Solidairement vôtre

Un pour tous, tous pour un

Steve Foster
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Par un beau soir de l’été de mes 13 ans, j’ai été violé par un homme qui me menaçait de mort si j’osais crier ou tentais de fuir. Déjà pas très développé physiquement pour mon âge, je peux vous assurer que je me sentais vraiment perdu dans le petit boisé de l’Université Laval, aux abords du centre commercial de Place Sainte-Foy. L’homme corpulent me demanda de me dénuder et de me coucher sur la couverture… Si je vous décris brièvement cet événement de ma vie, ce n’est certes pas pour attirer votre sympathie, mais bien pour illustrer le propos de ma chronique de ce mois-ci sur la défense collective des droits humains. Le lien entre les deux n’est pas évident, je vous le concède, mais comme vous le verrez, travailler pour un organisme tel que le CQGL exige beaucoup plus que ce que l’on peut imaginer, et pour soi, et pour les autres.

Défendre les droits d’une communauté peut sembler relativement simple de prime abord : Représentations auprès d’instances politiques, économiques et sociales; dépôts de mémoires en commission parlementaire; interventions dans l’espace public et médiatique; éducation et sensibilisation auprès de la population; pressions pour faire modifier ldes lois ou en faire adopter de nouvelles. En fait, on peut dire que défendre les droits collectifs de nos semblables, c’est agir afin d’assurer le mieux-être et la pleine intégration des personnes marginalisées et discriminées afin qu’elles puissent avoir droit au même res-pect et à la même considération que toute autre personne au sein d’une société, mais aussi qu’elles puissent bénéficier des mêmes privilèges. Simple comme bonjour, non?

Et pourtant, quand on y regarde de plus près, appliquer ce concept de défense des droits collectifs au quotidien est bien plus difficile qu’il n’y paraît. Pourquoi? me direz-vous. Eh bien, parce que cette valeur humaine et sociale ne peut souffrir de variabilité! Nous ne pouvons œuvrer à défendre les droits des personnes de nos communautés sans aussi défendre ceux des femmes, des personnes assistées sociales, des personnes ayant des limitations fonctionnelles, des locataires, des travailleurs et chômeurs, des immigrants, des autochtones, des malades, des travailleuses du sexe, d’autant que nous sommes aussi des travailleurs, des immigrants, des malades, etc.

Mais ce qui rend encore plus difficile la défense collective des droits, c’est que nous ne pouvons laisser notre vécu venir interférer avec ce principe. Autrement dit, la défense collective des droits se doit d’être applicable pour toutes et tous. Cela implique que nous devons aussi défendre les droits de ceux qui nous ostracisent. Par exemple, c’est défendre les personnes croyantes lorsque que leurs droits sont brimés, et ce, même si elles nous souhaitent l’enfer à la fin de nos jours. C’est ce que l’on appelle agir conséquemment avec les valeurs que l’on met de l’avant qu’elles le soient à titre individuel ou organisationnel.

Donc, comme je vous le disais en début de ce texte, quand nous nous impliquons dans un organisme prônant les droits juridiques et sociaux pour toutes et tous, il arrive que notre vécu vienne s’interposer entre l’idéal et la pratique. Je peux vous assurer que lorsque je suis arrivé au sein de notre organisme, j’étais loin d’imaginer qu’aujourd’hui, je serais partisan de la défense des droits des criminels, au point d’accepter que mon agresseur puisse lui aussi avoir des droits. Pour moi, cela me semblait quelque peu injuste à une certaine époque. Moi qui ai tant rêvé pendant de nombreuses années de le retrouver pour pouvoir le torturer, le faire souffrir comme j’avais souffert. Mais le temps passe et notre pensée évolue.

Eh oui, un criminel aussi a des droits. Il a le droit d’avoir un procès juste et équitable. Il a le droit de bénéficier, même en prison, d’un environnement sécuritaire, de manger ses trois repas par jour, il a le droit à son intégrité. Cela vous étonne ? Que voulez-vous, défendre les droits collectifs des personnes implique que nous ne puissions accepter qu’un groupe d’individus en soit privé, car si nous l’acceptons pour un, nous devrons aussi accepter que d’autres collectivités en soient privées. Quand nous regardons notre monde et son histoire, je préfère assurer à mon violeur ses droits que de voir ceux que j’aime perdre les leurs.