Katharine Setzer d'image+nation

Programmer les «vues» à IMAGE+NATION

Julie Vaillancourt
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Depuis plus de vingt ans, le festival de cinéma Image+Nation de Montréal en met plein la vue au public de cinéphiles avides d’images et de représentations LGBT. Si le plus ancien festival de films LGBT au Canada, n’a désormais plus besoin de présentation, les deux orga-nisatrices qui tirent les ficelles derrières les images et l’organisation, méritent de sortir de l’ombre. Alors qu’Image+Nation «revient du froid» et se déplace, de la fin novembre à la fin octobre (il aura lieu du 22 octobre au 1er novembre 2009), ce numéro d’octobre vous présente «une inter-vue» avec Katharine Setzer, directrice de la programmation du festival. Originaire de Vancouver et diplômée de l’université Emily Carr of Art & Design, Katharine Setzer est, à priori, venue à Montréal afin de poursuivre ses études à l’université Concordia, par l’intermédiaire d’une Maîtrise en Beaux-arts en Études Médiatiques. Celle qui avait débuté sa carrière artistique en tant que peintre, troquera son pinceau pour la caméra, grandement intéressée par l’art vidéographique. Les principales thématiques de ses œuvres sur vidéo abordent l’identité sexuelle et la représentation des problématiques liées au genre. Son parcours artistique est grandement lié à son cheminement futur au sein d’Image + Nation, m’explique d’emblée Katharine : « J’ai découvert le festival en 1995, car un de mes vidéos y était présenté. Et lorsque vous êtes une artiste invitée au festival, vous avez droit à une passe vous permettant d’assister gratuitement à toutes les représentations. À l’époque, je ne le savais pas, mais j’ai trouvé que c’était une idée géniale! (rires) Cela vous permet aussi de rencontrer les organisateurs, de discuter avec eux et c’est à ce moment que j’ai offert mon aide bénévolement au festival, durant quelques années. En 1998-1999, il y a eu plusieurs changements au sein de l’organisation du festival et j’étais de plus en plus impliquée. Charlie Boudreau [la directrice d’Image+Nation] et moi, étions grandement impliquées dans ce changement et avec l’aide de partenariats financiers, nous avons pris en main le festival et l’avons développé pour en faire ce qu’il est aujourd’hui!»

Depuis, Katharine occupe la position de directrice de la programmation. Si sélectionner les films choisis pour représenter chaque année le festin visuel d’Image + Nation, n’est pas chose facile, cela n’en demeure pas moins excitant! Si Katharine avoue d’emblée le caractère quelque peu subjectif du processus, les films choisis doivent tout de même répondre à certaines qualités essentielles : « Nous voulons présenter des films qui reflètent les réalités des LGBT, des films fait par et/ou pour un public LGBT. C’est aussi très pertinent pour nous de choisir des films qui défient quelque peu la définition de "film gai"; des films qui font réfléchir l’audience et qui questionnent les notions de genre et de sexualité de façon particulière. Bref, nous aimons élargir nos paramètres! Et ce, sans oublier le critère de sélection de tous les festivals, nous portons donc une attention particulière à la maîtrise du médium cinématographique et à l’histoire présentée.» D’ailleurs, si les nouvelles avancées technologiques en matière d’imagerie vidéographique et de technologie digitale ont manifestement contribué à la «démocratisation» du médium, et par surcroît engendré une certaine évolution du cinéma queer, l’accessibilité des nouvelles technologies à «monsieur et madame tout le monde», n’est pas toujours une bonne chose, selon Katharine : « l’avancement technologique à contribué à donner aux gens l’accès aux outils nécessaires pour créer un film. Mais ce qui se présente, à priori, comme une bénédiction, peut parfois devenir une malédiction! (rires) Car pour faire un film, il faut un minimum de connaissances, de compétences, de talent et de vision! Alors cette notion que "tout le monde peut faire un film" n’est pas toujours géniale, même si à la base l’avancement technologique est positif, puisqu’il donne accès plus facilement aux moyens de production.» Durant ses nombreuses années à la direction de la programmation, Katharine a aussi constaté de nombreux développements positifs quant aux thématiques explorées, comme l’émergence puis la hausse de films traitant des réalités transgenres et transsexuelles. «C’est un contexte cinématographique vibrant et c’était excitant d’en constater l’émergence. La variété des voix, est très importante!», appuie Katharine.

