des thèmes comme les relations de couple, la discri-mination, les droits de la personne, et ainsi de suite, peuvent être abordés.

Notre formation est donnée par un duo de formateurs, généralement un homme et une femme. Nous comptons présentement une vingtaine de formateurs actifs situés dans les régions de Montréal et de Québec, et qui se déplacent partout au Québec. Bien que la séance ne dure qu’une demi-journée, nous discutons de la recherche scientifique sur les familles homoparentales et l’homophobie à l’école et nous faisons des simulations pour contrer l’homophobie chez les jeunes. Nous présentons des façons de répondre aux parents et aux collègues qui sont préoccupés par le fait d’aborder le sujet de l’homosexualité, et nous passons la dernière partie de la séance à présenter des outils à la disposition des enseignants et autres intervenants pour promouvoir la diversité et contrer l’homophobie chez les jeunes auprès desquels ils travaillent.

Plusieurs intervenants reconnaissent que l’homophobie est une question importante, mais ils craignent de l’aborder par manque de formation et par ignorance des outils disponibles. Au cours de nos séances, ils sont stupéfaits par la quantité de ressources disponibles. Non seulement la Coalition a-t-elle créé des ressources pour les personnes qui travaillent avec les jeunes enfants, mais nous les orientons également vers un vaste éventail de ressources déjà disponibles : des livres et vidéos, aux sites Web, aux articles de recherche et aux plans de cours qui peuvent aider à parler de cette question importante de l’homophobie avec les jeunes de tous âges.

À la veille de souffler ses deux bougies, le program-me a permis de former environ 3 000 enseignants, travailleurs sociaux, travailleurs en service de garde, infirmiers et infirmières, psychologues, directeurs et directrices, etc. à mieux comprendre l’homophobie. Grâce à l’aide financière du MELS, de la Centrale des syndicats du Québec et de l'Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec, nous avons été en mesure de les équiper de trousses à utiliser avec les jeunes. Nous sommes fiers du fait que plus du quart des personnes qui ont participé à nos séances de formation sont des étudiantes et étudiants en éducation, dans le cadre de leur program-me universitaire. Ils nous ont clairement fait com- prendre que notre formation devrait être obligatoire pour tous les futurs enseignants. Nous le croyons également!