Camille avec 2 L

Les vestiges d’un rêve

Julie Beauchamp
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Catherine est revenue, je me réveille à ses côtés depuis un mois, on ne se lâche plus, comme deux escargots collés dans la même coquille. Je surfe sur le bonheur, je lévite dans l’espace, je voyage dans une contrée sauva­ge où je vis d’amour et presque d’eau fraîche! Je ne me souvenais plus de cet état d’esprit où tout nous paraît magique, jubilatoire et réjouissant; j’en profite et m’y perds volontairement. Catherine s’exclame presque tous les matins qu’elle a retrouvé ses deux amours, sa ville et moi! Je bascule entre ses bras et je suis en retard à presque tous mes rendez-vous! Pour bien aimer, il faudrait pouvoir s’y consacrer à temps plein… Vendredi soir, Éloi nous harcèle pour aller prendre une bière « Hey, les lesbiennes! Ça suffit la retraite fermée, il faudrait amarrer le Love Boat et revenir sur la terre! Une virée dans le monde vous ferait le plus grand bien! » Catherine me glisse à l’oreille : « Pourquoi pas? » Nous décidons d’aller faire un 7 à 9 au Drug. En poussant la porte du bar, je me souviens de ma première soirée ici avec Éloi à mon arrivée à Montréal, je remonte dans le temps. J’étais dans un état proche de la dépression, je me sentais mal dans ma peau, dans mon cœur; j’étais une étrangère qui avait perdu tous ses repères, et voilà qu’aujourd’hui, tout s’est évanoui, je resplendis de bonheur, j’ai un sourire béat qui se reflète dans les yeux amoureux de Catherine. On retrouve Sandra et quelques filles du cosom, elles sont toutes heureuses de nous revoir, j’abandonne momentanément ma douce pour aller fumer avec Éloi. « T’es heureuse, ma Camillou! T’as l’air survoltée! » J’éclate de rire. «Oui! C’est un tourbillon fabuleux et je ne veux pas en sortir!» Nous continuons à discuter sur les méandres de l’amour quand j’entrevois passer M-H T. «Regarde là-bas, c’est ma prof!» Éloi cherche «Celle avec le manteau vert?» «Oui, c’est bien elle!» «Elle ressemble à Sarah McLachlan! On va la voir!» J’accepte, mais je sermonne d’avance Éloi, pas de conneries où d’allusions déplacées. «Voyons! Tu me prends pour qui?» Nous nous faufilons entre les gens, l’endroit est plein à craquer, ça me fait bizarre de la croiser ici, comme si elle n’était plus ma prof, mais une fille gaie comme les autres. Elle me voit la première. «Camille!» Après les présentations d’usage, Éloi s’en retourne rejoindre notre groupe. «Alors, c’est lui ton meilleur ami, très beau gars, vous êtes avec qui?» «Avec ma copine et des amies, au 2e…» J’hésite avant de lui retourner la question : «Et toi, tu es avec…quelqu’un?» Elle me répond qu’elle est venue retrouver un couple d’amies. «Tiens justement, les voilà!» Nous nous présentons, et je les laisse. Je ne saurai pas si elle est avec quelqu’un ou non, elle n’a pas répondu directement. Je remonte les marches lentement en me disant que cet automne est rempli de surprises: le retour de ma blonde, la rencontre de M-H, mon contrat de recherche qui va m’ouvrir d’autres horizons, je rêvasse quand je fonce dans une fille : «Oups. Désolée!» Sa blonde se retourne. Ho! Non! Marianne! Nous nous saluons d’un hochement de tête poli. J’avais oublié, ici on peut aussi tomber sur ses ex! Je rejoins Éloi et Catherine, celle-ci me regarde avec un air coquin : «Tu n’m’avais pas dit que ta prof était aussi belle!» «Franchement Catherine!» En pointant Éloi, je continue : «Tu sais bien qu’il exagère! » Et je l’embrasse affectueusement. Ron arrive. «Enfin! Mon chéri, j’en peux plus d’être avec les deux tourterelles droguées à la dopamine! » Nous buvons, rions, tout me semble si parfait comme si rien ne pouvait altérer mon état d’euphorie. Nous partons vers les 23h j’arrête au 1er étage et je cherche M-H, elle est partie. Les gars filent vers le Sky et nous rentrons sagement chez Catherine. Nous nous couchons en nous embrassant, je m’endors paisiblement dans ses bras, au tempo de son souffle dans mon cou.
Neuf heures le matin, je me réveille en sursaut! Je me retourne, Cathe-rine dort profondément. Je prends une grande respiration, tout ça n’était qu’un rêve, mais… qu’est-ce qui est arrivé? Comment ai-je pu? Je me revois encore en train de… Je me lève et vais me mettre de l’eau dans la figure. Rien n’a bougé ici, je m’assois, le temps de revenir à la réalité, je retourne au lit, je me colle contre ma blonde. Pourquoi ce rêve? Pourquoi M-H? Je dois me calmer, ceci ne veut rien dire! J’essaie de me rendormir, Catherine me prend la main. «Ça va, ma belle?» «Oui, oui, un mauvais rêve! S’cuse-moi, j’t’ai réveillée.» «Tu veux m’en parler?» «Non… non, tout va bien…» «Tu es bien chez moi? » « Oui, je suis bien chez toi, pourquoi? » Elle s’assoit dans le lit face à moi : «Camille, j’ai pensé à quelque chose…» Je l’interromps : «Tu veux me parler maintenan. Tu veux pas te recoucher, il est tôt!» Elle fait signe que non, elle semble un peu nerveuse et elle est bien réveillée et moi aussi, je lui souris « Vas-y, je t’écoute.» Elle m’explique que ce n’est pas pour maintenant mais qu’elle y pense, qu’elle voulait avoir mon opinion sur le sujet. Je la vois tourner en rond, ne sachant pas comment m’exprimer sa pensée. «Mon amour, peux-tu être plus précise, j’essaie de deviner mais, il y a beaucoup de possibilités…» Elle reprend «J’ai-merais peut-être, éventuellement, qu’on… s’installe ensemble… je sais que c’est tôt dans la relation, mais je voulais t’en faire part, je t’aime et j’me vois avec toi… assez pour passer à une autre étape.» Je la prends dans mes bras… « Viens, on va se faire du café…» Elle se lève. Moi aussi, je l’aime et j’ai envie d’être avec elle… Pourquoi ce foutu rêve?

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