Une découverte majeure à Montréal

Le FOX03a, une protéine contre le VIH ?

André-Constantin Passiour
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En mars dernier, une équipe de scientifiques annonçaient toute une nouvelle : ils avaient identifié une protéine pouvant combattre l’immunodéficience. Appelée FOX03a, cette protéine présente dans l’ADN de certaines personnes pouvait les protéger contre les maladies immunodéficientes mortelles comme le VIH par exemple. À plus ou moins long terme, on espère que cette découverte aboutira à un vaccin. C’est dans la revue scientifique Nature Medicine que des chercheurs montréalais et américains ont révélé leur trouvaille qui inspire beaucoup d’espoirs maintenant dans la communauté scientifique traitant le VIH/sida.

Les contrôleurs élites !
Leur découverte fut faite lors d’une enquête portant sur trois groupes d’hommes : un premier groupe d’individus séronégatifs; un deuxième groupe d’hommes séropositifs, dont l’infection était contrôlée avec succès par les traitements de trithérapies; et, enfin, un troisième groupe de séropositifs, mais qui ne démontraient aucun symptôme. «Ces derniers, nommés «contrôleurs élites», résistaient à l’infection sans traitement parce que leur système immunitaire, qui aurait normalement dû être attaqué par le VIH, conservait sa mémoire immunitaire résiliente par le biais de sa régula­- tion de la protéine FOX03a», précise-t-on dans le communiqué émis par le groupe de médecins spécialistes.
«Étant donné leur résistance complète à l’infection au VIH, ces «contrôleurs élites» représentent le groupe d’étude idéal pour illustrer de quelle manière les protéines sont responsables du maintien d’un système immunitaire doté d’une bonne mémoire antivirale. Il s’agit de la première étude effectuée sur des êtres humains plutôt que sur des animaux à se pencher sur la protection du système immunitaire contre les infections et à établir le rôle fondamental de la protéine dans la défense du corps», a indiqué un des chercheurs, le Dr Elias El Haddad du CHUM.
Tout cela n’est pas sans rappeler ce groupe légendaire de prostituées, au Brésil, qui n’ont jamais été frappées par les symptômes du VIH, même en continuant de travailler dans des conditions difficiles et souvent sans que leurs clients ne portent de condoms. Vient-on de lever le voile sur une partie du mystère ? Sont-elles, elles aussi, des «contrôleurs élites» ?
«L’infection du VIH est caractérisée par une dégénérescence graduelle des lymphocytes T, particulièrement les cellules de la mémoire centrale, lesquelles peuvent intervenir dans la protection permanente contre les virus. […] Notre groupe a découvert l’importance vitale de la protéine clé FOX03a pour la survie des cellules de la mémoire centrale endommagées chez les sujets séropositifs, même lorsqu’ils suivent un traitement», a expliqué pour sa part le chercheur principal, le Dr Ra­fick-Pierre Sékaly, professeur à l’Université de Montréal et chercheur au CHUM ainsi qu’à un institut français.
«L’étude sur la protéine FOX03a est très intéressante, elle démontre pourquoi, chez des humains, certains deviennent des contrôleurs élites et ne développent pas la maladie. C’est clairement une nouvelle cible sur laquelle on peut travailler dans l’avenir pour développer un nouveau médicament ou un vaccin thérapeutique, mais cela prendra encore beaucoup de temps avant de pouvoir avoir des résultats applicables. Cela semble prometteur. Ce qui est aussi intéressant, c’est que c’est une équipe d’ici, de Montréal, qui est très qualifiée et qui a travaillé très fort pour ce projet, donc on peut aussi être fier de ce qu’on a réalisé ici. La protéine FOX03a suscite beaucoup d’enthousiasme, bien sûr, mais ce n’est qu’un des multiples facteurs qui fait qu’on ne développera pas la maladie et il faut conti-nuer les études en ce sens», estime le Dr Pierre Côté qui traite des centaines de séropositifs à la Clinique médicale du Quartier Latin.
Font également partie de cette équipe les Drs Julien van Grevenynghe, du CHUM, Jean-Pierre Routy, de l’Université McGill, ainsi que Robert S. Bolderas, vice-pré­sident de la recherche à l’institut BD Biosciences de San Diego (Californie), une entreprise privée qui a financé en partie cette enquête majeure en fournissant du matériel de recherche et une expertise technique, entre autres. Génome Québec et Génome Canada ont aussi participé financièrement au projet.
Mais il ne faut pas croire que cette étude puisse profi­ter aux seuls séropositifs, tout au contraire. Les personnes souffrant d’un dépérissement du système immu­- nitaire en raison d’un cancer, d’une hépatite C ou de rejets dus à la transplantation d’organe ou de greffe de moelle osseuse, par exemple, pourront, éventuellement, en profiter.
Le Dr Rafick-Pierre Sékaly et son équipe sont à la recherche de 50 candidats séropositifs au VIH et contrôleurs élites pour participer à leur prochaine étude. Les personnes intéressées peuvent s’inscrire à l’adresse suivante : [email protected]