Romancer le lesbianisme : Entrevue avec Kyrian Malone et Jamie Leigh

Femslash et subversion littéraire

Julie Vaillancourt
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Quelle lesbienne n’a jamais rêvé que Julia Roberts dans Pretty Woman tombe amoureuse d’une femme et que Richard Gere soit relayé au plan secondaire de l’intrigue? Que Buffy Summers, au lieu d’aller chasser les vampires un soir, ait une relation torride avec sa meilleure amie lesbienne Willow? Que le lesbianisme intègre la culture populaire, sans n’être qu’un «accommodement raisonnable», ou fantasme chimérique hétérosexuel? Dans l’univers très clos des maisons d’éditions, le sujet lesbien est souvent relayé au plan d’une littérature secondaire; vu d’un côté comme une littérature «de l’ombre, ultra spécialisée» pour un public ciblé (poésie, écrits théoriques, féministes), ou aux antipodes, vous l’aurez bien sûr deviné, une «littérature» qui n’en est pas une, avec les Playboys et compagnie. Dans les années 70, issu de la fanfiction, du slash et yaoi, apparaît le femslash, genre de subversion littéraire en réponse à la culture dominante, où les lesbiennes viennent titiller, voire provoquer l’ordre établi en se faisant leurs propres scénarios. Si cette sous-culture lesbienne et littéraire est aujourd’hui peu commune, de jeunes auteures n’hésitent pas à revisiter le genre. C’est d’ailleurs le cas de Kyrian Malone et Jamie Leigh, deux auteures françaises de vingt-huit ans, basées en Irlande, qui coécrivent déjà depuis quelques années : «L’écriture à deux mains est venue comme un jeu où nous nous donnions la réplique. Kyrian m’a fait découvrir les fanfictions sur Internet il y a quelques années et nous nous sommes mises à écrire ensemble», précise Jamie d’entrée de jeu. Si la crédibilité des fanfictions a parfois souffert de la comparaison avec les romans Harlequin, ou de l’étiquette «littérature prépu-bère», Kyrian et Jamie ne ciblent pas de public particulier, puisque mixte, il varie généralement entre 16 et 50 ans, selon les genres et thèmes abordés.

Quels sont les principaux thèmes abordés dans vos romans, le style préconisé?

K : Nous avons commencé par écrire des fanfictions. Le principe est simple : une scène d’une série ou d’un film nous frustre? Nous la réécrivons à notre goût.

J : Après quelques années nous avons créé nos personnages et nos intrigues. Les genres sont divers : thriller, comédie, drame, fantastique, aventure, le tout sur un fond de romance lesbienne où la psychologie des personnages est mise de l’avant.

K : Notre style n’est pas des plus conventionnels. D’après nos lecteurs, il est théâtral, visuel, et nous aimons écrire des scènes érotiques, ne pas nous censurer, sans rentrer pour autant dans le vulgaire.

Quelles sont vos influences ?

J : Notre inspiration peut venir de n’importe quoi: d’un film, d’une série, d’un événement de la vie, d’une actualité, d’un livre, d’un documentaire, etc. Nous revisitons la culture populaire en y intégrant un couple de femmes. Nous abordons l’homosexualité féminine de manière naturelle, au même titre qu’un couple hétéro peut être mis en scène.

K : Nos derniers romans (notamment la trilogie des «Serial Killer») sont marqués par l’influence d’auteurs tels que Stéphane Bourgoin ou Helen Morrison. Des séries telles que Cold Case, Medium, Criminal Minds sont aussi de grandes sources d’inspiration. Julie VAILLANCOURT

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