Warhol Live

La musique et Warhol

Jérôme Bastien
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Pour la première fois, le rôle fondamental de la musique dans l’œuvre de Andy Warhol sera mis en lumière avec Warhol Live, présentée au Musée des beaux-arts de Montréal à partir du 25 septembre 2008. Cette exposition inédite proposera une lecture chronolo­gique et thématique, séquence par séquence, allant de la musique de film que Warhol découvre dans sa jeunesse jusqu'à la scène disco du Studio 54. Elle mettra en relation, autour de ce thème central, des œuvres majeures et emblématiques de l'artiste (Elvis, Marilyn, Liz Taylor, Grace Jones, Mick Jagger, des autoportraits, les Campbell's Soup Cans…) et d'autres moins connues (pochettes de disques, illustrations, photos, polaroïds…), réalisées en résonance avec la musique et la danse. S’y ajouteront certains films de l'artiste, tels que Sleep et Empire, ou encore les Screen Tests des musiciens du Velvet Underground (Nico, Lou Reed, John Cale, Sterling Morrison et Maureen Tucker), les émissions Andy Warhol's TV, ainsi que la musique et les enregistrements sonores, révélateurs sensibles de l'énergie créatrice et des correspondances qui sous-tendent l'œuvre de Warhol. La musique nous accompagnera dans toutes les salles. Le son interviendra comme élément narratif essentiel tout au long du parcours de l’exposition, définissant le climat musical de chaque séquence de cette présentation.
L’exposition organisée par le Musée des beaux-arts de Montréal, en partenariat avec le Andy Warhol Museum de Pittsburgh, réunira plus d’une centaine de peintures et de sérigraphies, autant de photographies, 80 œuvres sur papier (dessins, affiches, magazines), 60 pochettes de disques, quelques compositions en trois dimensions, 2 installations et 6 unités de projection de films et de vi­déos, ainsi qu’un nombre important d’objets et de docu­- ments tirés des archives personnelles de l’artiste. Ces œuvres proviennent du Andy Warhol Museum de Pittsburgh, ainsi que d’importantes collections publi­ques et privées européennes et nord-américaines, dont une collection montréalaise (celle du collectionneur Paul Maré­chal) comprenant l’en­semble des po­- chettes de disques réalisées par Warhol.
Si l'intérêt d'Andy Warhol pour la musique ne transparaît que de façon extrêmement anecdotique et laconique dans les pages de son Journal et lors de ses nombreuses entrevues, la permanence de la musique et de sa représentation dans son œuvre est remarquable et prépondé­rante. Elle en est même la composante invisible mais essentielle.
Du dessin réalisé en 1948 pour la couverture de Cano – la re-vue des étudiants du Carnegie Institute of Technology, et qui représente un orchestre dans le style dit «tamponné» – aux portraits mondains de Mick Jagger, Liza Minnelli ou Prince, Andy Warhol aura tout au long de sa carrière réalisé des dizaines de portraits des grandes icônes de la musique populaire du XXe siècle, d'Elvis aux Rolling Stones, des Beatles à Michael Jackson. Depuis son arrivée à New York, en 1949, jusqu'à 1987, la toute dernière année de sa vie, il aura aussi illustré une cinquantaine de pochettes de disques, allant du Lac des Cygnes de Tchaïkovski à Aretha Franklin en passant notamment par Count Basie, Artie Shaw, The Velvet Underground, les Rolling Stones, Diana Ross, Blondie... Témoin des commandes et des affinités changeantes de Warhol, le fil de cette iconographie se lit comme une histoire du goût musical de la société américaine d'après-guerre, allant du classique au jazz, puis au rock, à la pop et à la soul ainsi qu'au disco et au hip-hop.
Or la présence de la musique dans l'œuvre de Warhol va bien au-delà de la simple iconographie. Warhol sera l'orchestrateur de toutes les fêtes de demain (All Tomorrow's Parties) à la Silver Factory, procurant une scène idéale et éphémère à Edie Sedgwick, sa muse mouvante et son premier alter ego ; il sera producteur du groupe The Velvet Underground ; il prêtera son concours artistique à la chorégraphie Rain Forest de Merce Cunningham ; il fera du Studio 54 le prolongement de son atelier. Sur la musique, cet art invisible qui anime les corps et situe les êtres dans l'espace et dans leur temps, il imaginera l'œuvre d'art totale que fut Exploding Plastic Inevitable. Il s'imaginera lui-même en Sculpture invisible. Il intégrera la musique à ses films, il filmera les concerts. Il réalisera des vidéoclips, rencontrera des musiciens, notamment pour Interview, la revue qu'il fonde en 1969. Et surtout, par ce jeu de miroir et d'osmose qu'il a projeté sur ses contemporains, il deviendra lui-même une rockstar, à l'égal de Mick Jagger ou de Debbie Harry, sa dernière égérie.
Réalisée par Guillaume de Fontenay, la scénographie de l’exposition évoquera certains temps forts de cette relation entre l'art et la musique par le biais de reconstitutions qui permettront de découvrir au plus près l'uni­vers de la Silver Factory, mise en scène par le photographe Billy Name; le spectacle multimédia Exploding Plastic Inevitable sur la musique du Velvet Underground; les Silver Clouds réalisés pour la chorégraphie Rain Forest de Merce Cunningham sur la musique de David Tudor; ainsi que l'ambiance musicale du Studio 54, véritable prolongement de l'atelier de Warhol des années 1970 jusqu’à la fin de sa vie.

Du 25 septembre 2008 au 18 janvier 2009 . Musée des beaux arts de Montréal, Pavillon Jean-Noël Desmarais.