La douce médecine de l’esthétique

Quand la médecine esthétique se fait moins invasive

Étienne Dutil
Commentaires
Il ne faut pas confondre médecin esthétique, chirurgien esthétique et chirurgien plasticien. Pourtant, tous travaillent sur le même concept, notre corps, sa beauté et comment on vit ça. Et on ne les a jamais autant sollicités… en demandant que ça ne fasse pas mal! Médecin en esthétique depuis près de 25 ans, le Dr Yves Hébert dirige le cabinet éponyme qu’il a racheté à son confrère le Dr Prescott il y a quatre ans et où travaillent une douzaine d’employés et plusieurs intervenants. Généraliste de formation, il pratique la médecine esthétique et fait peu de chirurgie esthétique. «Ces deux approches sont un peu aux antipodes, explique-t-il. La médecine esthétique se veut moins invasive. On utilisera principalement des injectables (Botox, remplissage, etc.) et le Laser (rajeunissement, raffermissement, remodelage), notamment pour le traitement des cicatrices d’acné et la correction des rides. Les nouvelles technologies se sont adaptées aux demandes de la clientèle souhaitant des traitements plus doux, plus discrets qui limitent voire évitent le retrait social.»

«La médecine esthétique propose des méthodes plus douces pour vieillir en beauté», précise le Dr Pierre Courchesne qui dirige le Centre de médecine et chirurgie esthétique (CMCE) à Longueuil (20 employés et médecins). «La chirurgie esthétique s’intéressera plus aux formes et nécessite une anesthésie partielle ou totale (liposuccion, greffe des cheveux, nez, seins ou lifting, etc.). La chirurgie plastique, quant à elle, vise l’amélioration de certaines structures du corps. On parlera parfois de chirurgie ‘‘reconstructive’’ (déformation du visage, chirurgie de la main, brûlures, malformation, etc.). »

Parallèlement à la chirurgie esthétique, la médecine esthétique a le vent en poupe. Sauf que, si «les techniques chirurgicales ont augmenté de 70% entre 2002 et 2007, les techniques non-chirurgicales ont progressée, elles, de 747%!» confirment les deux médecins. Quoi qu’il en soit, le milieu de l’esthétique a évolué vers une approche conjointe et complémentaire des soins et vise le moins d’inconfort possible.

«Il y a beaucoup de pression culturelle et l’objectif est souvent professionnel, ajoute le Dr Tea-noosh Zadeh de la clinique Vérité. Les hommes ne parlent pas ensemble de leurs désirs esthétiques, alors que de plus en plus d’hommes y ont recours et réclament de moins en moins des traitements chirurgicaux aux changements dramatiques.»

«La clientèle a évolué vers une nouvelle culture, remarque Dr Pierre Courchesne. On prend plus soin de soi. Les gens viennent consulter plus jeunes, pour se donner un rafraîchissement et de l’énergie. Parce qu’on ne revient jamais à l’état initial, ils choisissent une approche plus naturelle du vieillissement pour le prévenir, le ralentir en répétant le processus, afin d’être en harmonie physiquement et psychologiquement.»

Au rayon des nouveautés…
«Les progrès des dernières années ont principalement amélioré les techniques pour éliminer le tissu graisseux, confirme Dr Yves Hébert. Depuis 2007 au Canada, le procédé Ultra Shape offre
des résultats intéressants, surtout chez l’homme. Les ultra-sons détruisent la cellule graisseuse
et relâchent le contenu adipeux que le corps brûlera comme un carburant immédiatement disponible. Trois séances permettent de perdre de 4 à 6 centimètres de tour de taille. Mais il ne remplace pas la liposculpture. Ce sont deux méthodes complémentaires pour réduire le gras.»

«Une nouvelle génération de produits injectables de remplissage (Esthélis, Fortélis, Sculptra) donnent de beaux résultats en terme de longévité, poursuit le Dr Hébert. La souplesse d’utilisation de ces produits permet des interventions beaucoup plus superficielles. C’est aussi une nouvelle approche globale des soins du visage (crèmes, protections solaires, etc.). On voit plus le visage dans sa globalité. Plutôt que d’un traitement des rides, on parlera de restauration des vo-lumes en adoucissant les sillons.»

«On redonne une structure au visage qui atténue les rides», confirme le Dr Courchesne. Alliant cosmétique et pharmaceutique, le milieu parle désormais de «cosméceutique», pour maintenir beauté et fraîcheur, bref jeunesse de la peau.

