Interraction et dépendance

Crystal et VIH : liaison dangereuse!

Dr Pierre Coté
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Des enquêtes effectuées au cours des dernières années ont montré une nette augmentation de la consommation d’alcool et de drogues dans la population en général. Cette augmentation est plus importante chez les jeunes de 18 à 24 ans, chez les hommes, chez les célibataires et chez les hommes gais. En plus de consommer de façon plus importante, les gais feraient usage de substances dites psychoactives de façon différente que les hétérosexuels. En 2003, une étude montréalaise démontrait que les poppers, le cannabis et la cocaine étaient les drogues les plus souvent consommées. Une autre étude effectuée en 2006 montraient une nette augmentation de l’usage de la cocaine, de l’ecstasy, de la kétamine, des speeds et du GHB chez les homosexuels de moins de 30 ans et chez les moins fortunés, alors qu’on observait une augmentation de consommation d’alcool et de poppers chez les plus de 30 ans plus fortunés.

Le crystal (de la méthamphétamine en crystaux) est également appelé Tina, Krank, Tweak, Ice, Glass, etc. Il est surtout fumé, mais peut également être sniffé, ingéré, inséré dans le rectum ou injecté. Il serait consommé 10 fois plus chez les gais que chez les hétéros. Il stimule le cerveau et le système nerveux par la production de dopamine au cerveau qui provoque une sensation très intense de plaisir et d’euphorie.

Ses effets à court terme sont les suivants : augmentation du rythme cardiaque, de la pression sanguine, de la respiratoire, de l’énergie, de l’acuité sensorielle ; diminution de l’appétit, du besoin de sommeil, des réflexes, de la perception de la douleur ; augmentation de la confiance en soi (déshinibition), de l’humeur, de la libido et du goût de socialiser.

Ses effets suite à une consommation plus chronique sont les suivants : tremblements, faiblesse, sécheresse de la bouche, sueurs, perte d’appétit, perte de poids importante, toux, infection des sinus, diarrhées, maux de tête, lésions de la peau. On peut également observer des problèmes de fonctionnement au niveau du système immunitaire.

Les conséquences psychologiques d’une consommation chronique sont nombreuses : dépression, anxiété, compulsions alimentaires, envie de toujours dormir, paranoïa et problèmes de mémoire et de concentration.

Les risques sociaux sont également importants. La prise de crystal amène rapidement une dépendance et désorganise la vie, qui tourne éventuellement autour du produit.

Les complications sur la santé sont majeures. Les risques de transmission du VIH, de l’hépatite C et des autres infections transmises sexuellement sont grandement augmentés en raison des comportements sexuels qui sont plus à risque ou du mode de consommation (en se l’injectant, en le sniffant ou en le fumant).

Par ailleurs, la consommation de crystal chez les gais est souvent associée à l’utilisation d’autres drogues récréatives telles que le cannabis, la cocaine, l’ecstasy, le nitrate d’amyl (poppers), le gamma butyrate (GHB) et le viagra (et autres substances qui améliorent l’érection). Ils consomment le crystal essentiellement pour ses effets euphorisants. Cependant, les sondages effectués spécifiquement parmi les homosexuels semblent démontrer qu’ils consomment cette drogue également pour s’identifier à une certaine culture gaie, pour s’aider à faire face à leur difficulté d’accepter leur homosexualité, leur statut VIH, que celui-ci soit positif ou négatif. Elle peut aider également à faire face au phénomène de vieillissement dans une communauté où le culte du corps parfait est extrêmement valorisé.

Il y a quelques années, le crystal était encore peu présent au Qué-bec et à Montréal. Il était alors principalement consommé par les étrangers (surtout en provenance des États-Unis) qui venaient participer aux partys raves à Montréal. Mais le crystal est maintenant bel bien arrivé à Montréal, où il est consommé dans des lieux de rencontres sexuelles, comme les saunas et les sex clubs.

La majorité des gens vont d’abord prendre cette drogue uniquement de façon occasionnelle sans nécessairement en faire un usage abusif. Le véritable piège de ce produit est lié au fait qu’il est souvent adopté par ceux qui ont consommé de l’ecstasy pendant longtemps, croyant que cette drogue n’est pas plus dangereuse que les autres qu’ils ont l’habitude de consommer. Pourtant, les effets sont très différents et le potentiel de dépendance est beaucoup plus grand. Dans la majorité des cas, une intervention brève suffira à contrôler le problème. Cependant, pour les personnes présentant un problème plus sérieux d’abus ou de dépendance, une intervention plus intense peut être nécessaire. De nombreuses ressources sont disponibles, avec des approches individuelles ou de groupe. On peut vouloir diminuer ou cesser la consommation certes, mais il est également souhaitable de réduire les comportements à risque reliés à cette consommation.
Sachez qu’il existe de nombreuses ressources disponibles pour vous aider si vous juger que c’est nécessaire. N’hésitez surtout pas à en parler à votre médecin ou à un professionnel, qui saura vous référer où il le faut.

Alarmiste? Oui. Quand on voit les effets dévastateurs que cette drogue a pu avoir et a encore dans la communauté gaie américaine, je ne crois pas qu’il soit mal avisé et de mettre en garde contre cette drogue. Dites non au crystal !

Le crystal et les gais en chiffres *

• Plus de 500 000 Américains auraient consommé cette drogue au cours du dernier mois.

• 11 à 13% des hommes ayant
des relations avec des hommes vivant en milieu urbain ont admis en avoir consommé au cours des 6 derniers mois.

• 20,1% des jeunes gais et bi-
sexuels en aurait consommé au cours de la même période, allant jusqu’à 30% à Los Angeles.

• À San Francico, 43% des hom-mes gais feraient usage de crystal lors d’un rave.

• La moitié des personnes qui sont accueillies dans les centres de désintoxication et de traitement sont dépendants du crystal.

* Données américaines

Le crystal et le VIH en chiffres

• En 2002, aux États-Unis, c’est 84% des homosexuels séropositifs qui rapportent avoir eu des relations anales non protégées, alors qu’ils étaient sous l’influence de cette drogue.

• La concentration de crystal dans le sang peut être augmentée de 3 à 10 fois chez les personnes qui suivent des thérapies anti-VIH intégrant le Norvir, qu’on utilise très souvent avec les inhibiteurs de protéase comme le Kalétra, le Réyataz, le Prézista, l’Invirase et le Telzir.

• Le risque d’attraper ou de transmettre le VIH est augmenté de plus de 3 fois, surtout lorsque le crystal est consommé avec d’autres drogues.


Références : Rapport de recherche subséquent à l’enquête exploratoire sur les habitudes de
consommation d’alcool et de drogues chez les HARSAH de Montréal, Séro-Zéro, 2008; Update on Managing Methamphetamine Abuse in the Setting of Hiv Infection, Stephen Shoptow, CCOHIV2009;
Yves Lafontaine, Le crystal, une drogue qu’il vaut mieux ne pas essayer, Fugues, 07 / 2005;
Bal de Crystal, Séro-Zéro, 2005