Les Gaydailles, les 11, 13 et 14 août

Les Gaydailles contre-attaquent... et c’est tant mieux!

Denis-Daniel Boullé
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Si l’édition 2009 des Gaydailles manquait un peu de rigueur dans le déroulement des numéros, l’édition 2010 corrige ces erreurs de jeunesse. Jasmin Roy, en maître de cérémonie, est visiblement plus à l’aise que l’année dernière, plus sûr de ces blagues. Et quoi de plus sympathique que d’avoir invité Nadja, une chanteuse jazzy et blues, qui revisite quelques grands standards de la chanson américaine. Peut-on rire de tout? Car ce n’est pas les sujets qui sont intou­-chables, mais la façon dont on les traite.

Michel Sigouin et Guillaume Wagner, chacun à leur manière, éreinte le milieu gai à travers le prisme d’un regard hétéro. Juste, drôle, percutant, jamais méchant. Michel et Guillaume aiment les gais et en croquent tous les travers, les excès et les ridicules parfois. Et ça marche. Il faut savoir rire de soi, et savoir laisser les autres rire de soi. Rien de plus juste que ces gais qui veulent absolument qu’un gars hétéro essaie, une fois, pour voir. Comme si un hétéro gay friendly ne pouvait être perçu que comme un gai qui s’ignore encore. Dans le miroir tendu par Guillaume et Michel, nous nous reconnaissons tous à des degrés différents.



Entre les numéros, Jasmin Roy présente une nouvelle version de son vox pop, avec des questions très ciblées : «Qu’est-ce qui vous irrite chez les gais?» «Que font, d’après vous, deux femmes dans
un lit?» «C’est quoi un bisexuel?» Les réponses souvent cocasses laissaient percevoir combien les préjugés sont encore bien installés. Les gais trop efféminés dérangent, on préfère les gais quand ça ne se voit pas.

D’ailleurs, pour «ce que font deux femmes dans un lit», la réponse est peut-être dans le sketch de Mathilde Laurier, dite la dévoreuse de moquette, déjà présente sur scène l’année dernière. «Faut-il le dire ou ne pas le dire», telle est la grande question de Mathilde qui, si elle brocarde souvent les hétéros dans son sketch, n’hésite pas à se moquer de ses sœurs lesbiennes.



Enfin, Pierre-Olivier Cyr nous entraine dans sa douce folie, celle de vouloir nous hypnotiser, enfin presque tous, et de démontrer que sous hypnose nous pouvons changer d’orientation sexuelle. Si une dizaine de spectateurs se sont prêtés au jeu – certains se sont carrément donnés – cette portion du show était trop longue et on ne sait plus trop où Pierre-Olivier veut nous mener. Ses talents, aussi bien comme animateur que comme hypnotiseur, sont incontestables, mais son projet, ambitieux et d’une certaine façon convaincant, nous laisse un peu sur notre faim. Cela dit, il pourrait sans doute faire quelques modifications d’ici les prochaines représentations pour améliorer le tout.

Que ce soit au début du spectacle, tout comme à la fin, Jasmin Roy appelle la nécessité de lutter contre l’homophobie, surtout en milieu scolaire. Les réactions suscitées lors de la sortie de son livre Ostie de fif ! l’ont conforté d’aller plus loin dans cette cause qui lui tient particulièrement à cœur.

Avec les Gaydailles, Jasmin et son équipe ont su arrimer un show d’humour avec un contenu un peu plus politique, mais équilibré. L’ensemble passe mieux que l’année dernière, peut-être parce la dénonciation est plus en filigrane et ne nuit pas à la partie divertissement du show, qui s’adresse à tout le monde, indépendamment de l’orientation sexuelle ou du genre.

Les Gaydailles, les 11, 13 et 14 août (Cinquième salle de la PDA) dans le cadre des Célébrations de la Fierté. Réservation PDA 514-842-2112 laplacedesarts.com