Parlant de variété, la programmation de cette année n’y fait pas exception! Du simple divertissement, aux films sombres et songés, en passant par des films qui défient le spectateur ou encore qui lui font peur ou le font chanter, tout y est. Katharine n’hésite pas à fournir quelques titres : « Nous avons deux films musicaux, ce qui est très intéressant: The Big Gay Musical et un autre nommé Fruit Fly, qui est absolument merveilleux. Nous présentons aussi An English Man in New York, et puis Donne-moi la main, qui est formidable! Sans oublier Fig Trees, du réalisateur canadien John Greyson, un film superbe à ne pas manquer! Du côté "divertissement léger", nous présentons I Can’t Think Straight et un film américain plutôt intéressant, intitulé And Then Came Lola, qui s’inspire de la structure de Run Lola Run, mais avec une tournure lesbienne! C’est drôle et charmant. Nous avons aussi la trilogie queer, Eating Out 3 : All You Can Eat (lors des éditions précédentes, nous avions présenté Eating Out 1 et Eating Out 2), un film très léger mais drôle à souhait!» Et si programmer des films québécois représente souvent un défi de taille, Katharine n’hésite pas à suggérer Queerement Québec, une délicieuse collection de court-métrages «made in Quebec»! Pour la journée de clôture du festival, soit le 31 octobre, l’horreur et le suspense seront au menu, avec des films comme Zombies of Mass Destruction et Drool. Et Katharine de rajouter : «Organiquement, des films d’horreur et des suspenses se sont annexés à la programmation. Et en même temps, l’Halloween est la fête queer alors…» (Rires)

Entretenir, années après années, un festival d’une telle envergure demande nécessairement des sous. Le principal défi pour Katharine Setzer et la directrice du festival Charlie Boudreau est sans contredit financier, «et ceci est devenu un défi d’autant plus grand depuis que le cinéma queer a pris de l’expansion, devenant une plus grande industrie avec les maisons de distribution et le marché du DVD, car le circuit des festivals est souvent un lieu lucratif pour les distributeurs», souligne Katharine. Qui plus est, selon les dires de la principale intéressée, «Montréal est certainement la capitale des festivals en Amérique du Nord», ce qui est un défi de taille pour obtenir du financement auprès des institutions provinciales et fédérales. De plus, selon Katharine, le milieu LGBT montréalais semble difficilement adhérer à la notion de philanthropie : «les montréalais ne semblent pas tout à fait familiers avec cette notion que si tu deviens un membre du festival, cela apporte un support à l’organisme et aide à la longévité du festival. Et cette notion de philanthropie n’est pas aussi commune à Montréal, comparée à d’autres villes au pays.» D’ailleurs, on n’insistera jamais assez sur l’aspect financier, puisqu’il permet aux cinéphiles montréalais l’accès à un festival qui reflète ces images LGBT, en plus de fournir un lieu important de rencontre pour la communauté. Comme le mentionne Katharine : « Je crois qu’il y a encore de nombreuses histoires LGBT qui doivent être racontées et les festivals nous offrent la chance de regarder différentes réalités queer à travers le monde. En Amérique du Nord et particulièrement au Canada, nous sommes plutôt confortables quant aux droits humains et aux droits des LGBT. Je crois que c’est extrêmement important de documenter les réalités LGBT et aussi les batailles dans divers pays. Et pas uniquement en Occident, mais aussi dans des pays où l’homosexualité est passible de la peine de mort! Voir ces réalités et les mettre en perspective est primordial et je crois qu’un festival comme le nôtre offre cette opportunité unique de se rassembler en tant que communauté, de voir des images de nous-mêmes refléter sur les écrans, en étant en compagnie de notre "tribu". Image + Nation est aussi un gage de notre engagement à présenter des films novateurs et excitants, ce qui en fait un festival pour tous les cinéphiles!»

Le Festival international de cinéma LGBT de Montréal Image + Nation 22, se déroulera du 22 octobre au 1er novembre 2009. Pour plus de détails sur la programmation et pour devenir membre du festival : www.image-nation.org. Vous pouvez aussi consulter le site web du Fugues, section cinéma, pour des résumés et critiques des films, des entrevues avec quelques réalisateurs, ainsi que des extraits des films à ne pas manquer cette année…