Deux pas devant, un pas en arrière

Gilles Marchildon
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Lénine, en faisant le bilan du congrès de 1904 de la social-démocratie russe, disait des résultats qu'ils représentaient un pas en avant, deux pas en arrière.De mon point de vue, en dressant le bilan de la situation des personnes GLBT en 2008, on pourrait plutôt dire deux pas en avant, un pas en arrière. Et quels sont-ils, ces pas? L'un des pas décisifs est le droit égal au mariage. Que l'on soit favorable ou non à l'idée, on ne peut nier le fait que la reconnaissance de ce droit vient donner une légitimité sans précédent aux personnes homosexuelles, sans oublier que le mariage protège davantage le conjoint financièrement dépendant ainsi que les enfants.
Le mois de juin nous donne plein d'anniversaires pour nous rappeler ce pas de géant du mariage :
- Le 1er juin 2003, la Belgique devenait le deuxième pays au monde, après les Pays-Bas, à rendre légal le mariage entre conjoints de même sexe.
- Au Canada, la Cour d'appel de l'Ontario déclarait, le 10 juin 2003, qu'il était inconstitutionnel d'empêcher les conjoints de même sexe de s'épouser civilement. De plus, la cour ne voyait aucune raison de retarder la mise en oeuvre de cette décision et, le jour même, des conjoints de même sexe s'épousèrent légalement. Le Canada devint donc le troisième pays au monde où les conjoints de même sexe pouvaient se marier, du moins, en Ontario. La Colombie-Britannique suivit en juillet et le Québec, en mars 2004.
- En parlant du Québec, rappelons que c'était en juin 2002, le jour de la Fête nationale, que le projet de loi 84 sur les unions civiles entrait en vigueur. Ce fut un pas de géant pour reconnaître la réalité des conjoints homosexuels et des familles homoparentales.
- C'est également en juin que la Cour du Nouveau-Brunswick rendit sa décision pour reconnaître la légalité du mariage entre conjoints de même sexe. La décision, rendue le 23 juin 2005, tombait au beau milieu du débat houleux se déroulant à Ottawa.
- Le 28 juin 2005, les députés de la Chambre des communes adoptèrent le projet de loi C-38 par une majorité de 158 votes en faveur contre 133. (Ironie de l'histoire, c'était la veille du 25e anniversaire des émeutes de Stonewall à New York.)
L'autre pas en avant, c'est l'évolution des mentalités à l'égard de l'homosexualité. Le président de la firme de sondage canadienne Enviro-nics, Michael Adams, a récemment souligné à quel point les mentalités ont évolué de façon positive. Il a indiqué, dans un article publié dans The Globe and Mail, qu'au cours des deux dernières décennies (depuis qu'Environics a commencé à sonder l'opinion des gens sur l'homo-
sexualité et les droits à l'égalité), on note une forte augmentation de l’opinion favorable des Canadiens.
En 1987, près du tiers des personnes intérogées indiquaient qu'on devait porter attention à l'orientation sexuelle d'un candidat pour un poste. Cette acceptation de la discrimination reflétait le fait que seulement 10% des Canadiens approuvaient l'homosexualité tandis que 55% s'y opposaient et que 34% se décla­raient neutres.
Les mentalités, bien heureusement, ont évolué de façon positive. En 2004, le taux d'appui des Canadiens envers l'homosexualité se situe à 48% - presque cinq fois le niveau d'appui observé en 1987. Le taux de désapprobation a baissé à 36%, tandis que seulement 14% des gens demeurent neutres à l'égard de l'homosexualité.
Quant au droit égal au mariage pour les couples du même sexe, le taux d'appui continue à grimper avec le temps et récolte la faveur des trois quarts des personnes.
Alors, compte tenu de ces deux grands pas devant, peut-on trouver un pas en arrière?
Malheureusement, oui. Au fait, on pourrait identifier plusieurs petits pas, mais ensemble, ils forment celui qu'on pourrait identifier par le nom « violence».
Plus tôt cette année, Statistique Canada rendait publique l’analyse de son dernier grand sondage social portant sur la violence pratiquée contre les membres de notre communauté.
Les personnes GLBT ont rapporté, en 2004, plus d'événements violents que les hétérosexuels. Voies de fait, vols et agressions sexuelles font partie de ces incidents.
De plus, si on est gai ou lesbienne, on court deux fois plus de risque d'être victime de violence, comparé aux hétérosexuels. Pour les personnes bisexuelles, le risque est encore plus élevé, soit de 4,5 fois plus. Avec l'arrivée de l'été, les risques de violence dans les parcs augmentent.
Ce pas en arrière, nous fait subir un recul par rapport à nos succès. Par contre, au total, nous cons­tatons qu'on fait quand même un pas en avant.

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