Anticosti

Une île grandeur nature

Michel Joanny-Furtin
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Depuis dix ans le parc national d’Anticosti accueille ses visiteurs dans un décor naturel des plus remarquables. Ancienne réserve de chasse privée, encore prisée de nos jours, son programme touristique cible désormais la fibre environnementaliste et éco-logique des visiteurs en leur propo-sant un retour aux sources à la fois symbolique et réel. Tous les parcs nationaux ont été créés selon les mêmes standards de l’Union mondiale pour la nature, avec un ou plusieurs écosystèmes peu transformés par l’exploitation; des espèces animales et végétales; des sites géomorphologi-ques, et des habitats significatifs (scientifique, éducatif, récréatif); ou, tout simplement, des paysages d’une grande beauté. Bien qu’Anticosti ait déjà tout cela en plusieurs exemplaires, ce dernier et simple critère lui faisait passer le test haut la main!

Ainsi, le parc, qui occupe une partie de l’île, offre déjà 45 kilomètres de sentiers pour les randonneurs, mais aussi des pistes cyclables et des chemins équestres pour ceux qui préfèrent une monture pour découvrir l’île. Les promeneurs passionnés de faune et de flore n’auront que l’embarras du choix tant la faune aviaire et terrestre est abondante. Par exemple, il est bon de savoir que, comme chez l’humain aux cheveux roux, blonds, bruns, etc., les poils du renard roux d’Anticosti peuvent prendre différentes teintes.
Amateurs de faune, sachez qu’Anticosti abrite l’une des plus grandes concentrations de pygargue à tête blanche (ou aigle à tête blanche). Et qu’on peut voir des phoques (le phoque commun et le phoque gris) nageant à proximité de la plage ou se prélassant au soleil! Curieux, ils viendront certainement à votre rencontre.

Surpris de voir des cerfs de Virginie? Ils ont été importés au XIXe siècle par le propriétaire de l’île à l’époque, le chocolatier français Menier pour sa réserve de chasse. Une causerie vous dira tout sur son adaptation et son impact économique et écologique sur l’île.

Mais ceux qui tripent sur les sites naturels et sauvages, sans baraque à frites dans les parages ni boutiques de souvenirs, seront aux anges. Falaises, canyons, grottes, fossiles, torrents et rapides, rivières encaissées, chutes d’eau, etcetera, leurs yeux ne sauront plus où donner… de la tête!

Éclaté, ce parc comporte trois entités distinctes: la Grotte-à-la-Patate (3,5 km²), le canyon de la rivière de l’Observation (11,4 km²), et les canyons des rivières Vauréal et Chicotte (557 km²), avec une façade maritime de plus de 26 km. On dit aussi que lorsque l’on regarde les roches disposées en strates sur Anticosti, chaque mètre de roches correspond à environ 15 000 ans de dépôts marins.

À découvrir aussi, Pointe-Carleton et son point de vue imprenable sur le golfe du Saint-Laurent; le canyon et la tourbière de l’Observation, l’écosystème protégé du Grand lac Salé; les fossiles du canyon de la rivière Brick; les canyons de la Chicotte et de la chute Vauréal; les oiseaux marins nichés sur les parois des falaises de Baie-de-la-Tour; la grotte à la Patate, ca-vité souterraine de 625 m de long. Ou le phare de la pointe Sud-Ouest construit en 1831, témoin de nombreux naufrages: depuis 400 ans, il y a eu plus de 400 naufrages sur les côtes de l’île d’Anticosti, ce qui lui a valu le triste surnom de cimetière du golfe…

Sachez aussi que piétiner ou cueillir les plantes rares et fragiles que l’on croise sur les chemins, c’est accélérer la détérioration du milieu. Pas besoin d’un herbier pour croquer une « nature morte », l’appareil photo suffira à emmagasiner le souvenir…

Pour fréquenter le parc national d’Anticosti, vous devez toutefois détenir une autorisation d’accès, souvent incluse dans le forfait de location. Sinon, on se la procure en arrivant aux centres de services Port-Menier, McDonald et Chicotte-la-Mer.