Étude suisse sur la contamination au VIH

Une bonne nouvelle, mais prudence...

André-Constantin Passiour
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Le 1er décembre dernier, Journée mondiale du sida, une équipe d’experts de la Commission fédérale suisse pour les problèmes liés au Sida dévoilait les résultats d’une étude indiquant que, selon certaines conditions, un couple sérodiscordant pourrait avoir des relations sexuelles non protégées si le partenaire séropositif était indétectable, et ce, sans risque de contamination pour l’autre. Depuis, cette nouvelle n’a cessé de faire couler de l’encre et cela a suscité immédiatement l’intérêt des médias de masse sur Internet et à la télévision. Plusieurs ont pris cette nouvelle comme une licence pour agir sans condom. Les médecins spécialisés ont dû répondre aux interrogations de leurs patients. Pour sa part, le Dr Pierre Côté tient à remettre les pendules à l’heure sur cette nouvelle qui, en effet, était une excellente surprise pour les personnes vivant avec le VIH/sida. Ces derniers temps, à Montréal, les Drs Réjean Thomas et Pierre Côté ont eu souvent à répondre aux nombreuses questions de leurs patients et des médias sur les résultats de cette enquête.
Ce constat s’appuie sur trois études faites auprès de couples hétérosexuelles. Cette affirmation est valable à condition que : 1 ) la personne séropositive applique le traite­- ment anti-VIH la lettre et soie suivie par un médecin traitant; 2 ) la charge virale est indétectable depuis au moins six mois; 3 ) la personne séropositive ne soit atteinte d’aucune ITS.
Tout d’abord, en résumé, des spécialistes suisses avaient suivi, durant de nombreuses années, des couples hétérosexuels sérodiscordants (soit un partenaire séropositif et l’autre séronégatif au VIH). Cette étude montrait que, dans le cas du partenaire séropositif avec une charge virale indétectable depuis au moins six mois et s’il n’a pas contracté d’ITS (infection transmise sexuellement), ce parte­- naire n’infectera pas son ou sa conjoint(e), et ce, même si on a laissé tomber le condom, car le risque d’infection, même si présent, devient très faible. Mais les médecins suisses ont émis une série de conditions : être suivi par un médecin, suivre avec assiduité un traitement efficace et ne pas avoir contracté d’ITS. Le risque de transmission devenait ainsi faible pour le partenaire.
Il faudrait parler qu’il y a danger d’infection lorsque la charge virale est détectable. Si une personne a une ITS avec ou sans symptôme, la concentration virale du VIH est augmentée et il y a un risque de transmission a ce moment, C’est pourquoi il faut être en relation fermée. On assiste présentement a une importante épidémie de
gonorrhée et de syphilis, particulièrement au sein de la communauté gaie au Québec. La grande majorité des personnes n’ont pas de symptôme. Même si ces personnes sont habituellemnt bien contr^lées pour leur VIH, il se peut qu’en étant infecté d’une ITS sans avoir de symptôme, elles sécrètent du VIH par le sperme, par exemple , bien sans le vouloir.
«Sans être alarmiste, le danger d’infection est toujours présent et j’ai peur qu’on ait une vague de gens infectés qui viennent me voir en me disant : “mais on nous a dit que qu’on ne pouvait pas le transmettre!”. Donc je crois qu’il faut être prudent. Cela étant dit, c’est une très bonne nouvelle pour les personnes séropositives parce que le risque de transmission à l’autre partenaire est moins important. Mais il faut rester prudent car ce n’est qu’à certaines conditions qu’on peut avoir des relations sexuelles sécuritaires sans condom», de dire le Dr Pierre Côté, de la Clinique médicale du Quartier Latin.
À Montréal, dans la population gaie, la syphilis et la
gonorrhée courent toujours et ne se stabilisent pas. À la Clinique médicale du Quartier Latin, on traite encore des dizaines de cas de gonorrhée et 3 ou 4 cas de syphilis par jour. Beaucoup de nouvelles infections au VIH et aux diverses ITS apparaissent chez les gais âgés de 35 à 50 ans ou plus. «Il y a des épidémies dans la population gaie, et c’est important que les gens se fassent dépister régulièrement et continuent d’utiliser le condom», d’ajouter le Dr Côté.
«Il y a une mise en garde à faire sur les études auxquelles les experts suisses se sont référés, de poursuivre ce médecin spécialiste. Celles-ci ont été effectuées auprès de couples sérodiscordants hétérosexuels, donc il faut faire attention, parce que ces couples ont peut-être une vie
sexuelle différente de celle de couples gais. Les gais ont une vie sexuelle plus active et peut-être que l’étude aurait démontré des résultats différents s’il s’agissait uniquement de gais. Il faut rester prudent et voir quelles sont les implications possibles sur la population gaie. De toute façon, les médecins suisses n’ont pas dit de ne pas utiliser de condom, car ils parlent bien de la notion de risque et de la nécessité d’en discuter avec le partenaire.»
«Si on est actif sexuellement, qu’on n’a pas de partenaire régulier et qu’on a contracté une ITS, on peut la transmettre, même si on n’a pas de symptômes. Donc, pour ces gens-là, on ne recommande pas de ne pas utiliser le condom, tout au contraire, et il serait sage de se faire dépister autant pour le VIH que pour les ITS», d’expliquer le Dr Côté. D’ailleurs, selon l’étude ARGUS, 25 % des hommes gais seraient séropositifs, mais ne le savent pas. Ce taux a été révisé récemment par Santé Canada et évalué à 30%. On voit donc bien ici l’importance du message du Dr Pierre Côté d’user de prudence, de ne pas prendre de risques lorsqu’on est sexuellement actif et, surtout, de se faire dépister afin de se faire éventuellement traiter.