Camille avec 2 L

Partis dans la grosse pomme

Julie Beauchamp
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Je ferme la porte d’entrée, vérifie bien la poignée, ça y est, nous décollons pour New York, ça y est, je pars retrouver Catherine! Ron démarre l’auto et voilà, 15 minutes plus tard, nous filons déjà sur l’autoroute 10. Les cheveux au vent dans la Beetle rouge décapotable en écoutant Bananarama nous chanter « It’s a cruel, cruel summer, leaving me here on my own... » Et je ne peux m’empêcher de penser à ces paroles, à m’approprier leur complainte, leur tristesse mais mon état d’égarement ne dure que l’espace de quelques secondes. Éloi, un foulard sur la tête à la Grace Kelly se déhanche sur son banc, les bras dans les airs, on se croirait dans un mix de Thelma & Louise et Priscilla, Queen of the Desert! On fait un tabac sur l’autoroute et je n’ai nulle part où me cacher! Très vite, nous arrivons aux douanes. Une demi-heure d’attente plus tard, le plus pétard des douaniers vient se planter devant nous, début trentai-ne, les yeux bleu acier, la mâchoire carrée, monté comme un joueur de football, les épaules aussi larges qu’un porte-avion, les biceps pétants dans sa chemise bien ajustée, la voix grave demandant poliment nos passeports. Ron et Éloi sont plus qu’émus, ils bavent littéralement devant l’apollon américain qui représente l’autorité et tous les fantasmes qui viennent avec. Lorsque nous avons l’autorisation de continuer, une seule question nous vient en tête, gai ou straight? Éloi ne peut s’empêcher de s’extasier sur la brûlante virilité d’un gars en uniforme «Fuck, qu’il était hot! » De là, s’ensuit une longue conversation sur leurs trips d’uniforme, Ron étant beaucoup plus fasciné par les pompiers, ils repassent Village People au complet! « Toi, Camille, les uniformes, ça te fait tripper? » Éloi intervient « Come on Ron, les lesbiennes, ça trippe pas sur ça, c’est ben trop superficiel! » Je soupire en arrière en ignorant toutes les conneries pouvant sortir de la bouche d’Éloi. Je demande à Ron d’accélérer : si on peut faire le trajet en cinq heures au lieu de sept, je serai aux anges! Au bout d’une heure d’une course folle, nous entendons le cri strident d’une sirène qui ne provient certainement pas de la radio! « Shit, it’s for us! » Oh! Non! La police nous demande de nous coller sur le côté. On voit se présenter une policière. Elle nous dévisage avec un air sérieux, demande les papiers et se met à discuter avec Ron. Au bout de 5 minutes, elle sourit, nous parle de New York et me regarde avec intérêt; je lui renvoie son sourire, on ne sait jamais. Malgré mes tentatives de cruise, elle nous donne sa contravention en nous souhaitant un bon week-end. Éloi me regarde : «Ouais, cute la policière! Elle aurait pu laisser faire le ticket en échange de ton numéro de téléphone!» Je lui souris avec complicité. Nous repartons et nous nous entendons sur une chose: sans aucun doute, elle joue dans notre équipe ou du moins sur le même terrain de jeu. Nous arrivons finalement à NYC avec un peu d’avance. C’est le bordel partout, on est bloqué, mais je jubile à l’idée d’être enfin ici. À l’idée de revoir Catherine, mes appréhensions se dissipent entre les klaxons des taxis et la vue de la ville qui s’ouvre à moi. Une heure plus tard, nous débarquons à l’hôtel. C’est modeste mais hyper bien situé. Je me questionne : «Est-ce que j’appelle Catherine ou non pour lui dire que je suis déjà arrivée? Elle travaille, de toute façon. Qu’est-ce que je fais…? Je rejoins les gars dans le lobby, nous partons direction Battery Park, voir le bout de l’île et nous prosterner devant la Statue de la Liberté! Nous marchons, rions, mais je n’ai qu’une idée en tête?: rejoindre Catherine le plus tôt possible, et ça paraît! «On y va bientôt, voir ta blonde!» Ron enligne Éloi de travers : « Éloi, mets-toi à sa place.?She can’t wait to see her, remember your first time in Toronto, you’ve waited like one hour in front of my door! » Je tiens fébrilement dans ma main l’adresse du resto; un mélange d’anticipation, d’excitation et de frénésie me ga-gnent. Nous entrons au resto. C’est grand, bien éclairée, une ambiance cozy émane de l’endroit habité par une musique lounge. Éloi s’excla­me en attrapant ma main: «C’est hyper cool ici! Imagine : tu couches avec la chef!» Je le regarde en le traitant de con, comme d’habitude. Nous nous présentons à un serveur et demandons pour Catherine. Il part la chercher; on le voit se faufiler entre les tables vers le fond du resto; elle est là, debout, en train de discuter. Mon cœur fond de la voir si belle.?Elle se tourne vers l’avant et là… Je sens que je chancelle… entre la surprise de Cathe­- rine qui accourt à notre rencontre et… la cliente avec qui elle discutait… que je reconnais! Je manque de perdre pied et accroche un serveur qui voit sa soupe se répandre sur le mur blanc immaculé, j’aurais voulu faire une scène, je n’aurais pas fait mieux! Éloi me rattrape au passage : «Qu’est-ce qui se passe, es-tu correcte?» Je lui murmure à l’oreille : «La fille à la table qui était avec Catherine! C’est elle, c’est Laura de Facebook! » Catherine arrive au même moment «Mais… mais, Camille, j’suis tellement contente de te voir, je ne t’attendais pas maintenant, t’es vrai­- ment en avance!» Je la dévisage les yeux dans la brume : «Un peu, oui… et j’ai la drôle impression de te déranger...» Catherine feint de ne rien comprendre et moi, j’ai n’ai plus envie de mentir, une seule question me vient à l’esprit : «Qui est Laura?»
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