En ce qui concerne les greffes capillaires, rien de bien nouveau, «mais les techniques se sont raffinées, affirme Dr Yves Hébert. La micro-transplantation transfère des unités folliculaires mises en place brin par brin, plus proche de la réalité esthétique du cuir chevelu. En respectant une distribution plus diffuse, plus naturelle des cheveux, on ne verra plus cette image tenace de cheveux de poupée. D’ailleurs, cette technologie permet même de corriger des transplantations anciennes».

Et le Botox dans tout ça ?
Si le produit n’a pas changé et reste le roi du marché esthétique, les professionnels suivent de nouvelles recommandations d’utilisation visant le rester naturel. «On peut atteindre une longévité identique des effets de 3 à 5 mois avec moins de produit», estime le Dr Hébert.

«Le visage garde ainsi un minimum de mobilité musculaire et donc d’expressivité», ajoute le
Dr Courchesne.

«Je n’utilise aucun injectable permanent ou longue durée, insiste Dr Yves Hébert. Et ce n’est pas par intérêt économique. Il y en a peu sur le marché, et ils ont parfois des effets secondaires difficilement correctibles. Ma philosophie, c’est de rafraîchir la patine du temps afin de vieillir harmonieusement.» Une philosophie partagée par Dr Pierre Courchesne qui ajoute qu’«en utilisant des produits résorbables par l’organisme, non seulement on réduit les risques, mais on adapte nos soins médicaux esthétiques à l’évolution physiologique du patient».
De plus, cette approche du milieu permet de mieux contrôler le marché et de s’adapter aux progrès de la recherche dans ce domaine. «Actuellement, il existe une vingtaine de produits injectables autorisés par Santé Canada, ajoute le Dr Hébert. Aux États-Unis, la FDA en accepte encore moins. Alors qu’on en recense près de 200 rien qu’en France!»

Question de culture : les Américains ne jurent que par le Botox préférablement aux injectables, alors qu’en Europe, c’est plutôt l’inverse. Au Canada, on serait à mi-chemin...

Esthétique et VIH
«Plutôt que lipodystrophie, je parlerais de lipoatrophie du visage, corrige le Dr Yves Hébert. Sculptra, un nouveau produit au Canada depuis deux ans, fait des merveilles. Ce n’est pas un comblant. Ce produit injectable permet de reconstituer graduellement les volumes du visage en stimulant la production de collagène qui épaissit la peau. Avec un traitement d’entretien, les effets sont relativement durables de deux à trois ans.» Le Dr Yves Hébert note que les cas de lipoatrophie sont moins sévères grâce au développement des nouvelles trithérapies et à un dépistage - et donc un traitement - plus rapide du VIH.

Et au rayon « Laser » ?
Là aussi, un nouveau credo prime. Fini le peeling profond, douloureux et long en convalescence. «Depuis deux ou trois ans, on pri-vilégie une approche fractionnelle du traitement réparti sur plusieurs séances au lieu d’une, explique le Dr Hébert. On utilise les mêmes lasers, mais point par point, afin de stimuler le collagène et la régénérescence de la peau détruite. La guérison est plus rapide, sur trois à cinq jours. Une technique idéale pour lisser la peau, corriger les rides, les cicatrices d’acné, etc.

Le corps devient un allié dans la restauration esthétique. Le Dr Courchesne pratique cette même approche avec une technologie utilisant les infrarouges et radiofréquences pour stimuler la production naturelle de collagène et d’élastine.

Une technologie… au poil!
Côté épilation, la nouvelle technologie de l’appareil «Soprano» permet de travailler selon de grandes surfaces de pilosité plutôt que point par point, poil par poil. «Le balayage en mouvement offre beaucoup moins d’inconfort pour le patient.» Attention, contrairement à ce qu’on cherche à nous faire croire, une épilation n’est jamais définitive. Soprano permet toutefois une réduction permanente de la pilosité.

«Pour tout traitement, je reste très conservateur», conclut Dr Yves Hébert. «Je préfère faire des essais et avancer pas à pas.» Une approche que partage le Dr Pierre Courchesne : «En jouant sur la combinaison des traitements, on respecte mieux les besoins généraux des patients.»

Médecine Esthétique Dr Yves Hébert. 1832, rue Sherbrooke Ouest, Montréal. (514) ou (1-800) 935-6616.

Centre de médecine et chirurgie esthétique, Dr Pierre Courchesne, 651, Adoncour, Longueuil. T. 450 677 5533.

Vérité Chirurgie Esthétique, Dr. Teanoosh Zadeh, 1, Westmount Square (Suite 1200), Montréal. Annexe : 1, Holiday Street (Suite 809), Pointe-Claire. T. 514-933-9131.