Du 13 janvier au 9 février 2009

Le désir de conquête

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En 1923, le romancier Louis Aragon publiait La femme française, des lettres d’une femme qui voulait avoir la même liberté que les hommes pour les conquérir amoureusement et sexuellement. Dans une mise en scène de Jean Asselin et Marie Lefebvre et d’après le texte de Louis Aragon, Louise Marleau sera cette femme française disant ces lettres et instaurant un dialogue avec un mime, Pau Bachero : un ballet de mots et de mouvements pour entrer dans l’univers d’une femme faisant fi des carcans de son époque. 1923, nous sommes au lendemain de la Première Guerre mondiale, où les femmes ont connu une émancipation sans précédent en raison de l’absence des hommes Dans la mouvance des premiers mouvements de femmes qui sont nés avant la guerre (les suffragettes), les femmes découvrent la liberté, l’autonomie et l’indépendance parfois par nécessité de survie. La remise en question de leur condition ne s’arrête pas seulement à la maîtrise de leur destin économique et social mais dans le pouvoir qu’elles peuvent se réapproprier dans la conquête amoureuse et sexuelle. Elles découvrent que l’on peut intervertir les rôles, devenir chasseresses, et multiplier les proies. La femme française s’approprie un discours et des attitudes traditionnellement réservés aux hommes et en jouant leur jeu, démonte la mécanique de la séduction, instrumentalise l’homme, le piège à ses propres règles et, en l’asservissant à la passion, se libère. Louise Marleau interprète cette femme qui, à sa façon, nous donne sa propre version des Liaisons dangereuses du vingtième siècle. De son côté, Pau Bachero sera cet homme privé de parole pour un curieux et savoureux dialogue de mots et de silence, de regards et de gestes, puisque tous les sens sont mis à contribution dans le périlleux jeu de l’amour et du hasard. À la femme, les mots; à l’homme, le corps, l’exploration de la psyché humaine, de ses désirs, de ses peurs, de son envie de l’autre, brisant les frontières de nos perceptions souvent figées que les hommes et les femme sont si différents dans la quête de l’amour et dans la quête du sexe. Presque un siècle sépare le texte d’Aragon et l’interprétation qu’en font Jean Asselin et Marie Lefebvre, mais les questions restent les mêmes aussi bien pour les femmes que pour les hommes qu’elles passent par les mots ou par la représentation corporelle.

La femme française et les étoiles. Production Omnibus le Corps du Théâtre.
Espace Libre. Du 13 janvier au 9 février 2009 Tél : 514-521-4191