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Money for Nothing jugé homophobe et censuré sur les ondes

Chantal Cyr
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«Money for Nothing», du groupe Dire Straits, serait-elle une chanson homophobe? Le mégahit des années 80 vient d'être interdit des ondes canadiennes à la demande d'un auditeur. En cause, le mot «faggot» («tapette») utilisé trois fois. Ceux qui avaient plus de 15 ans en 1985 s’en souviendront sans doute, cette année-là, le méga-succès de l'été s'appelait «Money for Nothing» et il était interprété par le groupe américain Dire Straits. Aussi surprenant que ca puisse paraître, vingt-cinq ans plus tard, ici même au Canada, le Conseil canadien des normes de radiotélévision vient de statuer que ce classique ne peut plus être joué à la radio, à la suite d'une plainte déposée par un auditeur d'une station radio de Terre-Neuve.

La raison? le deuxième couplet contient le mot «faggot» («tapette» «fif»), utilisé à trois reprises:
«The little faggot with the earring and the makeup / Yeah, buddy, that’s his own hair / That little faggot’s got his own jet airplane / That little faggot, he’s a millionaire...»

Ce qui donne, en français: «Ce fif avec sa boucle d'oreille et son maquillage / Ouais, mec, c'est bien ses vrais cheveux / Ce petit fif a son jet privé / Ce petit fif, eh bien il est millionnaire...»

Des paroles «extrêmement blessantes envers les lesbiennes, gais, bi et trans» a estimé l'auditeur, rejoint sur ce point par le Conseil canadien des normes de radiotélévision.

Si la décision a été accueillie favorablement par certaines associations LGBT canadiennes, dont EGALE, elle a déclenché une vague de commentaires exaspérés dans la presse canadienne anglaise et sur les forums de discussion. D'autant que «Money for Nothing», signée du groupe de Mark Knopfler et du chanteur Sting, n'a rien d'une salve homophobe. Elle parodiait les réflexions d'un Américain moyen regardant les vidéos de MTV – le phénomène de 1985. Un second degré qui serait totalement passé au-dessus de la tête du plaignant et du Conseil canadien des normes de radiotélévision. Une situation qui désole Nathan Cuckow (dans une entrevue au Calgary Sun) un musicien gay de Vancouver, pour qui «se concentrer sur des paroles de chansons nous détourne des institutions, comme les religions, qui professent des préjugés homophobes», autrement plus dangereux.

Et vous, qu’en pensez-vous ?