Motos

La moto renouvelle sa clientèle

Michel Joanny-Furtin
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À l’occasion de la sortie du 15e Guide de la Moto, son auteur Bertrand Gahel fait avec nous le point sur l’avenir du deux-roues. Il en fait un portrait optimiste malgré la récession ambiante. «Ne nous le cachons pas, c’est une période difficile», reconnaît Bertrand Gahel, auteur depuis 15 ans du Guide de la Moto. « On n’a pas encore les chiffres parce qu’on commence la saison, mais tout le monde retient son souffle. La moto, en général, s’est toujours bien débrouillée pendant les récessions, et ce, malgré le fait qu’il s’agit d’un plaisir pur, ce qui joue contre elle durant ces périodes puisqu’il ne s’agit pas d’une obligation, d’un achat nécessaire. Mais la moto reste une formidable échappatoire, ce qui favorise les achats même pendant une crise économique. Bref, une passion est parfois plus forte que la récession! Le milieu avait déjà accusé un coup il y a trois ans », poursuit Bertrand. «Les ventes ont ralenti dès 2006 lors de l’annonce des augmentations futures de la SAAQ. Aujourd’hui, l’augmentation des coûts d’immatriculation n’aide en rien, surtout chez les motos sportives dont le coût des plaques, 1030$ en 2009, doit passer à 1400$ en 2010. Chez ceux qui préfèrent la moto sport, ça a refroidi beaucoup de monde. La vente des motos sport en a pris pour son rhume, d’autant plus que la loi était rétroactive. Le noyau dur des anciens motocyclistes a ressenti pas mal de colère et de frustration.»

Loin d’être la fin
«Mais ce n’est pas la fin de la moto, affirme t-il. Sociologiquement, on constate un cycle de trois ans chez les acheteurs pour qui la moto reste une activité de loisir. Au bout de cette période, l’acheteur délaisse la moto parce qu’il passe souvent à autre chose. Les nouveaux acheteurs sont donc peu sensibles aux prix. Ils intègrent la hausse dans le budget d’acquisition de la moto.» Les salons en février restent un peu un baromètre, et la fréquentation de cette année nous garantit que l’intérêt est toujours là. Les vendeurs des marques comme Harley-Davidson ou BMW n’ont pas trop d’inquiétude. Les autres détaillants comme Kawasaki, Suzuki et les autres constructeurs japonais, quant à eux, développent d’autres clientèles. «N’oublions pas que les baby-boomers vieillissent et lâchent peu à peu le guidon, remarque Bertrand. Il faut donc renouveler le public cible. Les manufacturiers s’intéressent de plus en plus aux jeunes en mettant l’accent sur des petites motos, faciles à manier, pas chères. Avec ces modèles moins extrêmes et plus accessibles, tout d’un coup on regarde vers l’avenir. Par ailleurs, les manufacturiers s’ouvrent à un nouveau marché longtemps négligé, les femmes, qui représentent 50% de la clientèle potentielle, insiste l’auteur. Un exemple de modèles qui illustrent ces évolutions, la Ninja 250cc : Elles ont toutes été vendues! Personne dans le milieu n’aurait gagé là-dessus. Et puis la Yamaha FZ6R, une 600cc pas extrême malgré un look très sportif, très accessible et hyper maniable.»


La Honda DN-01
«Presque un prototype, la Honda DN-01 (680cc) est la première vraie moto à transmission automatique. Au lieu de faire un modèle de production qui ne ressemblerait que peu à l’étude de style originale, Honda a choisi de la laisser dans son style prototype. Pour eux, c’est un pari : on l’essaye ainsi, on verra…»

La Yamaha VMAX, 1700cc
«La Yamaha VMAX, 1700cc, est une bête et une folie géniale! Un tel couple au démarrage qu’on enfume le pneu arrière à volonté. J’ai été impressionné. Longue, lourde, un vrai dragster, une muscle-bike. On est dans le fantasme… à 22 000$, mais elle vaut chaque sou. C’est le type même de moto faite pour l’image de marque du manufacturier, un halo modèle pour l’aura de Yamaha.»

La BMW F650GS
Dans un registre plus réaliste, accessible et qui traduit bien l’évolution de marché chez les manufacturiers, la BMW F650GS. Autrefois monocylindre à 11 000$, prix plutôt rébarbatif, BMW la détaille maintenant en modèle 800cc bicylindre et moins chère. «C’est une vraie moto double usage, une routière passe-partout, même dans les sentiers de graviers. Basse, légère, elle offre une conduite stable. Pas trop puissante, mais assez pour que n’importe qui puisse la conduire et la garder longtemps en ayant toujours le même plaisir de conduite.»


Du côté de Harley
«Chez Harley, la XR750 destinée pour la course a donné naissance à la XR1200 pour la route. Avec ce modèle, Harley essaie quelque chose de nouveau. Il s’éloigne du traditionnel style maison dans le but de maintenir le niveau des ventes. Après le ralentissement des dernières années de croissance, ils sont obligés de se risquer un peu.»

Les 15 ans d’un Guide
Dans le Guide de la Moto 2009, qui célèbre cette année sa 15e édition, la section Scooters est deux fois plus importante que l’année passée. «L’engouement ne cesse de croître et le marché se développe, mais certains joueurs sont peu fiables. On trouve des marques qui viennent de nulle part – des scooters sans nom! - qu’on baptise selon le goût de l’importateur/revendeur et sans aucune garantie pour le suivi des pièces et les réparations. Sans parler des prix artificiellement gonflés…» Bertrand Gahel ne mâche pas ses mots : «Comment fait le consommateur pour s’y retrouver? Certains revendeurs sont en train de transformer le scooter en produit de consommation jetable. Il faudra presque en acheter deux pour avoir des pièces de rechanges! Un de ces revendeurs de scooters vendait encore il y a peu de temps… des souliers!»
En conclusion, l’auteur du Guide conseille : «Restez vigilants et faites d’abord confiance aux manufacturiers classiques, qui ont pignon sur rue et dont la réputation n’est plus à faire.»
Le Guide de la Moto 2009, par Bertrand Gahel. Éditions Les Guides Motocyclistes. 382 pages.