Entrevue avec Michelle Blanc sur les transsexuel(le)s à la télé

Rentrer dans l’imaginaire québécois

Luc-Alexandre Perron
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Fort sollicitée dans les médias d’affaire du Web-marketing, où elle œuvre, mais relativement peu connue du public, Michelle Blanc accordait une entrevue il y a un an à Guy A. Lepage pour son émission Tout le monde en parle. Faisant preuve d’une grande honnêteté et d’un cran à toute épreuve, elle volait ainsi la vedette aux autres invités. Un an plus tard, Michelle Blanc se retrouve nommée parmi les 100 femmes qui marquent le Québec en 2009, selon le magazine Châtelaine. Michelle Blanc a accepté de nous accorder une entrevue. Peux-tu rappeler à nos lecteurs à quel titre tu étais invitée à Tout le monde en parle?

J’avais remporté le titre du «Big Idea Chair» de Yahoo Canada et, lorsque je leur ai fait part de mon intention de changer de sexe, Yahoo a fait deux reportages plutôt qu’un : le premier sur Michel Leblanc et le deuxième sur Michelle Blanc. J’ai trouvé cela touchant.

Durant l’émission, tu ne t’es pas contentée de discuter de ta transsexualité, tu es intervenue plusieurs fois durant la soirée; ta remarque à Pauline Marois sur la piètre qualité de son site a frappé dans le mille. As-tu été surprise par la réaction du public dans les jours qui ont suivi?

Oui, c’était un peu fou. Je n’ai pas été capable de travailler pendant les deux semaines qui ont suivi l’entrevue. Je devais répondre à des courriels, à des appels sans arrêt. J’ai reçu des appels de psys qui me demandaient des conseils au sujet de leurs patients transsexuels. Je ne suis pas psy. Je leur disais: réfère ta patiente à quelqu’un qui sait quoi faire, n’en fais pas un cobaye. Partout où j’allais, on me reconnaissait.


Est-ce que ce fut difficile à gérer pour toi et ton entourage?

C’est intimidant de devenir un symbole instantané, c’est lourd à porter. Bien sûr, il y a eu un effet positif sur ma carrière, mais, en même temps je deviens la référence en ce qui a trait à ce que c’est que d’être transsexuelle et je vais difficilement pouvoir être vue comme une femme pour un bon moment : je vais demeurer une transsexuelle pour les gens. En ce qui concerne ma conjointe, je te dirais que ça a été plus facile pour elle d’accepter ma transition que de gérer ma soudaine célébrité. J’ai aussi été témoin de changement dans la réaction de mon entourage; par exemple, la gérante d’un resto qui me remerciait de l’honneur de ma présence dans son établissement, alors que j’étais déjà une cliente régulière… Mais l’important c’est l’impact à long terme. L’aspect positif, c’est que maintenant le gouvernement paye pour les chirurgies (et que cette apparition à la télé peut y être liée); le «downside», c’est que je suis devenue la transsexuelle de l’imaginaire québécois.

Cet été, tu as accepté la présidence d’honneur de la fierté LGBT à Montréal. As-tu hésité avant d’accepter? Comment t’es-tu préparée pour les nombreuses entrevues télévisées?

J’ai hésité, oui, car les médias s’attardent trop aux fofolles et cuirettes du défilé, alors que la fierté, c’est beaucoup plus que ça. Par exemple, les accomplissements de la communauté qu’on peut constater lors de la journée communautaire, mais dont on ne parle pas à la télévision. Je me questionnais aussi sur le mot fierté. Je n’ai pas à être fière d’être trans-sexuelle, puisque je suis simplement née comme ça. Mais je n’ai plus honte de l’être, et ça, c’est très important. En ce qui a trait aux entrevues, lorsque j’ai eu mon diagnostic de dysphorie de genre il y a deux ans j’ai absolument tout lu sur le sujet, incluant la présence des transsexuels à Stonewall; j’arrivais donc avec un bon bagage de connaissances.

Tu participes à des capsules télé à VOX; serais-tu intéressée à une carrière à la télévision? Quelque chose pour le grand public?

J’ai été invitée pour mon expertise à la télévision; par exemple, au Canal Argent, bien avant ma transition. Je poursuis donc ma carrière de stratège web. Je vais participer à l’émission La joute et à un documentaire sur la résilience l’hiver prochain. Il y a toujours des discussions, mais rien de concret pour la moment. Pour ce qui est du grand public, ce n’est pas lui qui me fait vivre, ce sont les médias spécialisés. Je ne vis pas d’être transsexuelle mais d’être spécia-liste web.


D’après toi, est-ce qu’une présence accrue de transsexuel(le)s à la télévision aiderait à sensibiliser les gens? À faire diminuer les préjugés?

Oui, bien sûr. Pour que les gens puissent s’adapter à cette réalité, il en faut à la télévision, il faut qu’ils puissent en voir. Mais il faut que ça soit fait avec intégrité. Je pense que c’est ça qui a touché les gens à Tout le monde en parle : j’assume qui je suis, je ne m’en plains pas. Et je choisis mes plates-formes. Ce n’est pas toujours facile de trouver des transsexuels pour la télévision. On a ajouté un personnage transsexuel dans un téléroman récemment et on ne trouvait pas de transsexuelle pour camper le personnage. Finalement, c’est un homme qui a joué le rôle.

Quels sont tes plans pour l’avenir?

Continuer à être consultante, car mon parcours n’a pas tué ma business, au contraire. Et continuer à faire ce que j’aime : faire comprendre le web.

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