Camille avec 2 L

Incandescence, vous dites ?

Julie Beauchamp
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La vie est quand même bien faite parfois: moi qui pensais ne pas la revoir avant deux semaines, et là, elle s’en vient! Elle va arriver dans quelques minutes, elle a changé d’avis peut-être, je ne veux pas me faire trop d’attentes, j’ai juste envie d’être avec elle, c’est tout ce qui compte! Je me prépare à toute vitesse, je n’arrive pas à rester en place, je suis gagnée par un sentiment d’euphorie, mais je dois contenir cette joie au cas où… Ça sonne! s à la porte et je tourne la poignée lentement pour atténuer mon désir de lui sauter dans les bras. Catherine est là, ses bagages à ses pieds, son sourire incroyable et les yeux fatigués d’une fille qui n’a pas beaucoup dormi. Je la contemple, un peu émerveillée. «Salut! Rentre!» Elle me prend le bras, m’attire tout contre elle et m’enlace : «Catherine, je suis…» «Ne dis rien, on a tout le reste de la journée pour parler.» Je me tais et m’enivre de son odeur, de sa peau, je lui mords les lèvres et le cou doucement, je sens son souffle s’épandre dans ma nuque comme le vent doux de juillet, nos caresses deviennent plus intenses, plus précises, quand j’entends des pas dans l’escalier, nous nous regardons en riant. «On ferait mieux de...» «Oui…» Ouf! Nous rentrons dans l’appartement, Catherine pose ses affaires, je vais l’embrasser, je ne veux pas perdre une minute de cette journée. Le soleil se glisse dans la pièce comme si le bonheur lui appartenait, tout me semble si éblouissant, il y a de ces heures que l’on grave à l’encre rouge au fin fond de notre mémoire, naturellement. Je sors de mon état contemplatif et passe à la cuisine. «Veux-tu un café?» «Oui! J’suis tellement fatiguée.» «Étends-toi sur le divan, relaxe un peu» «Éloi n’est pas là?» «Non, il n’est pas rentré, il en profite: Ron arrive la semaine prochaine, il va devoir oublier ses activités nocturnes!» «Et toi, pendant mon absence, qu’est-ce que tu vas faire de tes activi-tés… nocturnes?» Je suis surprise de la question, je me pointe aussitôt dans le salon, interrogative : «Qu’est-ce que tu veux dire? » Catherine hésite. «En fait, j’me demandais comment tu voyais ça maintenant, j’veux dire avec tout ce qui s’est passé hier, ta réaction, ma réaction.» «Attends une minute, on va commencer par le début, ton vol a été décalé? » Catherine m’explique qu’il y a eu des problèmes avec son billet, qu’elle a eu l’appel dans le taxi en se rendant à l’aéroport, que c’était la meilleure nouvelle qu’on pouvait lui annoncer puisqu’elle voulait annuler son départ, qu’elle a regardé son plafond toute la nuit, qu’elle voulait m’appeler, venir me rejoindre. Elle ne savait plus quoi faire, elle m’en voulait et elle désirait mettre une barrière physique entre nous deux, en ne me voyant pas; le départ lui paraissait moins douloureux, et deux semaines, c’était assez pour oublier le dossier Marianne. Je la regarde étonnée. «Mais, Catherine, j’ai attendu ton appel aussi, j’ai pensé à toi, j’ai même cru que c’était peut-être terminé? Tu aurais dû me téléphoner ou m’écrire!» «Je sais, je sais tout ça, j’me sens dépassée un peu, je pars pour New York, je reviens dans deux semaines, je reste trois jours et ensuite je m’y installe pour six mois, la réalité m’a rattrapée cette nuit, j’ai eu peur!» Je m’installe à ses côtés et la serre très fort. «Peur de quoi?» «Peur de cette séparation, de vivre une relation à distance, de pas réussir là-bas…» «Mais on est ensemble maintenant, je t’aime, et tellement fort!» Catherine se penche, se couche la tête sur mes genoux, je lui caresse les cheveux et elle dit : «Tu crois que ça peut marcher…» «Catherine, c’est sûr que ça peut marcher, comme tu me disais, New York, c’est pas si loin, on va s’orga­-niser, on va s’appeler, s’écrire, je vais aller te voir!» Catherine se relève, pose ses mains autour de mon cou, plante ses yeux dans les miens. «Camille, j’veux y croire…» «Mais Catherine, c’est toi qui, il n’y a pas si longtemps, me parlais de tout ça, n’oublie pas, tu me parlais de Central Parc, de Soho, tu me disais que tout était possible!» « Oui, et j’y croyais que tout était possible, c’est juste que l’absence et la distance me font réaliser que ce ne sera pas facile.» «Mais qui te dis que ce sera facile, il ne tient qu’à nous pour que la distance nous rapproche; tu m’aimes, non?» «Oui, Camille, je t’aime!» Nous passons le reste de la journée à nous aimer tendrement et passionnément, le temps file et déjà Catherine doit partir prendre son avion. Nous pleurons sur le seuil de la porte, elle part sans se retourner, je ferme la porte, vidée mais heu-reuse. Je me couche dans mon lit en rêvant à elle, je repense à notre journée et j’ai le cœur qui bat entre la peine et la chamade. J’entends soudainement une vibration sur la table du salon, c’est le cellulaire de Catherine! Un message texte vient d’arriver. Je saisis le téléphone et mes mains deviennent moites en un instant. J`hésite une seconde mais ne peux m`empêcher de l’ouvrir peut-être est-ce important. Ma gorge se noue à sa lecture : I can`t wait to see you. Reach me out as soon as you are in NYC. Le message est signé : Laura. J’ai un instant de panique, qui est cette Laura ? Au même moment, le téléphone sonne. Je réponds, c’est Catherine : «J’ai oublié mon cell?» Hésitante, je réponds : «Oui, je sais.» « Peux-tu me l’envoyer par courrier express à l’adresse que je t’ai laissée?» «Oui, je m’en occupe.» «Camille, je t’appelle dès que j’arrive là-bas, je t’embrasse très fort!» Je raccroche un peu perplexe.
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