Camille avec 2 L

Vérité et... conséquences

Julie Beauchamp
Commentaires
«Camille, téléphone!» J’accours, ça doit être Catherine, je vais enfin en savoir plus sur la mystérieuse Laura, ça fait trois jours que je ne pense qu’à ça! Éloi en bloquant le combiné me dit : «C’est Carrie Bradshaw!» Je regarde Éloi en levant les yeux au ciel et prends le téléphone en marchant vers ma chambre. Jouant à la fille relax, je l’écoute me parler de sa première journée au resto, des gens qu’elle a rencontrés, du serveur gai qui va l’emmener découvrir le nithtlife Newyorkais, etc... Je lui raconte que Ron s’est finalement loué un appartement à la grande satisfaction d’Éloi, et qu’ils sont en grande discussion sur leur destination voyage et qu’ils ne s’entendent pas du tout : la joie quoi! Je l’entends rire, elle semble si heureuse à l’autre bout du fil et je ne peux m’empêcher de penser au fameux message de cette Laura et je n’ose pas aborder le sujet, j’angoisse littéralement. «Oui, oui, mais au fait, je n’t’ai pas demandé…connais-tu des gens à New York? Je sais que tu as des amies en Europe, mais là-bas?» «Ici! Mais non! J’connais personne, j’t’en aurais parlé, mais avec le travail, j’aurai pas la vie sociale du siècle et c’est bien comme ça, tout le temps libre que j’vais avoir, j’le garde pour nous deux.» Je suis sous le choc. Elle me ment… gentiment, sans hésitation, en me parlant d’amour, j’comprends pas! Comment peut-elle me dire ça? J’ai juste envie de cracher le morceau, c’est qui Laura? «Camille, t’es toujours là?» «Heu, oui, je… moi aussi, j’ai hâte de te revoir.» «T’es bizarre…» «Non pas du tout, un peu fatiguée. Je te réécris demain. Tu me raconteras ta soirée! J’t’embrasse.» «Moi aussi mon amour, et je vais penser à toi.» J’peux pas croire que Cathe­-ri­ne me leurre comme ça! Qu’est-ce qu’elle fait des : nous c’est différent, on se fait confiance, on s’aime, etc… et c’est qui cette fille qui n’existe que dans ma tête et sur message texte! Je sors de ma chambre rouge de colère la tête dévorée par mille questions plus troublantes les unes que les autres. Les gars me regardent l’air surpris : « Est-ce que tout va bien? » «Non, ça va pas du tout, j’sais plus quoi penser! » Éloi s’approche : «Mais Camille, de quoi? » Je reprends tout depuis le début; le départ de Catherine, le cellulaire oublié, le message de cette fille et ma dernière conversation. Ron me dit : « Mais attends avant de t’énerver comme ça. She must have a reason for not talking to you about her. » Éloi intervient : «Voyons Camille, penses-tu que Ron me parle de tous les gars qu’il a rencontrés à Toronto!» «I didn’t meet that much people, Eloi. Did you? » Un léger malaise s’installe et Éloi feint l’innocence : «Ben non, pas tant! » et change de sujet aussitôt. «Pourquoi tu lui as pas dit que t’avais vu le message?» «J’ai pas osé, j’me sentais hyper mal et j’pensais qu’elle m’en parlerait d’elle-même. Si j’lui demande, j’vais passer pour la fille hyper contrôlante un peu fêlée qui fouille dans le cellulaire de sa blonde, allô!» «What do you know about this…Laura? » «Rien, absolument rien!» «C’est peut-être juste une amie qui était là pour 2 jours.» «Pourquoi elle n’a rien dit si c’est juste une amie?» Éloi reste silencieux, Ron reprend : «Did you check on Facebook?» Facebook! J’explique à Ron que je ne suis pas sur ce truc, ça ne m’intéresse pas. «Mais tu sais que ta blonde y est? We’re friends on it! » Sans se dire un mot, on fonce tous les trois dans la chambre d’Éloi comme trois écureuils shootés aux stéroïdes. Ron s’installe à l’ordi et après 4 clics, nous sommes déjà sur le profil de Catherine. «Elle a beaucoup d’amis, ta blonde! » Oui, en effet, je suis assez intriguée, nous regardons le profil de Catherine, elle a des dizaines de messages de gens dont je ne connais même pas l’existence! «Mais c’est quoi ces messages? » «Ho! This is the wall, tout le monde peut écrire là-dessus! It’s nothing! It’s not really personal! » On se met à éplucher la liste des amis, on y retrouve une Laura, la seule des 163 amis. J’ai un peu les mains qui tremblent, je me sens comme une voyeuse névrosée qui n’a pas de vie. Ron clique sur la Laura en question, je me sens de plus en plus mal : «Well, for sure, she’s interested in women, single…» «Et super belle!» Cette fille est un véritable pétard de magazine. On fait le tour du profil, 292 amis! On tombe sur les albums photos dont celui inti­- tulé : Québec 2004. Éloi s’exclame comme si tout était clair : «Elle est venue ici en tout cas, ça explique tout! » Ron clique sur les photos et là apparaît devant mes yeux Catherine dans les bras de Laura, il y en a 5 au total où on les voit se serrer, se regarder, se tirer la langue, poser. Chaque photo porte à interprétation : était-elle son amie, son amante ou sa blonde? Je suis muette, si les messages sur le wall ne veulent rien dire, un texto, c’est plutôt personnel. «Camillou, ça n’veut rien dire, ces photos datent de 4 ans, arrête d’avoir cet air de femme trompée.» «Éloi’s right, tout est juste une mésentente. Catherine t’aime.» «Oui, mais la Laura travaille et vit à New York! Pour la mésentente, on repassera, ça ressemble drôlement à de l’omission volontaire! » Ron prend Éloi dans ses bras : «Pour le début de nos vacances, qu’est-ce que tu dirais d’un road-trip ce week-end? On pourrait partir demain très tôt!» Éloi embrasse son chum : «Quelle bonne idée, I love New York! » Il se retourne vers moi : «Tu viens avec nous? ».
[email protected]