Camille avec 2 L

Ça finit comme ça?

Julie Beauchamp
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Je cours après les minutes qui me séparent de Catherine, je cours sans entendre les cris de la Sainte-Catheri­ne qui bourdonne, le soleil réchauffe à plein et on sent vaguement le goût du printemps revenir, je me faufile entre les passants pour réussir finalement à m’engouffrer dans un taxi. Je donne l’adresse en murmurant : «Vite Monsieur! Vite, il ne me reste pas de temps.» Me voilà chez Catherine, j’ai un feu qui se consume dans ma poitrine, va-t-elle répondre? J’enjambe à quatre marches l’escalier, j’ai la trouille et en même temps, je me sens comme superwoman, drôle de feeling mélangé. Je sonne, pas de réponse, j’attends, impatiente, une minute, je sonne à nouveau, toujours pas de réponse. Merde! Où est-elle? Je me retourne à gauche, à droite, comme si elle allait apparaître par magie dans la rue! Je décide de m’asseoir dans les marches, bon, j’ai l’air d’avoir oublié mes clefs, c’est pas si grave, et je respire enfin, il faut que je réfléchisse. C’est hors de question que je parte sans l’avoir vue. De toute façon, c’est sûr qu’elle n’est pas très loin, je regarde mon cell : pas d’appel, évidemment, pas de message. Ha! La ruelle, je me décide à passer par la porte arrière, je fais le tour et m’approche de la clôture que j’ouvre délicatement (comme si je commettais une effraction majeure) quand je l’aperçois dehors avec…avec son ex sur le balcon! Mais c’est pas vrai, pas elle encore! Je referme aussitôt en espérant qu’elles ne m’ont pas vue. Je me sens comme une es­pionne, mais je ne peux rester là à rien faire, elle est chez elle, il faut que je fonce, pour la crise de jalousie, je repasserai. Je retourne devant, je sonne, un coup et deux et trois. J’entends des pas, elle a entendu! Ça y est, je vois la porte s’ouvrir devant moi, Catherine apparaît, déconcertante, je ne trouve pas les mots, complètement gelée par son regard, je prends mon courage à deux mains : «Il faut qu’on se parle!» «Camille, tu as reçu mon message? Je n’ai plus de temps, ça ira à dans deux semaines!» Je m’impose comme une amoureuse transie : «Je sais… j’ai eu ton message, c’est pour ça que je suis venue aussi vite, on peut se parler, s’il te plait?» «J’ai plein de trucs à régler aujourd’hui, je prends l’avion demain matin… et rien ne s’est passé comme j’voulais, alors là, je dois faire mes valises, organiser mes affaires, tu comprends!» Je me risque à poser la question qui me brûle les lèvres «Es-tu seule ou..?» Catherine me lance un regard que je n’avais jamais vu jusqu’ici. «Imagine-toi donc que mon ex vient de partir, elle était venue me souhaiter un bon voyage, mais t’inquiète surtout pas, elle n’a pas dormi ici!» Je baisse la tête et encaisse sans broncher «J’peux rentrer, j’peux même t’aider…» «Je sais pas…» « Catherine, tu pars demain…laisse-moi au moins rentrer.» «Ok, viens.» Je la suis, marchant à pas hésitant; toutes ses choses éparpillées, le signe de son départ, de son absence à venir. Catherine va ici et là en ramassant des trucs, je m’assois et la regarde attentivement, je tente de mémoriser ses moindres gestes pour plus tard. «Catherine, viens t’asseoir deux minutes, c’est important qu’on s’parle » Catherine me rejoint, la tension monte soudainement, je veux trouver les bons mots pour ne pas tout faire exploser «J’veux te dire que j’ai fait une erreur d’inviter Marianne chez moi, mais il ne s’est rien passer entre nous deux…et je suis avec toi…» «Camille, tu fais ce que tu veux, mais en ce moment, j’ai autre chose à penser que tes histoires avec ton ex!» Elle se relève d’un bond et va vers la cuisine. Je continue : « Attends, laisse-moi finir!» J’accours et je la prends par la taille en l’embrassant dans le cou. «Catherine, écoute-moi, je t’aime et j’veux pas te perdre.» Elle se défait de mon emprise en me disant : «J’aimerais mieux que tu partes!» «Non, j’veux pas partir, on peut régler ça!» «Camille, j’ai pas le temps ni l’énergie de vivre une crise conjugale, laisse-moi seule, je t’appellerai avant de partir! » Une larme que je n’arrive pas à retenir me glisse sur la joue, je me dirige lentement vers la porte. « Catherine, j’peux pas croire…que ça finisse comme ça.» Devant son silence, je franchis la porte et éclate en larmes. Je marche, je marche comme si j’étais droguée, je marche longtemps. J’arrive à la maison et je vais me jeter sur mes courriels, rien, pas de message, rien, pas d’appel, il est deux heures de l’après-midi, son vol est à 8h demain matin, je n’ai plus qu’à attendre, attendre un appel qui ne viendra peut-être pas, je m’étends sur mon lit et pleure doucement. Prostrée dans ma chambre, je compte les heures, en tentant de m’occuper, je relis nos courriels, replace mes cds, je tourne en rond, la soirée va être interminable. Je me plante devant Six Feet Under afin de faire passer le temps, ça devrait m’aider. Je regarde pendant six heures d’affilée la télévision en ayant la vague impression d’avoir fait au moins quelque chose et, surtout, de m’être retenue d’appeler au moins cent fois Catherine. Je vais me coucher par dépit puisqu’il faut bien dormir, toujours pas de courriel, je tourne et tourne dans mon lit et finit par m’endormir. 8h du matin, le téléphone sonne, je me réveille en sursaut et me jette sur l’appareil «Allô!» «Allô Camille, c’est moi.» Je reconnais cette voix, enfin elle a appelé! «Catherine, j’suis tellement contente d’entendre ta voix! Tu m’appelles de l’avion?» «Pas exactement, j’ai… je suis pas dans l’avion…» «T’es pas dans l’avion? Y’a du retard? Es-tu correcte?» «J’ai…pas pris l’avion, j’suis dans un taxi.» Je bondis de mon lit «Quoi… t’es où… tu fais quoi?» «J’peux venir te voir?» Je ne crois pas ce qui arrive! « Oui, oui, viens…j’t’attends, j’t’attends tellement! »